Crédit photo : Julien « Judd »

Il semblerait que M. Eric Straumann, maire LR de Colmar, et M. Thierry Queffelec, Préfet du Haut-Rhin, se soient liés d’amitié pour obtenir une fermeture de l’historique salle de concert colmarienne, le Grillen.

M. Eric Straumann, certainement échaudé par une négligence qui lui valu quelques coups de bâton et une inculpation dans une affaire de détournement de fonds publics, a décidé d’appliquer la loi et rien que la loi, quitte à se mettre à dos la majeure partie du milieu culturel colmarien.

L’affaire a commencée comme une rumeur il y a quelques semaines. Il s’agissait ni plus ni moins d’un rappel à la loi que beaucoup considéraient comme un mauvais poisson d’avril : les associations qui organisent des événements n’ont droit qu’à cinq autorisations de débit de boisson par an.

C’est la loi, c’est vrai. Jusqu’à présent il y avait comme un passe droit pour la plupart des associations qui organisaient des concerts à la salle du Grillen. Cette salle ne gérant pas de bar, comme c’est le cas par exemple au Noumatrouff à Mulhouse, chaque association organisatrice se voyait donc dans l’obligation de demander une autorisation auprès des services compétents. Jusqu’à présent cela ne posait aucun problème, même pour la poignée d’associations qui comptent plusieurs dizaines de concerts par an et font vibrer une ville qui serait sans cela bien pauvre en dynamique culturelle.

Folklore patrimonial comme seul aiguillon culturel

En effet, hormis la folklorisation de son centre ville, ses quelques festivals dont la renommée ne dépasse pas les faubourgs de cette bourgade rongée par le tourisme patrimonial, il n’y a que sa foire aux vins qui fait trembler, le temps d’une semaine, les planches du Parc Expo. Et cela même si la programmation reste populaire et d’une diversité discutable.

Au Grillen c’est tout autre chose. Depuis son ouverture en 1998, plusieurs milliers de groupes locaux, nationaux ou internationaux ont arpenté ses salles. Au point que sa renommée a dépassé les frontières régionales tant auprès des musiciens que d’un public prêt à franchir frontières et cols pour s’y rendre. Il s’agit de la dernière enclave culturelle, ouverte sur la multiplicité des styles et des publics que connaît la préfecture du Haut-Rhin. Cette vitrine culturelle de la ville de Colmar risque de disparaître pour une bête application de lois, pour des erreurs commises en connaissance de cause.

En effet, si problème il y a, il remonte à l’époque où Gilbert Meyer, maire « éternel » de Colmar, décida de la construction du Grillen et de son fonctionnement : une gestion municipale avec des employé-es municipaux. Mais pas de bar, c’étaient aux organisateurs de se débrouiller.

C’était tout à son honneur que de laisser les bénéfices d’un poste rarement déficitaire aux associations qui encaissaient également les billets d’entrée et prenaient à leur charge la location de la salle et la présence d’agents de sécurité, en plus des frais inhérents à la venue de musiciens.

Mais voilà c’était avant l’arrivée d’Eric Straumann, un homme qui assume son rôle d’épouvantail culturel et qui après s’être brûlé dans une première affaire à pourtant décider d’allumer un incendie dont il ne ressortira certainement pas indemne.

En effet, ces derniers temps, c’est la Bérézina. Du jour au lendemain, sans concertation, le Maire comme le Préfet refusent à tour de bras les autorisations de vente d’alcool aux associations organisant des événements au Grillen. Selon les jours, c’est parce qu’elles auraient déjà atteint le quota des cinq autorisations, d’autres jours ce serait du à la proximité du gymnase situé à moins de 125 mètres. Rien d’illogique à cela quand il s’agit d’éloigner les débits de boisson des salles accueillant des enfants. Soit.

Sauf que… le gymnase fut construit après la salle du Grillen, bien longtemps après. Là aussi par Gilbert Meyer. Ne connaissait-il pas la loi ?

Quoiqu’il en soit aujourd’hui, alors que jusqu’à présent la proximité du gymnase ne semblait pas problématique, la situation se renverse et c’est le Grillen, du moins les associations qui souhaitent vendre de l’alcool à leurs concerts, qui sont pénalisées.

Si une solution n’est pas trouvé, les quelques associations qui font vivre le Grillen devront se limiter à cinq concerts par an.

Au risque de les voir se saborder les unes après les autres, Mairie et Préfecture s’entêtent dans leurs refus et aucune porte de sortie n’est à ce jour envisageable.

A terme cela conduira à la fermeture de la salle qui sera sous-utilisée et conséquemment déficitaire.

Ce qui est dommage avec les lois c’est qu’elles sont figées. Et même si peu d’événements sportifs se déroulent en soirée au gymnase, sa présence monolithique, froide et sans vie, suffit à interdire la vente d’alcool à proximité. Deux poids, deux mesures, des bars ouverts il y a quelques années à proximité d’établissements scolaires de centre-ville ne sont pas inquiétés par ces mesures.

Alors, les tenants du pouvoir actuel, veulent-ils appliquer la loi et fermer nombre de débits de boisson, ou couper le robinet culturel du seul lieu « alternatif » encore vivant à Colmar ? Ne perçoivent-ils pas qu’ils signent par leur autoritarisme la mort subite de cette salle ?

Au moment où partout en ville s’affiche une volonté d’écoute en organisant son deuxième appel à initiatives citoyennes, il est choquant que M. Straumann ne soit pas force de proposition pour résoudre un problème dont il a hérité certes, mais pour lequel il pourrait faire preuve de respect et œuvrer à la recherche d’une solution. D’où peut-être cet appel aux initiatives citoyennes ?


[1] Le délibéré dans l’affaire des indemnités de l’ancien directeur de cabinet de Colmar a été rendu ce matin au tribunal correctionnel de Mulhouse. Éric Straumann est condamné à 5000€ d’amende dont 2000 avec sursis, et 6 mois d’inéligibilité avec sursis. L’ancien directeur de cabinet Joël Munsch a été condamné à 3000€ d’amende et 3 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Eric Straumann a annoncé qu’il va faire appel de ce jugement. Joël Munsch prendra sa décision plus tard – Source : L’Alsace du 25 mars 2024.