Sur la plateforme X/Twitter, le compte de « Parents en colère » reprend en boucle les mêmes informations alarmistes, créant une impression de consensus.
Les différents comptes qui gravitent autour de ce collectif de parents, plutôt proche des sphères extrême-droitières et de La manif pour tous, se citent entre eux de manière obsessionnellement circulaire.
On y conspue énergiquement la “corruption des enfants”, dont notamment l’“idéologie du genre”, à laquelle serait rendue responsable l’école publique.
Des collectif amis fournissent par exemple des conseils de lecture pour combattre l’idéologie mortifère qui prévoirait de « sexualiser les enfants » :

On s’étrangle encore sur le fait qu’aujourd’hui, en cours de sciences économiques et sociales (SES), est proclamé éhontément que la question de la binarité des sexes peut (aussi) être « construite » :

Enfin, lassé des affres de ces dégénérés wokistes qui instruisent nos enfants, on déploie les grands (bien que discrets) moyens pour espérer parvenir à ses fins : enregistrer en toute discrétion la parole des profs, par exemple au moyen de stylos micro, afin de prendre les pédophiles institutionnels sur le fait, puis déposer des « plaintes ».

Ces mêmes « plaintes » dont les procureurs auront quelques difficultés à étayer le caractère délictuel et/ou criminel, étant donné qu’il s’agit des programmes officiels de l’Éducation nationale, dont vous découvrirez ci-dessous le caractère éminemment libidinal et sulfureux, dans sa dernière mouture 2025 :
un-projet-ambitieux-duquer-la-vie-affective-et-relationnelle-et-la-sexualit-199381_0Ce même collectif parental est pareillement fier d’annoncer le dépôt d’une plainte pour « tentative de corruption de mineurs » et « tentative de subornation de témoins« , au collège Jules Ferry de Tours, après une séance d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. L’info est relayée par « Le média en 4-4-2« , journal conspi d’extrême-droite fondé par un disciple de Alain Soral.

Et pour faire face à tous ces croqueurs d’enfants, un appel à la mobilisation nationale pour le 10 mars 2025 est donc lancé, sans que personne ne sache à quoi correspondrait cette date, tout à fait ordinaire dans le calendrier scolaire. Toujours placé sous l’impulsion du collectif « Parents en colère », le mouvement marque une intensification de la contestation contre ce programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), dans les établissements scolaires français.
Car cette fois-ci, il s’agit pour le collectif d’appeler au retrait des enfants de l’école lors de cette journée, au cours de laquelle les enseignants sont censés « éduquer les enfants à la sexualité ».
A Mulhouse, dans certains quartiers, l’initiative tourne même à l’affolement paranoïaque. Certaines familles se persuadent en effet qu’il s’agit d’un piège dirigé contre les parents d’origine étrangère : s’ils ne mettaient pas leurs enfants à l’école la journée du 10 mars, leurs noms seraient alors révélés publiquement, et ils risqueraient l’expulsion !
L’examen du contenu diffusé sur le site du collectif révèle un discours caractérisé par des affirmations alarmistes, relevant de mouvements qui cultivent une vision déformée des politiques éducatives.
Leur communication se distingue par un langage émotionnel fort et des accusations graves contre un dispositif éducatif officiel, sans présenter d’éléments probants pour soutenir leurs allégations inquiétantes.

Le cadre légal de l’EVARS à l’école…
L’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle est encadrée légalement par l’article L312-16 du Code de l’éducation, qui prévoit qu’« une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles ».
Ces séances, loin d’être improvisées, suivent les directives ministérielles et sont conduites par des personnels (souvent infirmières scolaires) ou enseignants formés.
Selon le Ministère de l’Éducation nationale, ces interventions visent à « développer l’esprit critique et à permettre de faire des choix éclairés ».
La circulaire n°2018-111 du 12 septembre 2018 précise que cette éducation « ne se substitue pas à la responsabilité des parents et des familles » mais s’inscrit dans une « démarche éducative complémentaire ».
Les contenus sont adaptés aux âges concernés (comme on l’a vu ci-dessus) : à l’école primaire, il s’agit principalement de respect du corps et des différences, au collège (à partir du cycle 3, donc du CM2/6è) d’accompagner la puberté et d’aborder les relations affectives, et au lycée de traiter des questions de consentement, de prévention et de contraception.
Des études internationales démontrent que cette éducation contribue significativement à réduire les grossesses non désirées chez les adolescentes et les comportements à risque.
…validé par les professionnels de santé
L’Académie de médecine, dans un rapport publié en 2021, souligne l’importance d’une éducation à la sexualité pour « permettre aux jeunes de faire face à une hypersexualisation de l’environnement médiatique ». Le Conseil national de l’Ordre des médecins a également rappelé que « l’éducation à la sexualité constitue un outil essentiel de santé publique et de protection de l’enfance ». Ces positions d’instances médicales reconnues contredisent frontalement les accusations portées par le mouvement parental.
Des travaux scientifiques récents démontrent que l’éducation sexuelle adaptée à l’âge réduit la vulnérabilité des enfants face aux abus. Une étude publiée dans le Journal of Adolescent Health révèle que les jeunes ayant bénéficié de ces programmes sont plus aptes à identifier des situations inappropriées et à les signaler. Ce constat établit un paradoxe fondamental dans la démarche du collectif qui, sous couvert de protection des enfants, s’oppose à un dispositif qui contribue précisément à cette protection.
Une « grève » pour lutter contre « la pédophilie«
Le mouvement appelle explicitement à une « grève parentale générale » et au « retrait scolaire » pour le 10 mars 2025. La rhétorique déployée présente plusieurs caractéristiques problématiques sur le plan factuel. Premièrement, le collectif affirme l’illégalité de l’EVARS, contredisant le cadre législatif existant.
Deuxièmement, il avance que ces enseignements « incitent les enfants à la sexualité« , une affirmation qui dénature les objectifs préventifs et informatifs des programmes officiels.
On voit de nombreux parents prendre position sur la plateforme vidéo Crowdbunker, « une plateforme issue du peuple, financée par le peuple, pour servir le peuple« , selon le credo de son fondateur, dont l’outil rassemble nombre d’opposants aux vaccins :
L’analyse des publications du mouvement révèle l’utilisation récurrente de termes chargés émotionnellement comme « viol éducatif« , « corruption« , ou « insertion dans le mental fragile« . Cette dramatisation excessive s’accompagne d’accusations particulièrement graves, notamment celle selon laquelle les cours d’EVARS « prônent la pédophilie« , une allégation extrêmement grave formulée sans aucun élément probant.
Un procédé rhétorique caractéristique des théories du complot vise à disqualifier moralement tout un dispositif éducatif et ses acteurs.
Le collectif utilise diverses stratégies pour amplifier son message. L’appel à « s’organiser partout en France » et à « diffuser largement » s’accompagne de modèles de courriers pour refuser formellement la participation des enfants aux séances d’EVARS.
Une approche structurée qui relève d’une organisation partisane dépassant la simple expression d’inquiétudes parentales. La sociologue Marie Durousset-Tillet note que « ce type de mouvement fonctionne par création d’une panique morale, en transformant une préoccupation légitime en menace existentielle« .
L’analyse des réseaux sociaux associés au mouvement révèle des connexions avec d’autres groupes contestataires aux positions radicales sur divers sujets éducatifs et sociétaux. La chercheuse en sciences de l’information Caroline Marti y identifie des « mécanismes classiques de désinformation » dans leur communication, notamment « l’utilisation de fausses équivalences, la décontextualisation de citations officielles et l’appel constant à l’émotion plutôt qu’à la raison« .
Éducation à la sexualité ou auto-éducation par le porno ?
Le débat sur l’éducation à la sexualité s’inscrit dans un contexte où les jeunes sont exposés précocement à des contenus sexuels en ligne. Selon une étude de l’association e-Enfance, 51% des adolescents de 12 à 15 ans déclarent avoir déjà été exposés à des contenus pornographiques. Face à cette réalité, l’EVARS constitue un contrepoint éducatif essentiel. Le pédopsychiatre Marcel Rufo souligne que « l’absence d’information adaptée laisse les jeunes seuls face à des représentations souvent problématiques de la sexualité« .
Les inquiétudes parentales concernant l’éducation sexuelle ne sont pas nouvelles ni illégitimes en soi. Le droit des parents à être informés des contenus abordés est d’ailleurs reconnu par l’Éducation nationale. Cependant, comme le souligne le rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale (IGEN), « ces préoccupations légitimes sont parfois instrumentalisées par des mouvements aux agendas plus larges, dépassant les seuls enjeux éducatifs« . Cette instrumentalisation se manifeste dans le discours de « Parents en colère » qui bascule volontiers dans une rhétorique délirante.
Comparaisons internationales
Dans un contexte international, la France se situe dans la moyenne européenne concernant l’éducation à la sexualité. Des pays comme la Finlande, les Pays-Bas ou le Danemark proposent des programmes plus complets et précoces, avec des résultats probants en termes de santé publique.
L’UNESCO recommande d’ailleurs « une éducation sexuelle complète comme droit fondamental et comme moyen de promouvoir la santé et le bien-être« . À l’inverse, les pays ayant adopté des politiques restrictives en la matière connaissent généralement des taux plus élevés de grossesses adolescentes et d’infections sexuellement transmissibles.
Le mouvement « Parents en colère » s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays occidentaux, où des groupes militants adoptent une position radicale contre l’éducation sexuelle. Une étude comparative menée par l’université d’Oxford identifie des rhétoriques similaires en Italie, aux États-Unis et en Pologne, caractérisées par « l’utilisation de la peur, la déformation des contenus pédagogiques et la construction d’une opposition artificielle entre valeurs familiales et éducation publique« .
Dialoguer pour désamorcer les comportements irrationnels
Face à la complexité des enjeux liés à l’éducation à la sexualité, le dialogue entre familles et institutions éducatives apparaît comme une nécessité. Des recherches en sciences de l’éducation montrent que l’efficacité des programmes d’éducation à la sexualité est renforcée lorsque parents et école travaillent en complémentarité. Cette approche collaborative permet de respecter les sensibilités diverses tout en garantissant l’accès des jeunes à une information fiable et adaptée.
La Fédération des Conseils de Parents d’Élèves (FCPE), principale association de parents d’élèves en France, rappelle que « l’éducation à la sexualité n’est pas une incitation mais une protection » et déplore « les tentatives de désinformation qui nuisent au nécessaire dialogue éducatif« . Des expériences menées dans certains établissements, où les parents sont invités à découvrir concrètement les contenus et méthodes des séances d’EVARS, ont permis de désamorcer significativement les inquiétudes et de construire une confiance mutuelle.
Dans « La revue des parents » de décembre 2024, éditée par l’association de parents d’élèves, il est en outre rappelé que « Autour de la question du genre, il y a aussi des fantasmes, des craintes ou des idées reçues qui nécessitent un travail de déconstruction. Car non, l’éducation à la sexualité n’apprend pas aux garçons à devenir des filles et vice versa. En revanche, l’éducation sexuelle aborde les concepts d’identité de genre et d’orientation sexuelle qui sont des concepts essentiels dans l’expression des droits humains« .
Des professionnels de l’éducation témoignent également de l’importance d’une communication transparente. « Lorsque nous expliquons clairement aux parents ce qui sera abordé et comment, les réticences s’apaisent généralement« , explique Françoise Martin, infirmière scolaire et formatrice EVARS. Cette transparence constitue un antidote efficace aux interprétations fantaisistes propagées par des mouvements comme « Parents en colère« .
« Informer n’est pas inciter »
L’appel à la mobilisation du10 mars 2025 illustre les tensions qui traversent le champ éducatif sur des sujets sensibles comme la sexualité. Cet appel révèle une dimension conspirationniste préoccupante, caractérisée par des amalgames, des accusations infondées et une présentation déformée des réalités pédagogiques. Ces éléments contribuent à propager une vision alarmiste d’un dispositif éducatif dont les objectifs réels sont la prévention et l’information factuelle et adaptée des jeunes.
Dans un environnement médiatique saturé de représentations problématiques de la sexualité, cette forme d’éducation constitue un outil essentiel de protection et d’émancipation. Le philosophe de l’éducation Philippe Meirieu le souligne : « informer n’est pas inciter, et préparer les jeunes à comprendre leur corps et leurs émotions reste la meilleure protection contre les manipulations de toutes sortes« .
L’enjeu d’intérêt public que constitue le bien-être et l’épanouissement des enfants et adolescents, nécessite plus que des postures de rejet radical à caractère paranoïde ou conspirationniste, ou des oppositions frontales entre sphères éducatives, trop souvent incapables de communiquer sereinement entre elles.
Une manifestation de parents et d’enfants serait prévue la 10 mars à Mulhouse, à en croire des boucles d’échanges sur Télégram.













Pardonnez-moi mais, conspis ou pas, les problématiques liées aux questions de genre n’ont rien à faire à l’école mdrrr !!! Et dans ce cas pourquoi pas de cours dédiés aux discriminations liées aux nationalités/ origines/ religions/ couleurs de peau ? Pour une « alterpresse », vous êtes finalement comme tous les médias mainstream. À la solde de l’état. Sachez que, malgré toutes les facéties mises en place par les États européens, ça commence vraiment à se voir, que quelque chose ne tourne pas rond. Et d’ailleurs, si en Iran en Corée , et même en Algérie, ils ont les moyens de bloquer les accès à certains contenus internet, comment se fait il qu’en France, un enfant sur 2 de 12 ans au moins puisse avoir accès au porno ? C’est quand-même fou ça non? On ouvre les vannes en grand d’un côté pour nous dire de l’autre « Oh ! nous devons agir pour les empêcher de se noyer ! » Bref. vous savez très bien de quoi je veux parler de toute façons, cette hypocrisie nauséabonde du système. N’importe quel idiot peut s’en rendre compte.
PS: si certains parents en sont arrivés à porter plainte contre les établissements, c’est que ça commence à craindre sérieusement, quand même ! Faut arrêter de prendre les gens pour des cons mes chers petiots. Au fait, y’a une faute à un moment, c’est » l’info relayée » é-e , pas « é » c’est féminin le sujet. Info, qui vient d’information. Mais peut-être qu’on va bientôt changer les genres des mots du dictionnaire tiens, comme ça free-party en cours d’orthographe loooool !!!!
allez, à plus.