L’interdiction d’une conférence de La France Insoumise à Lille n’est qu’un épisode d’une série d’interdictions, de répressions, de menaces de sanctions pénales que nous constatons en France. De nombreuses manifestations essentiellement de soutien au peuple palestinien vivant un génocide ont été interdite par les préfets.
Qu’un pouvoir aux abois considère qu’il n’a plus que la force pour empêcher des voix alternatives de s’exprimer n’est pas nouveau : mais que cela se fasse avec l’appui quasi-unanime des médias officiels, des partis politiques de droite et son extrême, ainsi que des Écologistes et des sociaux-démocrates du PS, ajoute à notre inquiétude. Jusqu’où les pouvoirs en place pourront-ils aller dans leur frénésie répressive ?
La France Insoumise, certes, mais pas seulement…
Les événements récents ont été les plus médiatisés et c’est, bien entendu, LFI qui est dans le viseur de la bienséance politique. Mais depuis quelques mois, les interdictions de manifester, les interventions musclées des forces de l’ordre contre les rassemblements au demeurant pacifique, se succèdent : datons le début de cette vague d’autoritarisme des manifestations des Gilets jaunes pour essayer de comprendre.
Les gouvernements successifs (de droite et sociaux-démocrates) ont tous mené une politique économique et sociale qui a suscité un profond mécontentement auprès d’une majorité de citoyens. Le summum, si on peut dire, a été atteint avec les mobilisations contre la réforme des retraites : des millions de personnes dans la rue pendant de longs mois, une très grande majorité (70%) de la population la refusant… et pourtant, M. Macron avec ses députés minoritaires appuyés par la droite et le centre, acceptent sans férir le passage en force pour imposer une loi dont le peuple ne voulait pas.
L’image de la démocratie fut ainsi fortement ébranlée. La rupture entre « ceux d’en-haut » et « ceux d’en bas » fut consommée… L’autorité de l’État, du gouvernement jusqu’au Conseil constitutionnel, en passant par les outils régaliens comme la police ou la justice, ne recueillait plus le respect qui fut une des bases de la démocratie sociale.
Sans l’autorité, il ne reste plus que l’autoritarisme
L’ouvrage « L’attestation, une expérience d’obéissance de masse » de Nicolas Mariot et Théo Boulakia, (Anamosa 2023) démontre comment, profitant de la pandémie du Covid, différents États ont mené des politiques de restrictions des libertés en escomptant que la peur de l’épidémie rend acceptable des mesures que la population n’aurait jamais acceptées en temps normal. La France s’est particulièrement distinguée en imposant une « attestation » que les individus devraient remplir eux-mêmes pour en quelque sort s’autoriser à faire quelque pas à l’air frais ! [Un article dédié à cet ouvrage sera bientôt publié].
Grâce a ces deux auteurs, on sait à présent que tout cela fut mûrement réfléchi pour mesurer jusqu’à quel point les Français sont en mesure d’accepter que leurs libertés soient réduites drastiquement. Il en résulte que la « peur » rend les citoyens plus aptes supporter une politique d’autoritarisme de la part de l’Etat…
Les gouvernements successifs ont démontré qu’ils ont laissé le pouvoir au monde de la finance et de l’économie mondialisée : les partis dits de gouvernement se refusent à s’attaquer aux immenses privilèges et à l’accaparation de la richesse par quelques individus alors qu’une paupérisation guette la plus grande partie de la population. Ces mêmes partis politiques, tout comme l’Union européenne, ont donc abdiqués devant la puissance de l’argent : ils se mettent à son service en multipliant les dérégulations sociales, les remises en cause des lois du travail, liquidant toutes les solidarités qui pourtant protègent au mieux une population.
Comment maintenir l’ordre établi ?
Les mobilisations des Gilets jaunes ont fait apparaître que des citoyens peuvent exprimer leur colère et s’organiser pour lutter sans passer par les structures convenues qui ont assumé cette tâche jusqu’à présent. A tort ou à raison, ces organisations (syndicats, partis politiques…) étaient considérées comme partie prenante de cet ordre établi et ont perdu la confiance dans une partie importante de la population qui souffre.
La réponse de l’Etat aux Gilets Jaunes s’est résumée à deux actions : d’une part promettre sans tenir pour calmer les esprits et, d’autre part, réprimer tous ceux qui n’acceptaient pas le jeu de dupes que M. Macron leur servait avec son « grand débat national » en 2019, qui se solda par 10.000 réunions publiques débouchant sur… rien.
Mais l’essentiel fut fait : le gouvernement se montra à l’écoute, la mobilisation fut annihilée, l’ordre rétabli… Les dégâts de cet épisode social furent énormes… et totalement mis sous l’étau par les médias officiels : les violences policières furent couvertes par le pouvoir, les blessures graves infligées à des manifestants étaient à peine évoquées, la presse au service du gouvernement a fait son boulot…
Pourtant, le prix politique à payer est tout aussi important mais moins visible : l’autoritarisme ne convainc pas, il ne sert qu’à gérer le court terme… Et de nombreux sociologues ont prouvé qu’une révolte matée se réveille dès que l’occasion se présente… Le pouvoir le sait également.
Empêcher que la gronde sociale ne devienne une menace pour le pouvoir
Dans la foulée de ces deux événements (Gilets Jaunes et Covid), le gouvernement n’a pas relâché sa politique répressive. Il a reçu pour cela l’appui des partis politiques de droite et de leur extrême, et avec le soutien de campagne médiatique mettant en avant des thématiques propices au renforcement d’une politique autoritaire : l’insécurité, l’immigration, le désordre social.
Parallèlement, le débat public se détériora fortement car le pouvoir et les médias ont repris la vieille antienne de Georges Bush père : il y a un axe du bien et un axe du mal. L’axe du bien est évidemment le pouvoir en place : toute idée, analyse, réflexion, action qui va contre les principes qu’il a défini, sont soit le fruit des imbéciles ou des complotistes.
Là encore, la période du Covid a permis d’expérimenter les conditions nouvelles du débat dans le milieu politique et médiatique : toutes celles et ceux qui avaient une autre expression que le discours dominant, était dans un premier temps, vilipendé par les chiens de garde médiatiques du pouvoir, et dans un second temps purement et simplement interdits de parole.
On connaît aujourd’hui encore ces débats où tout le monde est d’accord, un entre-soi entre les politiques, les journalistes, des intellectuels qui partagent tous la même conviction qu’un mensonge mille fois répétés par tout le monde devient une vérité !
Il n’est évidemment pas étonnant que les forces syndicales et politiques les plus proches des couches de la population qui souffrent des mesures anti-sociales soient les premières visées. Et on vit fleurir à leur égard, un qualificatif nouveau: les islamo-gauchistes…
L’Union sacrée
Cette expression (qui n’est pas sans rappeler les judéo-bolchéviques de l’entre-deux guerres) vise à déconsidérer la parole de ceux qui, politiquement, contestent le bien-fondé de la politique économique et social favorisant le capitalisme et les grandes entreprises au détriment des intérêts globaux de la population.
Et on constate, qu’autour de cette thèse fantasmagorique qui consiste à faire croire que ceux qui prônent une autre politique ne serait que des affidés d’une religion (l’islam) pour construire leur projet politique (comme le judéo-bolchévisme fait du communisme une invention des Juifs), se regroupent l’essentiel des forces politiques françaises allant de Marine Le Pen jusqu’à la social-démocratie en passant par toutes les nuances de droite, du centre et bien évidemment de la macronie.
Cette Union sacrée, qui n’est pas sans rappeler cette unité de tous les partis pour partir à la guerre en 1914 alors qu’une partie des socialistes de l’époque autour de Jean-Jaurès s’y opposait.
Les vindictes lancées particulièrement envers Jean-Luc Mélenchon ont cela comme objectif : éviter que lors des prochaines élections politiques, les électeurs puissent, une fois encore, placer la France Insoumise en tête à gauche.
Voter Glucksmann, c’est voter pour le retour de Hollande, Valls et Cazeneuve
Si Mélenchon a réussi à se positionner comme première force de gauche en France, c’est aussi parce qu’après une expérience de gouvernement Hollande, Valls, Cazeneuve, El Khomri… les Français en avaient assez de cette social-démocratie qui se dit de gauche avant d’être élue pour pratiquer une politique de droite dès qu’elle accède au pouvoir. Les couches populaires ont déjà payé plusieurs fois l’addition : dès 1983, le gouvernement de F. Mitterrand impose une politique d’austérité, et la loi Travail de M. Valls n’était que l’antichambre de ce que M. Macron a appliqué dès 2017…
Et la candidate macroniste aux élections européennes n’a pas tort quand elle dit qu’entre la liste social-démocrate conduite par M. Glucksmann et la sienne, il n’y a aucune différence. Dans le Figaro, M. Valérie Hayer dit sans ambages « Il ( Raphaël Glucksmann) devrait être avec nous, et il le sait. Il serait beaucoup plus efficace pour porter ses idées et avoir des résultats » . Et la députée européenne macroniste de rappeler qu’elle vote à Bruxelles et à Strasbourg « à 90% de la même façon » que son collègue tête de liste du PS…
Mener une campagne diffamatoire contre LFI
Cela est d’autant plus pertinent qu’à l’examen de ces fameux votes au Parlement Européen, on constate que c’est Manon Aubry, tête de liste de LFI, qui mène un vrai combat pour faire valoir des valeurs de gauche sur l’ensemble des problèmes, en étant entre autres la principale animatrice de la lutte contre l’évasion fiscale et les paradis qui l’accueille.
Ne reste donc que la diffamation, les mensonges, les calomnies pour essayer de réduire l’influence d’une gauche de transformation sociale en France et en Europe.
On l’a vu avec les campagnes contre Rima Hassan, militante pour les droits de l’Homme et engagée aux côtés du peuple palestinien : cela lui vaut la haine des milieux extrémistes israéliens, des associations juives en adéquation avec la politique d’extrême-droite de Netanyahou… Que le gouvernement français les suivent en convoquant Rima Hassan à la police est révélateur de l’ambiance délétère et nauséabonde que notre pays connaît actuellement.
Et on peut légitimement se demander : mais où cela nous mènera-t-il ?













