Cré­dit pho­tos : Mar­tin Wilhelm

Explosion des expulsions 

La trêve hiver­nale, période où les pro­cé­dures d’expulsion d’un loca­taire sont (en prin­cipe) sus­pen­dues, prend fin ce dimanche soir à minuit. 

L’inquiétude est de mise dans plu­sieurs asso­cia­tions de lutte contre le mal-loge­ment qui redoutent que le nombre d’expulsions loca­tives bon­disse encore.

La hausse des expul­sions loca­tives ont aug­men­té de 52 % en 10 ans alors que l’accès au loge­ment est de plus en plus dif­fi­cile, et près de 140 000 per­sonnes sont mena­cées d’être expul­sées de leur loge­ment, selon la Fon­da­tion Abbé Pierre. 

En 2023, 21 500 ménages ont été expul­sés de leur loge­ment par les forces de l’ordre, soit 23 % de plus qu’en 2022. 

« Alors que la puis­sance publique devrait pro­té­ger les per­sonnes les plus fra­giles, le vote de la loi Kas­ba­rian – régres­sive en matière de pré­ven­tion des expul­sions a fra­gi­li­sé 30 ans d’avancées dans ce domaine ».

« Par ailleurs, le moment de l’expulsion génère des consé­quences psy­cho­lo­giques sur le long terme : 71 % des per­sonnes inter­ro­gées ont des pro­blèmes de san­té ou des dif­fi­cul­tés psy­cho­lo­giques liés à cette dou­lou­reuse expé­rience. Les enfants en sont les pre­mières vic­times : 80 % des familles confient l’impact direct sur leur bien-être, et 43 % ont consta­té un effet sur la sco­la­ri­té de leurs enfants (décro­chage sco­laire, trouble du com­por­te­ment, pro­blèmes de concentration) ».


Fon­da­tion Abbé Pierre

Kasbarian à Mulhouse, mais la bataille du logement décent ne connait pas de trêve

A l’oc­ca­sion de la fin de la trêve hiver­nale le DAL 68 (Droit au loge­ment), orga­ni­sait une mani­fes­ta­tion ce same­di 30 mars sur la place des Vic­toires de Mul­house, au cours de laquelle une cin­quan­taine de per­sonnes ont récla­mé un loge­ment décent pour tous.

L’ap­pel natio­nal a été relayé loca­le­ment par les orga­ni­sa­tions ATTAC, CGT UD 68, CESTE syn­di­cat étu­diant, Confé­dé­ra­tion natio­nal du Loge­ment CNL, FSU68, Ligue des droits de l’homme LDH, Mul­house Insa­lubre, et les par­tis poli­tiques EELV, LFI, NPA, PCF. 

Jeu­di der­nier, le ministre délé­gué au loge­ment Guillaume Kas­ba­rian était reçu à Mul­house. Il aurait en effet, selon le titre par­ti­cu­liè­re­ment ins­pi­ré d’un article du jour­nal L’Al­sace, « choi­si l’habitat dégra­dé mul­hou­sien », pour se féli­ci­ter de l’a­dop­tion de sa loi contre l’habitat dégra­dé. Quel illustre hon­neur pour la ville !

Autre­ment connu du grand public pour sa pro­po­si­tion de loi dite anti-squat qu’il a por­tée en tant que dépu­té Renais­sance, le texte lui vau­dra les foudres de la gauche et d’or­ga­ni­sa­tions comme la Fédé­ra­tion des acteurs de la soli­da­ri­té (FAS) ou de la Fon­da­tion Abbé-Pierre, qui lui reprochent une « cri­mi­na­li­sa­tion de tous les mal-logés ».

Il est éga­le­ment atten­du sur la décen­tra­li­sa­tion des poli­tiques du loge­ment, annon­cée par le pré­sident-can­di­dat Macron en 2022, laquelle lais­se­rait la main de l’at­tri­bu­tion des loge­ments sociaux aux maires… 

Le Pre­mier ministre Gabriel Attal semble tou­te­fois avoir omis le sujet lors de son dis­cours de poli­tique géné­rale, dou­chant les espoirs des élus locaux qui espèrent beau­coup par ailleurs de la réforme de la loi SRU, per­met­tant d’in­tro­duire des quo­tas de loge­ments libres inter­mé­diaires (LLI).

Outre le fait que les élus pour­raient ne plus avoir à s’embarrasser de la construc­tion de loge­ment sociaux, ni même de payer des amendes pour échap­per aux sti­pu­la­tions de la loi SRU, les loge­ments inter­mé­diaires sont des pro­duits immo­bi­liers pri­sés des inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels, au béné­fice des classes moyennes trop riches pour le parc social et (sup­po­sé­ment) trop pauvres pour le parc privé…

Une for­mule pour le moins rela­tive, à consi­dé­rer les pla­fonds d’é­li­gi­bi­li­té d’un loge­ment social, à Paris ou une com­mune limi­trophe, pour 2 personnes :

Source : service-public.fr

Et en pro­vince pour la même typologie :

Source : service-public.fr

Guillaume Kas­ba­rian sou­tient par ailleurs deux pro­po­si­tions de loi en cours d’exa­men au Par­le­ment. La pre­mière vise à remé­dier aux dés­équi­libres du mar­ché loca­tif en zone ten­due. La seconde, du dépu­té appa­ren­té Modem Romain Dau­bié, cherche à faci­li­ter la trans­for­ma­tion des bureaux en logements. 

Un objec­tif affi­ché par les gou­ver­ne­ments des deux man­da­tures Macron depuis 2017…