Galerie photographique réalisée par Martin Wilhelm
Profitant du passage de quelques parlementaires au centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach (voir l’article paru), notre photographe a pu largement documenter cet établissement, encore insolite dans le paysage carcéral français, si décrié par les instances internationales de défense des droits humains, pour ses conditions indignes de détention.
La prison est en effet un lieu de privation de libertés. Non d’humiliations et de relégation indigne. Ces hommes et ces femmes, aujourd’hui enfermés, ont toutes et tous vocation à renouer avec la vie sociale, d’ici quelques mois ou années.
S’ils ont pour devoir de se conformer à la vie en détention, ils disposent de droits, dont celui de se soigner, se former, travailler, créer. C’est à dire de ne pas désespérer. Il est plus qu’utile de le rappeler.

Après passage au rayon x et par le portique, le visiteur fait face à une porte à serrure électromagnétique. En claquant, elle signale son ouverture et fermeture. Les oreilles impressionnables supportent difficilement ce son sec, si prégnant en espace carcéral.
Fabrice Bels, directeur d’établissement, recevant les parlementaires dans son bureau, en compagnie de ses adjointes.


Vue sur un quartier de la détention. Le pénitencier octogonal formant 30 hectares de surfaces, a été pensé pour accueillir 520 places. La maison d’arrêt pour hommes a été planifiée pour 280 places. Elle en recèlerait 472, soit une densité carcérale de 168%, selon les chiffres de l’OIP. Le chiffre de 200% revient même assez régulièrement.
La règle de l’encellulement individuel, un droit pour les détenus, n’est pas plus tenu ici qu’il ne l’était dans les vieux établissements de Mulhouse ou Colmar.
Basé sur les modules « respect », originaires des modèles de prisons espagnoles et introduits désormais en France, « les personnes détenues s’engagent contractuellement à accomplir les tâches et activités qui leur sont proposées, et à optimiser leur parcours carcéral en vue du retour à la société », précise Fabrice Bels.
Le centre de Lutterbach regroupe deux anciennes maisons d’arrêt. Ici, une vue sur le « quartier Schuman » de l’ex-maison d’arrêt de Mulhouse (ouverte en 1867 !), l’autre aile (également réservée aux hommes) était le « quartier Dreyfus ».


Ensemble constituant la maison d’arrêt de Colmar, fermée en 2021, et située comme celle de Mulhouse en coeur de ville.
Des surfaces engazonnées, des espaces agrémentés, ce sont les caractéristiques visuelles les plus remarquables qui sautent aux yeux du visiteur, lorsqu’il pénètre dans la détention.


Inauguré par le gouvernement Castex en avril 2021 et mis en service en novembre 2021, le site est situé en zone inondable et en périmètre de captage des eaux, alimentant l’agglomération de Mulhouse en eau potable. Les fondations ont donc été construites cinquante centimètres au-dessus de la plus haute nappe connue, à en croire les concepteurs.
Il a fait l’objet de nombreux recours de la part d’associations environnementales, ainsi que de la commune de Lutterbach, où il est situé.


Les « coursives » et espaces extérieurs, sont généralement constitués de chemins bordés par des surfaces végétalisées. Ils permettent la circulation d’un bâtiment à l’autre. Ici, un agent de nettoyage employé par une société sous-traitante, fait circuler les bacs de récupération.






Portique d’accès vers la maison d’arrêt des femmes. Plus petit espace de détention, avec le quartier mineurs. Il était officiellement d’une capacité opérationnelle de 40 places au 1er janvier 2024.
Avec leurs couleurs jaune vif et marronnasse, les deux maisons d’arrêt pour hommes que comptent le centre pénitentiaire, ne renvoient certes plus à l’esthétique de putréfaction sordide propres aux bâtiments de Mulhouse ou Colmar, vieux de plus de 150 ans. Ici l’univers se veut aseptisé. Mais il manque cruellement de lumière naturelle, ainsi qu’on le voit ci-dessous.









Singularité des nouveaux centres pénitentiaires, et modèle mis en avant par l’administration : les « quartiers confiance », dans lesquels les détenus (hommes) jouissent d’une plus grande autonomie, et bénéficient de loisirs réservés, moyennant un comportement irréprochable. A Mulhouse, il est constitué de 80 cellules individuelles. L‘idée est surtout de faciliter la capacité de réinsertion des détenus.








Écrin de verdure voué à l’autoproduction de végétaux, le potager est rendu possible par les espaces exploitables au sein de l’enceinte carcérale, elle-même construite en plein milieu d’un champ agricole, toujours exploité.
La notion de hiérarchie est une composante matricielle de l’administration pénitentiaire. Les grades des agents officiers sont d’ailleurs inspirés de leurs homologues gendarmes, voire des forces armées. Depuis l’année 2010, les agents se soumettent à un « code de déontologie du service public pénitentiaire« . Ce règlement, de nature principalement éthique, s’avérait nécessaire, tant l’asymétrie des interactions sociales entre quelques fonctionnaires malveillants, et les détenus, provoquaient nombre de situations abusives, notamment pendant les fouilles…





Le dazibao de la détention comporte de multiples propositions d’activités et d’ateliers. Canal vidéo interne, théâtre, médiation animale…
Un festival se préparait pour les détenus du quartier confiance. Au programme, théâtre, sports, jeux de rôle, et même de la pétanque !




Accès vers les salles d’activités. Partout autour, les murs s’expriment…
Esquisses, peintures et collages, qu’elle soit à but esthétique, fraternel ou dystopique, la créativité est le premier antidote à la réclusion mentale.





Les atours naturels ou architecturaux du centre pénitentiaire sont valorisés, et deviennent également l’objet d’études photographiques, par lesquelles les détenus travaillent formes et couleurs.





L’art calligraphique est aussi de la partie, à la façon street art.

Les murs du quartier mineurs puisent quant à eux surtout dans l’univers du manga. Pour autant, les jeunes détenus ont accès à de nombreux livres et revues.





Enseignement et formations restent obligatoires en détention pour les plus jeunes, et constitue un droit ouvert pour chaque détenu qui en ferait la demande. Il en va notamment de leur réinsertion. Un espace dédié et des locaux adaptés se trouvent au coeur de l’enceinte.
Des messages de prévention contre les violences sexistes et sexuelles sont apposés contre les murs. Il sont rédigés par des détenus eux-mêmes, à l’adresse de leurs pairs.


Plus encore que le football (le centre pénitentiaire compte 2 terrains et 2 gymnases), l’exercice physique préféré des hommes en détention demeure la musculation, laquelle permet notamment de détendre des articulations ankylosées, surtout si l’on ne peut sortir de sa cellule qu’une à deux fois par jour, pendant quelques minutes, ce à quoi sont contraints ordinairement les détenus de maisons d’arrêt. Comme on le voit ci-dessous, il faut quelquefois choisir entre se promener, ou se muscler…




La qualité de la cuisine est l’un des aspects les plus décriés en détention. Contrairement aux usages des anciens établissements, la préparation des menus est désormais effectuée en sous-traitance, auprès de « Sodexo« , un géant de la restauration collective.



Comment faire face, lorsque le temps de détention semble ceinturer une existence circulaire, un peu comme des hauts-murs qui s’affaissent, à la manière de dominos, sur une série indéfinie d’autres murs ?
L’administration pénitentiaire souhaiterait désormais ne pas désespérer son « public ». Un souci d’utilité publique, selon toute apparence.
Dès lors, le nouvel établissement humanisera-t-il l’incarcération, ou anticipe-t-il le modèle des nouvelles Bastilles politiques et sociales, dans lesquelles nous sommes nombreux à nous sentir écroués par avance ?



Un travail de forçat de l’existence, que ce soit en détention, ou ailleurs…










Très beau reportage.