Crédit photos : Martin Wilhelm
Accueilli par Mazouz Benlazeri, le secrétaire général de la CGT cheminots pour l’Alsace et le nord Franche-Comté, une cinquantaine de personnes ont participé à la Réunion publique que l’organisation syndicale majoritaire à la SNCF, dont le but était d’alerter sur la dégradation du service public et les dangers qui planent sur la société nationale, qui a déjà vu ses effectifs fondre, le statut disparaître, la précarité s’installer avec une pratique systématique de la sous-traitance dans de nombreux secteurs de l’entreprise.
Antonin Mazel, du cabine 3E, Didier Le Reste, président du l’association Convergence nationale Rail, Nathalie Kern, secrétaire général de l’UD CGT du Haut-Rhin, Arnaud Antoine, secrétaire général des cheminots CGT de Mulhouse, ont tour à tour exposé la situation à laquelle le transport ferroviaire est exposé.
L’expert du cabine 3E dénonça la stratégie actuelle qui conduit à un désengagement de plus en plus important du service public. Or, toutes les expériences de privatisation effectuée dans les pays européens sous la pression de la Commission Européenne, ont conduit à une détérioration du service, à une hausse des coûts de transports et souvent à une réduction des lignes.
Didier Le Reste, qui fut également le Secrétaire général de la Fédération des Cheminots de la CGT, a mis en avant que la situation que rencontre la SNCF est la poursuite d’un projet politique vieux d’un siècle !
Les différents gouvernements ont dépensé de l’argent public pour développer le réseau routier, subventionner la voiture individuelle et l’aviation civile, au lieu de favoriser le transport par rail pour les personnes et les marchandises !
La SNCF a du s’endetter pour assurer son fonctionnement et les impératifs de rentabilité qui lui ont été imposés ont conduit à des fermetures de lignes, une absence de modernisation, une réduction drastique de l’emploi, des suppressions de trains, d’arrêts et de desserte, a des organisation du transport par des horaires volontairement inadaptés afin de décourager les usagers, et justifier ainsi la suppression des trains.
Les diapositives réalisées par 3F consultants :
Graphes-cheminotsBON POUR L’ENVIRONNEMENT
Une large part du débat a été consacré à l’empreinte carbone dans le secteur du transport. Selon un rapport européen, 25% des gaz à effet de serre proviennent du transport, dont 70% sont imputables au transport routier. Le ferroviaire ne dégage que 0,40% des émissions globales.
En affinant ces chiffres, on constate qu’en France, le trafic automobile est responsable de 94% des émissions de CO2 du transport intérieur, dont 55% pour les voitures, 27% pour les poids-lourds, 17% pour les véhicules utilitaires et 1% pour les 2 roues.
Ce constat a été corroboré par Nathalie Kern, qui a dénoncé le trafic intense entre autres sur les autoroutes A35 et A36, ce que beaucoup d’automobilistes déplorent…
Que valent alors les discours sur la nécessité de réduire les gaz à effet de serre quand on réduit la voilure du secteur des transports le moins émetteurs ?
BON POUR L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
Plusieurs intervenants dans la salle ont dénoncé la fermeture des petites lignes et la dégradation des conditions de transports depuis que la SNCF a cédé le réseau TER aux Régions. Si certaines des collectivités locales ont essayé de développé le réseau, elles ont également cédé la concessions à des transporteurs privés, pour qui l’intérêt général pèse peu en face des profits à réaliser. Les lignes estimées non-rentables ou déficitaires potentiellement ont été fermées et abandonnées.
Le président de l’association Florirail, qui se bat pour la réouverture de la ligne ferroviaire vers Guebwiller et Lautenbach, déplore que la réouverture de cette ligne, qui était programmée, se traduise soudainement par un ’arrêt brutal, et que le budget alloué par la région Grand Est à ce projet soit affecté ailleurs. Les usagers s’organisent considérant qu’un bassin de 33.000 habitants méritent une desserte ferroviaire dans le cadre d’un service public du transport.
On pourrait aussi évoquer la ligne Colmar-Fribourg, véritable serpent de mer, dont la mise en œuvre est systématiquement retardée : pendant ce temps, seuls les transports par cars, bus et voitures individuelles permettent d’accéder à la capitale du pays de Bade.
Il en va de même pour la ligne Mulhouse–Müllheim pour laquelle les trains ont été supprimés et remplacés par des cars. La SNCF invoque un manque de personnel pour faire fonctionner les trains : en réalité il s’agit là d’une conséquence de choix de gestion de la société. Dorénavant, ce seront des conducteurs de… Strasbourg qui doivent assurer la ligne Mulhouse–Müllheim en lieu et place de ceux basés dans la cité du Bollwerk ! Résultat : comme le fameux « RER » strasbourgeois ne fonctionne pas, le personnel est avant tout affecté à ces TER bas-rhinois.
Résultat : plus de conducteur pour aller à Müllheim…
La CGT dénonce cette gestion de la SNCF et du Grand Est qui dérégule totalement le trafic et repousse une grande partie des voyageurs potentiels, lesquels préfèrent prendre leur voiture… qui leur coûte beaucoup plus cher et pollue allègrement.


DES BILLETS CHERS… ET LA GRATUITE COMME A MONTPELLIER
Des participants à la réunion ont soulevé également le prix des billets qui devient de plus en plus onéreux alors que le service se dégrade.
Loïc Minéry, membre du Conseil municipal de Mulhouse dans le groupe d’opposition Mulhouse-Cause Commune (également représenté par Joseph Siméoni), participant à cette réunion, a soulevé la question de la gratuité des transports pour laquelle son groupe agit au sein du conseil.
Il est vrai que la ville de Montpellier et son agglomération vont instaurer la gratuité des transports publics à partir du 21 décembre 2023, rejoignant ainsi une dizaine de ville ayant déjà fait ce choix. Rejeté pour l’instant par la majorité municipale de Mulhouse qui ne brille pas par son engagement social, c’est le moins que l’on puisse dire !
Il est vrai que cette gratuité n’est pas aussi simple à appliquer au transport ferroviaire, car il faudra toujours trouver un moyen de financement. Sans pour autant suivre l’expert du cabinet 3E qui estime que « la gratuité instille l’idée que le transport ne coûte rien » (!), habituelle ânerie débitée par les opposants à la gratuité des transports publics que l’usager paye deux fois : une fois par le billet et une fois par les impôts…, on peut comprendre les arguments des syndicalistes qui veulent d’abord régler le problème du financement de la SNCF avant d’envisager des mesures de ce type… Mais comme le fait remarquer Loïc Minéry, « la proposition de Mulhouse Cause Commune concerne les transports urbains »…
TOUT MISER SUR UN SERVICE PUBLIC DU RAIL
Il est à noter que, dans le pays qui a été le premier à déréguler le transport ferroviaire, le Royaume-Uni, on peut mesurer les effets de cette politique libérale : le service s’est dégradé et le transport est devenu plus cher. A tel point, qu’un processus de renationalisation est en cours, appuyé par 56% des habitants du pays.
Un exemple plus positif en Europe est fourni par la Suisse : dans ce pays, 40% du transport des marchandises est assuré par le train ! Et cela grâce à des investissements menés depuis plusieurs dizaines d’années… Mais la Suisse n’est pas tenue d’appliquer les directives européennes, ne faisant pas partie de la CEE…
Nathalie Kern, de la CGT 68, rappelle que chez nous, c’est la SNCF qui a créé une filiale de transport routier, Géodis, créant ainsi sa propre concurrence à l’intérieur de la holding SNCF !
Cette réunion publique avait aussi pour but de mobiliser : Arnaud Anthoine, des cheminots CGT de Mulhouse, estime que nous payons aujourd’hui les dérives qui ont commencé il y a dix ans, auxquelles le syndicat s’est opposé sans pour autant réussir à créer un rapport de force suffisant. Il considère que la reconquête du service public du transport ne se fera pas sans une mobilisation réunissant cheminots et usagers. C’est ce que la CGT veut réussir dans ces prochaines semaines.


















