Cré­dit pho­tos : compte « X » de Léon Deffontaines 

L’ambiance était plu­tôt joyeuse, en ce lun­di matin plu­vieux du 6 mai, à Fes­sen­heim, quand Léon Def­fon­taines, tête de liste du PCF (Gauche unie) pour les élec­tions euro­péennes, a dépo­sé une gerbe devant la cen­trale nucléaire de Fes­sen­heim en cours de démantèlement.

Accom­pa­gné par les mili­tants com­mu­nistes haut-rhi­noise, le can­di­dat vou­lait, par ce geste sym­bo­lique, dénon­cer la fer­me­ture de cette cen­trale déci­dée par Fran­çois Hol­lande, mais éga­le­ment faire émer­ger une par­tie de son pro­gramme pour les pro­chaines élec­tions. En effet, contrai­re­ment aux autres par­tis qui se réfèrent à la gauche, le PCF n’a jamais aban­don­né l’idée que le nucléaire devait faire par­tie du mix éner­gé­tique per­met­tant de se pas­ser à terme des éner­gies fossiles.

« Ici repose l’avenir éner­gé­tique de la France » pou­vait-on lire sur la gerbe de fleurs, en espé­rant tout de même que cette épi­taphe ne sous-entend pas que la vieille cen­trale de Fes­sen­heim pou­vait encore repré­sen­ter le futur de l’énergie dans notre pays… Rap­pe­lons qu’elle était la plus vieille cen­trale de notre pays et que plu­sieurs alertes avaient conduit à l’arrêter après 43 ans de ser­vices (40 ans étant pré­vus à l’origine).

Mais si Léon Def­fon­taines regrette le « gâchis social, indus­triel et envi­ron­ne­men­tal » à Fes­sen­heim, son dis­cours porte plus sur la néces­saire indé­pen­dance éner­gé­tique de la France. Fai­sant réfé­rence à l’Allemagne toute proche (et qui pous­sait à la fer­me­ture de Fes­sen­heim) et à l’utilisation mas­sive du char­bon pour com­pen­ser l’abandon de l’énergie nucléaire, il pré­co­nise, au contraire, de déve­lop­per la filière  pour atteindre la neu­tra­li­té car­bone en 2050.

Consi­dé­rant que le nucléaire est une  « éner­gie verte et d’avenir », il assume être en désac­cord avec les autres forces poli­tiques qui se réclament de la gauche : les pro­po­si­tions du PCF et ses alliés de la Gauche unie consi­dèrent que leurs posi­tions incarnent une « éco­lo­gie populaire ».

Pour la réindustrialisation

Repre­nant la route, Léon Def­fon­taines prend la direc­tion de Bel­fort où il tient mee­ting avec, à ses côtés, Fabien Rous­sel, secré­taire natio­nal du PCF, et Arnaud Mon­te­bourg, ancien ministre socia­liste de l’Economie et du Redres­se­ment pro­duc­tif, pour défendre l’industrie fran­çaise. Lors d’une table ronde orga­ni­sée par le syn­di­cat CFE-CGC, tous les trois ont déve­lop­pé des mesures pour enrayer le déclin indus­triel du pays. La ville de Bel­fort est un endroit idoine pour jus­ti­fier cette thé­ma­tique :  « le Ter­ri­toire de Bel­fort reste le dépar­te­ment le plus indus­triel du pays », sou­ligne Léon Deffontaines.

Un des fleu­rons indus­triels est bien Alstom, entre­prise qui regrou­pait de mul­tiples acti­vi­tés dont cer­taines très stra­té­giques entre autres pour l’industrie nucléaire. En 2014, contre l’avis des sala­riés et des élus, le gou­ver­ne­ment Valls offre cette acti­vi­té au géant US Gene­ral Elec­tric dépouillant Alstom d’une acti­vi­té de pointe dans le nucléaire. Cet aban­don pous­se­ra Arnaud Mon­te­bourg à démis­sion­ner du gou­ver­ne­ment de Manuel Valls.

Quelques temps après, le gou­ver­ne­ment fran­çais fait part de ses inquié­tudes à pro­pos  des acti­vi­tés nucléaires, des emplois et du futur de ses acti­vi­tés fer­ro­viaires, invi­tant Gene­ral Elec­tric à regrou­per ses acti­vi­tés fer­ro­viaires avec celles d’Al­stom, pous­sant donc à une inté­gra­tion totale de l’entreprise bel­for­taine dans le groupe US.

Le délé­gué CGT de Gene­ral Elec­tric Bel­fort Laurent San­toire résume ain­si la situa­tion : « Cette affaire est cru­ciale pour notre sou­ve­rai­ne­té natio­nale et éner­gé­tique ». Sans que le gou­ver­ne­ment de l’époque n’en tienne compte.

A pré­sent, le gou­ver­ne­ment vou­drait faire l’opération dans l’autre sens en obli­geant EDF à rache­ter la branche nucléaire de Gene­ral Elec­tric, ce qui fait dire à Arnaud Mon­te­bourg : « Il est assez iro­nique de voir le gou­ver­ne­ment vou­loir rache­ter ce qu’il a ven­du ». Pré­ci­sons au pas­sage que le prix pro­po­sé par EDF à Gene­ral Elec­tric est de 1,2 mil­liard de dol­lars… soit deux fois le prix de vente de cette enti­té en 2014 

A cet exemple, on voit bien que la dés­in­dus­tria­li­sa­tion de la France n’est pas qu’une ques­tion de coût de fabri­ca­tion mais bien de stra­té­gie géo­po­li­tique au sein d’une mon­dia­li­sa­tion que les USA vou­drait bien contrô­ler sans par­ta­ger une seule par­celle du pouvoir.

Cette situa­tion illustre, selon Léon Def­fon­taines, la néces­si­té d’une poli­tique euro­péenne de sou­tien à l’industrie que Fabien Rous­sel sou­tient par une pro­po­si­tion : que « les États puissent sub­ven­tion­ner l’industrie » direc­te­ment auprès de la Banque cen­trale européenne.

Pour­tant, le nucléaire n’est pas le seul domaine dans lequel une dés­in­dus­tria­li­sa­tion a conduit à des consé­quences éco­no­miques et sociales dra­ma­tiques : si la liste Def­fon­taines, en peine dans les son­dages, réus­sit à avoir des élus, ils auront du pain sur la planche dans le nou­veau par­le­ment euro­péen… où il fau­dra trou­ver des appuis pour convaincre une Com­mis­sion dont la poli­tique libé­rale a accen­tué le recul indus­triel qui touche, à pré­sent, même la si puis­sante Allemagne…