Crédit photos : Martin Wilhelm

Ce 3 avril, la section locale du PCF recevait précisément Sigrid Gérardin lors d’une réunion publique qui eut lieu le 3 avril à la maison de la Citoyenneté de Kingersheim.

On y intervenait à propos des élections européennes. La liste du parti communiste est portée par Léon Deffontaines (28 ans). Un garçon chanceux, puisqu’il possède déjà sa page Wikipédia (contrairement à Mme Gérardin).

Hormis son parcours universitaire et militant au sein de Lutte ouvrière puis du PCF, la jeune tête de liste aux européennes est sans faits d’armes, sinon le fait que d’après Les Échos de novembre 2023, il « entend, comme Fabien Roussel, afficher clairement ses différences avec le reste de la gauche, notamment Jean-Luc Mélenchon« …

Mais cette liste européenne vise plus largement que les seuls communistes. Trois formations de gauche y participent en effet : la Gauche républicaine et socialiste (GRS) fondée par l’eurodéputé Emmanuel Maurel, « L’Engagement« , mouvement créé par l’ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg, et Les Radicaux de Gauche (PRG). 

Plus original, une vingtaine de places ont été attribuées à des représentants syndicaux. A commencer par la candidate en 2ème position sur la liste, à savoir Sigrid Gérardin, co-secrétaire générale du Snuep-FSU, syndicat de l’enseignement professionnel public.

Elle s’est particulièrement battue contre la réforme des lycées professionnels (dont nous relations une manifestation à Mulhouse). Et avait la charge des questions d’égalité salariale au sein du syndicat enseignant. Elle vient de passer la main il y a seulement quelques jours seulement, après une semaine de congrès.

On retrouve également Fabien Gâche, membre de la CGT, au 7e rang.

Sigrid Gérardin inscrit sa candidature dans la logique de son parcours de professeure en lycée professionnel depuis 2002, et de syndicaliste à la FSU, elle qui dit avoir participé à toutes les luttes dans l’Éducation nationale et la fonction publique.

La soirée fut l’occasion de dérouler les éléments phares du programme élaboré par les différentes composantes politiques qui constituent l’offre politique.

A l’instar de la quasi totalité des partis européens en quête de suffrages dans chacun des pays de l’UE, il est frappant de constater combien les débats en France demeurent essentiellement franco-français. A l’exception toutefois des manquements et insuffisances que l’on impute volontiers à l’Union européenne, comme si l’Europe se réduisait à la France multipliée par 27, affligée par les effets délétères du néo-libéralisme au niveau supra-national.

La soirée fut orientée notamment autour des questions du travail et du pouvoir d’achat. Pour l’ancienne syndicaliste chevronnée : « l’Europe actuelle a comme bilan la pauvreté, le recul de nos services publics, de nos industries, la fermeture et la disparition d’un certain nombre d’exploitations agricoles« .

Selon elle, la liste du PCF est la seule à « porter l’exigence de Jean Jaurès, dont celle du refus de la guerre et d’un retour à la diplomatie« .

S’il faut changer de cap « ici [en France], on a besoin de changer de cap aussi en Europe« . L’un des enjeux de la période électorale étant selon elle de bien faire comprendre que les décisions qui se passent à Bruxelles ont des impacts concrets dans les vies de tous les jours.

Par ailleurs, la perspective de voir l’extrême-droite arriver en tête est inquiétante : « Il y a des risques aussi très forts aujourd’hui pour qu’une partie de la population se trompe de colère. On connaît les risques sur le rassemblement national. Donc tout l’enjeu de cette campagne va être d’essayer de décrypter ce qui se joue à l’Europe et ses impacts directs ».

Sur l’agriculture, Sigrid Gérardin estime que l’on a la preuve que l’Europe est capable de faire la pluie et le beau temps.

Le mouvement des agriculteurs a révélé des choses qui étaient par trop ignorées, notamment le fait que 18% des agriculteurs ne peuvent pas vivre de leur travail et vivent sous le seuil de pauvreté.

Dans le même temps, l’agro-industrie capte 90% des richesses produites par les agriculteurs. les traités de libre-échange ont mis en évidence en quoi l’intérêt particulier des entreprises aura joué contre l’intérêt des agriculteurs en participant de leur appauvrissement, et en les plaçant en concurrence avec les agriculteurs du monde entier.

Le traité du Mercosur se traduit par un afflux de produits agricoles sur le marché européen, en particulier de viande bovine et ovine, au mépris des impératifs écologiques, puisqu’il s’agit de productions réalisées sur le territoire et qui n’est importée que pour enrichir l’agro-industrie.

Le CETA est un autre accord entre la France et le Canada, complètement illégal puisqu’il n’a jamais été ratifié, et qui pourtant est mis en œuvre depuis sept ans.

En France, l’Assemblée nationale avait approuvé le CETA en 2019, avant que le Sénat ne le rejette le 21 mars 2024. Les députés devront donc à nouveau se prononcer sur le projet de loi de ratification, sachant qu’à l’heure actuelle, seul le parlement chypriote a rejeté la ratification de l’accord, le 1er août 2020.

Autre majeur de la campagne, la question du pouvoir d’achat et de la vie chère, celle des difficultés à vivre de son travail.

Selon Gérardin, il y a le levier salaire, mais aussi le levier facture. Dont « le plus gros scandale« , celui de l’électricité. Des factures multipliées par trois et qui risquent encore d’augmenter, alors même que nous produisons l’électricité la moins chère d’Europe.

La proposition centrale des candidats de la liste étant de sortir de ce marché spéculatif de l’énergie et de créer un grand service public de l’énergie, à partir d’un mix nucléaire et énergie renouvelable, car les communistes sont en effet farouchement pronucléaires.

Il s’agit pour eux de « la seule solution si on veut pouvoir bénéficier d’énergie sans coupure régulière« . Avec le renouvelable, « il n’y a pas de stockage possible, et donc on risquerait des périodes de pénurie« .

Un argument on ne peut plus discutable, mais que l’on ne discutera pas dans les rangs communistes.

Pour Gérardin, si l’inflation est encore là, c’est parce que la grande distribution et l’agro-industrie ont refusé clairement de négocier les prix à la baisse, et de baisser leurs marges.

« Et là, à un moment donné, on voit quand même un gouvernement en France incapable d’exiger quoi que ce soit du patronat. Et en réalité, si on regarde ce qui se passe en Europe, on a un patronat complètement organisé et des gouvernements qui restent eux-mêmes complètement soumis aux exigences du patronat ».

De sorte qu’il s’agirait de forcer ce patronat à partager les richesses, qui sont produites par les salariés.

De là advient la question des super-profits. Les candidats de la liste continueront d’exiger en France et en Europe la taxation des super-profits, mais aussi une taxe sur les grandes fortunes, puisque l’ISF n’a toujours pas été rétabli.

Les dirigeants des états membres se sont retrouvés et ont décidé de remettre en place le pacte d’austérité. il y a eu une très grosse manifestation de 89 syndicats le 18 décembre dernier à Bruxelles. Ce pacte d’austérité budgétaire contient une règle stupide et complètement arbitraire, celle des 3% de PIB à ne pas dépasser.

Aucun débat n’a eu lieu avec la population, ou au Parlement, à propos de la réactivation de cette mesure budgétaire.

Le texte sur ces mesures budgétaires n’a pas fini son cheminement parlementaire, puisqu’il passera au Parlement européen en avril. Pourtant, Bruno Le Maire n’a pas attendu le résultat des délibérations et a immédiatement annoncé une nouvelle période de restrictions budgétaires.

La Cour des comptes annonce déjà 50 milliards d’économies à l’horizon 2027. 50 milliards, c’est pratiquement le budget de l’Éducation nationale.

Pour Sigrid Gérardin, l’austérité n’est pas une fatalité, mais un choix politique. Si l’on ne respectait pas la règle des 3 %, il ne se passerait rien. Ce ne serait pas la fin du monde. Par contre, si elle est appliquée, les services publics, qui sont déjà à l’os, risquent bien de ne pas s’en relever.

Les entreprises n’ont pas pour finalité l’intérêt général, mais la profitabilité. Quand on ferme un hôpital ou quand on asphyxie une maternité, il n’y aura pas de maternité privée ou d’hôpital privé sans clientèle assurée.

En matière de transports, est souhaité un grand service public du fret ferroviaire, voire du fret fluvial. Si l’Europe et la France prétendent mener une politique de transition écologique et climatique, elle ne peut s’épargner ce chantier.

Et pourtant, en France, on dépèce totalement le fret SNCF. Or la question du fret ferroviaire relève de l’intérêt général.

L’argent ne manque pas en réalité. Cette année encore, l’État aura consenti sous diverses formes 200 milliards d’allègements sociaux et fiscaux aux entreprises, et sans contrepartie. Ils ont donné 20 milliards, par exemple, pour valoriser, pour développer l’apprentissage. Alors qu’il y a des lycées professionnels qui existent, et dont le budget de 4,5 milliards annuels profite à 650 000 jeunes.

Pour la liste emmenée par les communistes, il s’agit de mettre un terme à cette gabegie d’argent public distribuée sans contreparties sociales et environnementales.

Enfin, à propos du dossier palestinien, l’Europe ne joue pas son rôle selon Sigrid Gérardin, parce qu’elle devrait imposer des contraintes économiques beaucoup plus fortes au gouvernement de Netanyahou de sorte à le contraindre de respecter les résolutions de l’ONU et d’accepter un état palestinien avec des frontières sûres.

Depuis 70 ans le parti communiste est très proche du peuple palestinien. Mais les députés européens ne sont pas à la hauteur de ce qu’on attend de la paix en Europe mais aussi dans le monde.