Le 15 décembre, de 18 h à 22 h 30, aura lieu, à Strasbourg, une réunion publique dans le cadre des États généraux de la presse indépendante.

Par ce terme, on entend toute cette presse, nombreuse dans le pays, qui n’appartient pas à des grands groupes de presse, à des milliardaires, à des banques. Une presse qui se veut libre, indépendante, appartenant avant tout à ses lecteurs. A Strasbourg, on évoquera son existence et surtout comment assurer son avenir. Car notre Région, avec son passé si riche dans le domaine de la presse, a déjà connu de nombreux titres indépendants, dont la totalité a disparu, vaincue essentiellement par des raisons économiques… et un manque de soutien du lectorat.

« Hebdi » étant le dernier en date à devoir jeter l’éponge.

L’idée de ces États généraux de la presse indépendante est née quand M. Macron a lancé, le 13 juillet 2023, les « États généraux de l’information » dont le flou des objectifs réels suscite des interrogations et des inquiétudes. Surtout dans la presse indépendante qui se méfie comme de la peste des « tentations de régulation de l’information » quand elles sont pilotées par l’Élysée*.

C’est ainsi que plus de cent médias, organisations et collectifs se sont mobilisés pour réfléchir et proposer leurs solutions dans un secteur, qui effectivement, ne va pas bien. C’est d’ailleurs essentiellement dans les origines des difficultés des médias que se situent les différences entre presse indépendante et presse, appelons-là, officielle…

Libérons l’info !

Là où l’Élysée et les principaux organes de presse voient dans les réseaux sociaux un des principaux responsables de la crise, le collectif de la presse indépendante considère que c’est une mainmise sur l’information par les grands groupes qui est la cause principale en résumant ses propositions sous un thème : « Libérons l’info ! »

Mais libérer de quoi ? « Des pouvoirs politiques, des médias de la haine, des milliardaires », répond la presse indépendante. Un collectif à élaboré 59 propositions soumises à l’ensemble de la profession, en espérant ainsi, peser positivement sur les « États généraux de l’information » qui commence à organiser (péniblement) des réunions publiques très clairsemées en province, comme on dit à Paris.

Le 30 novembre dernier, une première réunion publique à l’Espace Reuilly à Paris, a lancé la mobilisation de la presse indépendante : après des mois de travail en amont, les cinquante-neuf propositions ont été présentées lors d’une soirée qui a vu se succéder les tables-rondes explicitant les projets.

De nombreux représentants de la presse indépendante ont ainsi pu s’exprimer : il était assez frappant que le premier débat consistait à examiner la manière de rendre compte de la guerre au Moyen-Orient, qui est un des exemples d’une information partielle, partiale, qui est de plus en plus rejetée par les citoyens.

Mediapart en tête

S’il y a un titre emblématique de la presse indépendante, c’est bien Médiapart. Indépendant, car le capital n’appartient qu’à des journalistes. Par sa gestion démocratique des contenus et de l’organisation du travail, soucieuce de l’information vérifiée et approfondie, le titre a fait sa place dans le monde médiatique, en arrivant à un équilibre financier grâce à ses lecteurs qui sont les contributeurs économiques essentiels.

Créateur du « Fonds pour une presse libre » dont l’objectif est la « défense de la liberté de l’information, le pluralisme de la presse et l’indépendance du journalisme », Médiapart a ainsi lancé « un fonds de solidarité » qui soutient des initiatives éditoriale répondant à ces objectifs.

Edwy Plenel, l’un de ses fondateurs, a su, lors de cette soirée du 30 novembre, trouver les mots pour démontrer toute l’importance de la presse indépendante pour défendre les valeurs de la démocratie, si abimée par l’uniformisation de l’information et la disparition quasi-totale du pluralisme dans la presse officielle.

Une déclinaison régionale

Après ce lancement en fanfare, les États Généraux de la presse indépendante organisent des débats décentralisés notamment à Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Clermont-Ferrand, Vire…

Le 15 décembre à Strasbourg

Les deux principaux titres de la presse indépendante en Alsace, Rue89Strasbourg et L’Alterpresse68, participants au collectif des États généraux de la presse indépendante, unissent leurs efforts pour animer une soirée débat à Strasbourg le 15 décembre prochain.

Pierre France, le fondateur de Rue 89 Strasbourg, a participé à l’élaboration des 59 propositions, et est à l’origine de cette réunion strasbourgeoise. Une autre personnalité de la presse indépendante alsacienne, Jocelyn Perret, auteur d’une série de fascicules sur les nombreux titres de cette « autre » presse, disponibles dans notre librairie en ligne, a également contribué à l’organisation de ces initiatives.

L’existence même de Rue89 à Strasbourg redonne du sens au « pluralisme de la presse » dans un secteur dominé par les journaux du Crédit Mutuel, qui tendent toujours plus vers l’uniformisation des contenus des quotidiens de toute la partie Est et Sud-Est de notre pays.

L’Alterpresse68 apporte sa contribution à cette volonté de pluralisme en Haute-Alsace.

Mais la pérennité de ces publications n’est pas assurée. La recherche de l’équilibre financier est un combat de chaque instant… Seuls les lecteurs pourront, à terme, assurer non seulement l’existence de ces journaux, mais surtout le maintien de leur ligne éditoriale indépendante.

La presse indépendante française est riche d’une diversité tant technique qu’éditoriale. Elle est un acteur essentiel du pluralisme de l’information.

Les propositions qu’elle fait pour la défense de la liberté de l’information ne seront pas reprises sans l’exercice d’un rapport de force : ne voit-on pas, année après année, de sérieuses études démontrant que le public se détourne de la presse écrite, télévisuelle, radio, mais aussi internet, car il doute de la véracité des propos qui y sont tenus.

Pourtant, rien ne change, comme si un train fou était sur un rail qui mène vers le précipice !

Les cinquante-neuf propositions faites par ces États généraux sont de vraies solutions qui nécessiteront pourtant un appui fort de ceux qui devraient constituer les pouvoirs décisionnels dans le monde de l’information : les citoyens.

La presse indépendante compte sur vous !