Ce 17 mai au matin, Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, était en visite à Mulhouse sur le campus Illberg, afin de féliciter la présidence de l’UHA pour son innovation pédagogique, qui ferait d’elle « la championne de France de la réussite étudiante en licence », et accessoirement sur le thème de l’engagement étudiant.

Notre confrère Médiapart publiait il y a quelques jours un article intitulé : « La police est désormais déployée sans tabou dans les universités« . On y rappelle que Sylvie Retailleau s’est exprimée sur la liberté d’expression devant les présidents d’université ce 2 mai :

« Je l’ai dit et je le redis : le débat et la liberté d’expression, oui, c’est même une des vocations des universités. Mais cela n’autorise pas tout, et les blocages et les intimidations, c’est non. »

De blocage, il ne fut nullement question sur le campus de l’Illberg ce vendredi 17 mai. Pourtant, la ministre n’eut pas l’air dérangée de voir les forces de l’ordre déployés en nombre sommer manu militari une poignée d’étudiants déployant une banderole sur laquelle on pouvait lire : “Libération de la Palestine, pas libéralisation de l’ESR” [enseignement supérieur et recherche], de la replier aussi sec.

En contravention avec une règle prévue au Code de l’éducation, qui permet une très large liberté politique et syndicale aux étudiant·es… elle même inspirée par le concept de franchise universitaire de police, usage datant du Moyen Âge, inscrit dans le Code de l’éducation, qui indique que le ou la présidente d’université « est responsable du maintien de l’ordre et peut faire appel à la force publique dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État », sauf « circonstances graves », catastrophe ou flagrant délit.

L’Alsace, mué pour l’occasion en service de presse ministériel, conclut ainsi l’article sur sa venue :

« Elle également pris le temps d’échanger, durant une pause repas au Crous, avec des étudiants de divers profils, notamment à propos de la précarité de la jeunesse, ou de l’engagement étudiant qu’il faudrait, a-t-elle reconnu, mieux valoriser. Un moment opportun pour certains, « un peu court » pour d’autres qui souhaitaient encore interpeller la ministre sur « la question du débat sur le campus », alors qu’à son arrivée, il leur a été formellement interdit de déployer une banderole « pour la défense de la Palestine et contre la privatisation de l’enseignement supérieur et de la recherche »

La cohorte d’agités pubescents était donc prévenue. La police est seule habilitée à disposer désormais du niveau de plénitude alloué à la liberté d’expression, en matière de défense de la cause palestinienne, comme en d’autres matières. D’autant que celle-ci a le don d’agacer la rétine de la ministre !

Une dizaine de policier en uniforme et civils se sont alors précipités sur les 3 militant·es insolents de sorte à faire cesser le trouble à l’ordre public par moyen de bâche politiquement expressive.

Pour le syndicat étudiant CSTE, majoritaire sur le campus de Mulhouse :

« Ce slogan [Libération de la Palestine, pas libéralisation de l’ESR] vise d’une part à dénoncer l’inaction de l’État français sur le génocide en cours des Palestinien·nes, voire même parfois sa participation indirecte à travers des livraisons de matériel et d’armes, ainsi que la répression que subit en France le mouvement pour la paix en Palestine dans les universités où les président·es d’université ont de bien trop nombreuses fois laissé intervenir les forces de l’ordre contre des étudiant·es qui se mobilisaient pacifiquement« .

S’agissant des raisons du déplacement de la ministre, venue saluer la stratégie partenariale et de professionnalisation de la direction de l’UHA, le syndicat étudiant y voit au contraire un très mauvais signal :

« La venue de la ministre se faisait également dans le contexte de l’expérimentation l’UHA de la réforme de l’acte II. Ce grand plan de « mise en autonomie », vient en réalité mettre en péril la liberté de la recherche, désormais encore davantage soumise aux financements privés pour exister, qui pourront dicter leur programme, et orienter la recherche. Il est à craindre que ce seront davantage les domaines technologiques qui seront financés, laissant de côté d’autres pôles universitaires comme les sciences humaines et sociales car moins lucratives. Nous réaffirmons que ce ne sont pas les intérêts économiques qui doivent dicter la recherche, l’Université ne doit pas être une succursale des entreprises ! »