Crédit photos : Martin Wilhelm

Le 27 juin, toute la journée devant la gare de Thann, la CGT cheminots et Sud-Rail ont organisé un rassemblement pour dénoncer la fermeture programmée des guichets SNCF et la réduction des services dans plusieurs gares du Grand Est, dont Thann et Mulhouse. L’événement, qui a rassemblé cheminots, postiers et habitants, visait à sensibiliser le public et à collecter des signatures pour soutenir la pétition lancée contre ces fermetures.

Un contexte de transformation profonde du service public

La Région Grand Est a décidé de fermer ou de réduire les horaires des guichets SNCF dans près de 29 gares, dont Thann, à partir de janvier 2026. À la place, la vente de billets sera transférée à des prestataires, principalement La Poste, située à proximité des gares concernées. Cette réorganisation s’accompagne d’une vague de suppressions de postes — une quarantaine dans le Grand Est — et de réorganisations internes, notamment à la SNCF et à La Poste.

Pour les syndicats, cette décision s’inscrit dans une logique de réduction des coûts et d’accélération de la digitalisation des services, au détriment de l’accueil humain et de l’accessibilité pour tous.

« On dirige tout le monde vers Internet, mais ça ne correspond pas à tous les profils. Les anciens, ils ne veulent pas payer sur Internet, ils n’ont pas confiance. Ils ont Internet, mais ils sont encore à l’ancienne époque. Et puis ces jeunes handicapés, ils ont besoin de quelqu’un qui interagit avec eux », explique Mathieu Relin, conducteur de train et élu CSE pour le TER Grand Est.

Les responsables syndicaux présents lors de la manifestation ont insisté sur la perte de sens du métier, la déshumanisation des services et les conséquences sociales pour les agents et les usagers.

« On est en train de piquer les emplois de nos collègues de la SNCF. Et je pense qu’à un moment, il serait temps que chacun fasse son corps de métier, le fasse du mieux possible et qu’on arrête de nous mettre en concurrence », déclare Pascal Derey, représentant CGT Fédération des activités postales et télécommunications.

Les manifestants dénoncent également le manque de concertation et d’information, tant auprès des agents que des élus locaux.

« Le maire de Thann a été avisé par un simple courrier au début du mois de mai. Il n’a pas eu le temps de réagir pour le moment », rapporte un article local. Cette absence de dialogue social est régulièrement pointée du doigt par la CGT, qui réclame un moratoire sur les fermetures et l’ouverture de négociations tripartites entre la Région, la SNCF et les syndicats.

Des conséquences concrètes pour les usagers et les agents

La suppression des guichets a des répercussions directes sur la qualité du service. À Thann, le guichet SNCF assure encore 12 000 opérations par an, notamment pour des jeunes en situation de handicap, des personnes âgées ou des usagers en difficulté face au numérique. « Il y a beaucoup de jeunes handicapés dans le coin parce qu’il y a des ESAT et qui sont un peu dépendants de la présence humaine pour pouvoir prendre le train quand il y a des perturbations », explique Mathieu Relin.

Le transfert de la vente de billets à La Poste ne garantit pas un service équivalent.

« Les postiers n’auront pas toute la gamme de billets. Ils auront un matériel fourni par la SNCF, mais ils seront formés au lance-pierre, peut-être une journée seulement », souligne Pascal Derey.

Les agents postiers, déjà confrontés à des réductions d’effectifs et d’horaires, craignent une surcharge de travail et une baisse de la qualité de service pour les usagers.

Une mobilisation citoyenne réussie

La manifestation du 27 juin a rassemblé cheminots, postiers, élus locaux et habitants. Les usagers, conscients des enjeux, signent massivement la pétition pour défendre les guichets.

« On a un retour très positif des usagers qui comprennent. Même ceux qui utilisent l’application ont toujours une pensée pour un proche ou une personne qui pourrait être en difficulté vis-à-vis de l’outil numérique », témoigne Jonathan Seiller.

Les syndicats appellent à une mobilisation plus large pour défendre les services publics et les conditions de travail.

« On veut travailler, c’est important de travailler, mais dans des bonnes conditions de vie et de travail. On veut plus travailler comme ça », conclut Pascal Derey.

La manifestation de Thann illustre la détermination des syndicats et des citoyens à défendre l’accès humain aux services publics. Face à la digitalisation accélérée et à la réduction des coûts, la CGT cheminots et Sud-Rail continuent de mobiliser pour préserver l’emploi, l’accueil et l’accessibilité pour tous, dans une région où le maillage territorial reste un enjeu majeur.