Crédit photos : Martin Wilhelm
Au départ de Mulhouse ce samedi 7 juin, jusque l’arrivée lundi 9 juin à Strasbourg : le convoi de l’eau 2025, porté par le collectif Résistance de la Terre 68, mobilise à nouveau des militants, citoyens et élus autour de l’eau, ce bien commun tant menacé. Trois jours d’itinérance, de discussions et d’actions symboliques, pour alerter sur la raréfaction et la dégradation de la ressource, dans une région où les enjeux sont particulièrement prégnants.
Le principe du convoi de l’eau est simple : traverser l’Alsace à vélo, de Mulhouse à Strasbourg, en passant par le vignoble et les villages emblématiques, pour sensibiliser le public et les pouvoirs publics aux menaces qui pèsent sur l’eau.
Équipés de fanions, banderoles et slogans, les participants parcourent chaque jour une soixantaine de kilomètres, avec l’ambition de créer un mouvement visible et fédérateur. « Nous invitons tout le monde à venir nous rejoindre lorsque le convoi s’arrêtera, afin de créer des groupes fournis et de multiplier sa visibilité », explique Cécile Germain Ecuer, organisatrice du convoi et conseillère régionale EELV du Grand Est.
À chaque étape, des tables rondes rassemblent habitants, experts et élus autour des thèmes de l’eau et de l’industrie, de l’agriculture de montagne, de la biodiversité et des droits humains. L’objectif : informer, débattre, et réfléchir collectivement aux solutions pour protéger la ressource face à la pollution, à l’accaparement industriel et à la répartition inégale de l’eau potable.
Les temps forts du parcours
- Samedi 7 juin : Départ à 9h, place de la Réunion à Mulhouse. Pause à Stocamine, à 10h30 vers Wattwiller, symbole de la menace sur la nappe phréatique alsacienne. Table ronde « Eau et industrie » à Ingersheim.
- Dimanche 8 juin : Échanges sur l’agriculture de montagne à Dambach-la-Ville, puis table ronde « Eau et montagne » et drag show participatif à la Ferme de Truttenhausen, Heiligenstein.
- Lundi 9 juin : Pause à la Maison éclusière de Kolbsheim, action symbolique et photo de groupe devant le Parlement européen à Strasbourg, puis table ronde « Eau, biodiversité et droits humains » à Neudorf.
L’eau, enjeu local, national et international
L’Alsace, région riche en eau, n’est pas épargnée par les crises. Plusieurs communes ont dû recourir au citernage lors des étés récents, la pollution aux PFAS à Saint-Louis a entraîné l’interdiction de l’eau du robinet pour les nourrissons et femmes enceintes, et le site de Stocamine, où sont enfouis des déchets toxiques, reste une épée de Damoclès pour la nappe phréatique rhénane. « On a l’impression que de l’eau, il y en a toujours et il y en aura toujours, mais de l’eau potable de qualité, ça commence à manquer », s’alarme Cécile Germain Ecuer.
Celle-ci rappelle que la question de l’eau est centrale à la vie : « Sans eau potable, il n’y a plus de vie sur Terre » Lors de la prise de parole de lancement, elle souligne : « L’eau n’est pas un élément vivant, mais elle est essentielle aux vivants. Les enjeux liés à l’eau sont en train d’émerger et d’augmenter de manière exponentielle ». Elle évoque aussi les inondations, la pollution, et la nécessité de réfléchir à la gestion collective de la ressource.
Un laboratoire d’idées et d’actions qui dépasse l’Alsace
Le convoi de l’eau alsacien s’inscrit dans une dynamique nationale. Depuis Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres, où des « méga-bassines » alimentent la contestation, jusqu’aux bassins versants du Rhône ou de la Loire, la mobilisation citoyenne s’étend sur tout le territoire. Partout, la raréfaction de l’eau, la pollution, l’accaparement par l’agriculture intensive ou l’industrie, et les inégalités d’accès, sont au cœur des préoccupations.
Le mouvement réclame une gestion plus démocratique et écologique de l’eau, la reconnaissance de son statut de bien commun, et des mesures fortes pour garantir sa qualité et sa disponibilité pour tous. « La directive cadre européenne dit que l’eau est un bien commun, mais aujourd’hui la priorité est donnée aux activités économiques, et on met en péril la disponibilité de la ressource. Il est urgent de réagir », insiste Benoît Biteau, eurodéputé écologiste.
Au-delà de la sensibilisation, le convoi de l’eau est un moment de partage, de solidarité et d’innovation. Les participants, venus de tous horizons, échangent sur leurs expériences, imaginent des solutions locales, et construisent un réseau de vigilance autour de l’eau. « On va pédaler pendant trois jours. C’est un convoi militant. Je le dis tout de suite pour ceux qui pensaient faire un slow-up », lance Cécile Germain Ecuer, avant de conclure : « De Stocamine à Sainte-Soline, la guerre de l’eau a commencé, on se battra pour la gagner ».
Le rendez-vous strasbourgeois devant le Parlement européen, lundi 9 juin, clôturera ce périple par une action symbolique et une table ronde sur les droits humains, rappelant que la défense de l’eau est aussi une question de justice sociale et de démocratie. À l’heure où la France et l’Europe sont confrontées à des défis majeurs de raréfaction et de pollution de l’eau, cette initiative locale résonne comme un appel à la mobilisation générale.


















