Nous l’évoquions dans notre article du 5 octobre, l’association écologiste Alsace nature a déposé ce lundi 9 octobre 2023 un recours en annulation, doublé d’un référé suspension, à l’encontre de l’arrêté préfectoral du 28 septembre 2023 autorisant l’enfouissement illimité des déchets.

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L’objectif des militants écologistes reste inchangé : suspendre, puis annuler les travaux d’enfouissement définitif des 42 000 tonnes de déchets toxiques, augmentés de 30 000 tonnes de sels contaminés par l’incendie du bloc 15 en 2002.

Pour Alsace Nature, les « arguments se fondent tout à la fois sur les propres études demandées par l’État, celles du BRGM de 2018 et d’Antea Tractebel de 2020, ainsi que sur la contre-expertise citoyenne financée grâce aux dons« .

Pour l’association, ces études « sont sans équivoque sur la possibilité, toujours actuelle, et reposant sur des techniques modernes et d’ores et déjà disponibles, de déstocker la totalité des déchets au fond, y compris le bloc 15, avec maîtrise des conditions de sécurité pour les intervenants« .

Mais Alsace Nature se fait encore plus virulente : « Nous démontrons que l’impossibilité alléguée par l’État et les MDPA (Mines de Potasse d’Alsace) de déstocker au-delà de 2027 est une « fake news », constitutive d’un faux et d’une escroquerie pour lesquelles Alsace Nature a déposé plainte devant le parquet du Pôle Régional Environnement du Tribunal Judiciaire de Strasbourg le 16 septembre dernier« .

La date de 2027 revêt une importance particulièrement cruciale, puisqu’elle correspond juridiquement « à la date au-delà de laquelle l’État et les MDPA n’ont plus le droit d’enfouir de façon illimitée les déchets, cette possibilité n’étant offerte que durant la première phase de 30 ans de l’autorisation initiale (2 février 1997)« .

Comme indiqué dans notre précédent article, le défaut d’entretien est notablement invoqué. L’association et ses conseils considèrent en effet que « l’état des galeries, considéré comme ne permettant plus de déstocker le bloc 15 ou d’effectuer des travaux après 2027, n’est pas un phénomène naturel, mais le fruit de deux décennies de défaut d’entretien mettant la société civile devant le fait accompli ».

Ce faisant, « la mise en place de barrières dites de confinement en béton, n’est tout au plus qu’une mesure de réduction, et non d’évitement comme l’impose le code de l’environnement et fait porter le poids de la réalisation du risque de contamination de la plus grande nappe phréatique d’Europe aux seules générations futures, d’ici 300 à 1000 ans« .

Dans l’espoir qu’émerge enfin une solution, l’association appelle « les élus locaux à ne pas céder aux sirènes d’un plan de « prévention » qui n’a pour seul objectif que de faire oublier l’incurie des décisions gouvernementales« .

Ce plan évoque en effet l’hypothèse de dépolluer la nappe sur des sites historiques… pour rendre la pollution de StocaMine acceptable. « Les shadoks n’auraient pas mieux fait !« , conclut sardoniquement l’association de protection de la nature.

Ajoutant : « Protéger la biodiversité, dépolluer les sites historiques… sont autant de mesures qui relèvent de la responsabilité d’un gouvernement et n’ont absolument rien à faire dans le débat actuel« .

La seule question d’importance, quand de nombreux observateurs s’accordent sur la pollution potentielle de la plus grande nappe phréatique d’Europe, et que des techniques permettraient d’éviter cette situation, consiste à se demander s’il est éthiquement acceptable de faire planer un tel risque sur le bien commun qu’est l’eau, et de laisser aux générations suivantes le soin de trouver des solutions ?

La question est sans doute à opposer aux élus alsaciens qui ont rencontré le ministre de la Transition écologique Christopne Béchu à ce sujet, lors d’une dernière « réunion d’étape », le 26 juillet 2023, et au terme de laquelle la résignation « de raison » était l’élément de langage à reprendre, de retour en Alsace.

Selon Frédéric Biery, président de la collectivité européenne d’Alsace, qui se trouvait parmi la délégation d’élus alsaciens (avec le maire de Wittelsheim, le président de Mulhouse Alsace agglomération (M2A) Fabian Jordan, et des parlementaires : « Le ministre admet désormais que l’ennoyage de la mine doit être suivi précisément et que des solutions robotisées ne seront plus hors de portée dans quelques années. Il valide donc notre demande de réversibilité du stockage« .

Laquelle demande sera évidement « inscrite dans le marbre » !

A moins qu’il ne s’agisse plutôt de stuc, puisqu’il se murmure, à l’aune du volte face de Fabian Jordan et de Frédéric Biery, que le premier aurait été assuré d’obtenir un siège de sénateur, tandis que le second aurait obtenu l’assurance que l’Alsace recouvrerait le statut de région pleine et entière…

Pas sûr que cette logique de marché aux poisons puisse tenir jusqu’au déplacement du ministre Béchu en Alsace, prévu très prochainement…