Crédit photos : Martin Wilhelm
Mulhouse manifeste pour le droit au logement : des revendications locales au cœur d’une crise nationale
Le samedi 29 mars, la place des Victoires de Mulhouse a accueilli une mobilisation citoyenne contre le mal-logement. À l’appel du DAL 68 (Droit au logement du Haut-Rhin), mais également de la CNL (Confédération nationale du logement), association française reconnue association d’utilité publique créée en 1916, et des militants, familles et citoyens engagés s’y sont rassemblés pour dénoncer les expulsions locatives, la flambée des loyers, et le manque criant de logements sociaux.
Cet événement symbolique, organisé à la fin de la trêve hivernale, a marqué la 29e année consécutive de mobilisation sur ce thème. Une manière pour l’association de rappeler que, malgré les décennies, les inégalités de logement restent toujours aussi criantes et continuent de faire des victimes parmi les plus précaires.
Ce cri d’alarme n’est pas isolé : il résonne aujourd’hui dans toute la France, où la crise du logement atteint des proportions inédites.
Une pression insupportable pour les ménages modestes
Dans le Haut-Rhin, comme partout en France, les constats sont alarmants. À la fin de la trêve hivernale, des milliers de personnes se retrouvent face à des situations critiques, chassées de leur logement sans solution de relogement adaptée. Le DAL 68 évoque une situation particulièrement tendue dans le département, où les expulsions s’intensifient, et où les capacités d’hébergement d’urgence sont largement insuffisantes pour répondre aux besoins. Selon l’association, au moins 60 demandeurs reconnus comme prioritaires au titre de la loi DALO (Droit au logement opposable) n’ont toujours pas été relogés.
Les manifestants ont aussi dénoncé la hausse continue des loyers et des charges. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un ménage consacre 50 % de son budget au logement, contre seulement 20 % il y a 30 ans. Dans certains cas, notamment pour les locataires du parc social, une augmentation de 3 % des loyers a été constatée en 2025, alors même que l’inflation réelle a ralenti à environ 1 %. Le DAL 68 alerte également sur la flambée des prix de l’énergie, qui pèse encore davantage sur les ménages en difficulté.
Des revendications claires et un bilan préoccupant
Lors de la manifestation, les participants ont exprimé des revendications fortes et structurées pour répondre à cette crise du logement :
- Arrêt immédiat des expulsions sans relogement.
- Construction de 250 000 logements sociaux par an, accessibles et à bas loyers.
- Respect des lois existantes, notamment la loi DALO et la protection des locataires contre les congés abusifs.
- Abrogation de la loi Kasbarian-Bergé, perçue comme une mesure punitive envers les locataires précaires.
- Baisse des loyers et augmentation des APL pour soulager financièrement les foyers modestes.
- Encadrement des pratiques locatives abusives, particulièrement dans les locations de courte durée comme Airbnb.
- Amélioration de l’accès aux données publiques sur la crise du logement, jugé insuffisant par de nombreux chercheurs et associations.
Le DAL 68 a également souligné la nécessité d’inscrire le droit au logement dans la Constitution française pour en faire un pilier inaliénable de la société.
Une crise nationale aux chiffres glaçants
La situation mulhousienne n’est malheureusement que le reflet d’une crise nationale. En 2024, selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre, 24 000 procès-verbaux d’expulsion ont été délivrés et plus de 171 000 commandements de payer ont été enregistrés. Ces chiffres, en hausse par rapport à l’année précédente, témoignent d’une précarité galopante.
En France, 350 000 personnes sont sans domicile fixe et 4,2 millions vivent dans des conditions de mal-logement. De plus, 2,7 millions de ménages sont actuellement en attente d’un logement social, alors que la production de logements HLM connaît un ralentissement historique. Cette pénurie exacerbe la pression sur le marché locatif, entraînant une flambée des loyers. Selon les associations, cette crise est le fruit d’une politique publique insuffisante et d’une spéculation immobilière incontrôlée.
L’impact des politiques récentes, comme la loi Kasbarian-Bergé, est également décrié [on apprend à l’instant qu’elle serait abandonnée]. Cette loi, qui facilite les procédures d’expulsion pour impayés, est accusée par les associations de renforcer la pression sur les ménages déjà en difficulté, les incitant à quitter leur logement avant toute intervention des forces publiques.
Mobilisation nécessaire et lutte collective
Au-delà de Mulhouse, le mouvement pour le droit au logement est plus que jamais une priorité nationale. Partout en France, les associations et collectifs appellent à une mobilisation collective pour défendre ce droit fondamental. Si des progrès significatifs ne sont pas réalisés, les inégalités de logement risquent de s’intensifier, exacerbant les tensions sociales et économiques.
Face à l’urgence sociale et aux chiffres alarmants, la mobilisation est fondamentale. Les appels à l’action résonnent dans toute la France, rappelant que se loger dignement ne doit jamais être un privilège, mais un droit pour tous. Cependant, cette lutte ne pourra aboutir sans une volonté politique forte et des investissements significatifs.
Pour les citoyens, les associations et les militants, la bataille pour le droit au logement pour toutes et tous est loin d’être terminée. À Mulhouse comme ailleurs, les manifestants ne cessent de rappeler que derrière chaque chiffre se cache une personne, une famille, un foyer, en quête d’un endroit sûr et digne pour vivre. La solution passe par une mobilisation collective et la pression sur les décideurs publics, afin que chacun puisse enfin se loger dans des conditions décentes et pérennes.




















