La coalition Verts-CDU qui dirige le land de Bade-Wurtemberg a fixé à 2040 la date pour instaurer une neutralité en matière de rejet CO2. Dès 2030, les émissions de gaz à effet de serre devraient se réduire de 65%… Vite dit… Plus compliqué à réaliser. Comme le dit la Badische-Zeitung, « le chemin (pour y arriver) est chaotique et difficile » (Steinig und schwer).
Après l’affichage électoraliste, il est bien nécessaire de savoir comment on peut arriver à atteindre ces objectifs. Pour cela, le Land a mandaté un cabinet d’expert pour faire une étude. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat de cette étude risque d’être plutôt décourageante pour la population. Car l’adhésion à des objectifs de neutralité carbone n’intègre pas toujours les efforts nécessaires pour y arriver. Car bien évidemment, l’essentiel des efforts incombent aux citoyens…
DES RECOMMANDATIONS INCONFORTABLES
Le journal de Freiburg s’est procuré le texte de l’étude de 180 pages, faite par un consortium sous la direction du Centre de recherche pour l’énergie solaire et l’hydrogène, basé à Stuttgart.
Il s’agissait de faire des recommandations concrètes pour arriver aux objectifs fixés par le gouvernement du Land : six domaines ont été examinés et les résultats sont particulièrement décoiffant.
Dans le domaine de la construction : la fin des énergies fossiles est prévue en 2040 dans le Land ! L’installation de chauffage à base d’énergies fossiles (gaz, fioul…) devrait être interdit le plus rapidement possible. Devant les difficultés d’atteindre cet objectif, l’institut de recherche considère que les seules modifications techniques (comme l’isolation) ne suffiront pas. Il préconise donc que les familles devront réduire leur surface habitable en fonction de leur taille et devront également être plus économes dans l’utilisation de l’eau chaude !
Dans le secteur du transport : l’objectif est de réduire de 55% les émissions CO2 par rapport à 1990 d’ici 2030. Selon l’étude, le Land devrait imposer aux communes une planification des mobilités. Ainsi, le travail à distance devrait être encouragé et les règlements en matière de construction devront intégrer ce changement dans la mobilité, en obligeant les constructeurs de toute nouvelle habitation, de prévoir des places de parking pour les véhicules à moteur.
Les transports collectifs des personnes devraient devenir plus attractifs pour que la population renonce à l’utilisation de la voiture particulière. En outre, les auteurs du rapport partent du principe que plus aucun véhicule à moteur à combustion ne soit mis en service dès 2030… Et que tous les vols aériens internes soit assuré en utilisant de l’E-Kérosène, un carburant de synthèse fabriqué à partir d’eau, d’électricité et de CO2. Les inventeurs de ce produit, la société allemande Atmosfair, pense que son produit sera vraiment exploitable à grande échelle à partir de… 2050 pour 60% du trafic aérien. Le Bade-Wurtemberg devrait donc être en avance de 20 ans !
Dans le secteur de l’industrie : ce qui ressort de l’étude, c’est que la seule contrainte (mais quelle contrainte !) serait l’enfouissement des émanations de CO2 par l’industrie pour qu’il ne soit plus rejeté dans l’air. La tâche la plus colossale étant d’ériger en si peu d’années, un réseau d’infrastructures d’enfouissement dont la première devrait être construite en 2030 et dès 2040, toutes les cimenteries seront obligatoirement reliées à ce réseau.
Dans le secteur de l’énergie : l’objectif pour arriver à réduire de 75% les gaz à effet de serre dans l’énergie, est de plus que tripler les mégawatts fournis par l’éolien (de 800 Mgw en 2022 à 2750 en 2031). Il est également proposé l’obligation d’installer des panneaux solaires sur les immeubles d’habitation existants… Et sans une sortie totale de l’énergie produite par le charbon, les objectifs ne pourront pas être atteints…
Dans le secteur de l’agriculture : le principal pourvoyeur de gaz à effet de serre, est l’élevage. Le rapport préconise de le réduire de 20% d’ici 2030. Le Land devrait exiger de la restauration collective, les écoles et les crèches, de servir de la nourriture à base de plantes. Il devrait également encourager la production maraîchère et aider à la réalisation de produits de remplacement à la viande et au lait. Le rapport veut également imposer au restaurateur de mettre à leur carte des repas végan qui ne devraient pas être plus onéreux que les autres plats qui intègrent de la viande.
Dans l’utilisation des terres et de l’économie forestière : là le rapport estime qu’il faut arriver à ce que ce secteur puisse absorber 4,4 millions de tonnes de CO2. Pour cela, il faut que d’ici 2030, la construction des habitations ne devraient pas dépasser une surface de 2,5 ha mais il faudrait arriver à 0 ha en 2035 ! En outre, 4000 ha de terrain devront être arborés, ces surfaces devront être prises sur les terres agricoles.
DES AMBITIONS AVEC UNE GROSSE DOSE DE VOLONTARISME
Il faut croire que ces chercheurs dont le sérieux est avéré, estime que le temps est trop court pour convaincre les populations d’adopter de nouvelles formes de vie et qu’il faut donc arriver à des contraintes…
Comme souvent en Allemagne, on ne fait pas les choses à moitié ! Si effectivement on se fixe des objectifs ambitieux en matière de climat, il faut parler clair à la population, les seules incantations « pro nature » se heurteront rapidement à la réalité des changements profonds dans l’existence de la population.
Il ne s’agit pas non plus, d’ignorer les politiques de promotion de la voiture qui sont toujours en vigueur, de minimiser le poids des lobbies des énergies fossiles, de l’insuffisance de débats et d’éclairages sur la production d’énergie décarbonée entre autres par le nucléaire.
Ce rapport du Land de Baden-Württemberg aurait-il été commandé par la région Grand Est par exemple ? Il y a fort à parier que non car les responsables politiques veulent tous se présenter comme des écologistes plus écologistes que tout le monde… mais dès qu’il s’agit de mesurer concrètement ce que signifie d’atteindre les objectifs affichés… silence !
Dans ce même numéro de la Badische Zeitung daté du 4 octobre, Sahra Wagenknecht, une des dirigeantes de Die Linke (mais en rupture de ban avec la direction du parti), répond ainsi à une question sur ce qu’elle pense des priorités des Verts en matière d’environnement :
« Le changement climatique est un grand défi », dit Mme Wagenknecht, « nous ne pouvons plus continuer comme nous le faisons. Seulement, les mesures prises par le gouvernement sont absurdes. Prenez l’exemple des mesures contre les émissions CO2 : personne dans la campagne ne peut se passer d’une voiture, car il n’y a pas d’alternative, quelque soit le prix du carburant. Ou bien le réseau de chauffage : les gens devraient détruire leur installation de chauffage au gaz et installer une pompe à chaleur : mais dans les anciens bâtiments cela ne fonctionne pas et actuellement on se chauffe la plupart du temps avec de l’énergie issue du charbon. Cela n’est pas une politique du climat. Mais une politique clientéliste pour les milieux qui conseillent M. Habeck » (Vice-chancelier et ministre de l’Economie issue du parti Les Verts).
Pour bien se faire comprendre, elle précise : « La gauche pratique aujourd’hui un discours inspiré du wokisme (…) qui conduit à vouloir dire aux gens ce qu’ils doivent manger, comment ils doivent se chauffer, quelle voiture ils ont le droit de conduire (…) Pour de nombreux politiciens issus des verts, la question sociale leur importe peu. »
Apparemment, en Allemagne aussi, la question se pose de savoir ce que devrait être, dans le monde dans lequel nous sommes, une politique de gauche comprise par les citoyens…












