Crédit photos : Martin Wilhelm

C’est sans la présence de Christian Tein, leader du FLNKS, récemment libéré du centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach, mais par son ombre tutélaire, ainsi que celle des autres prisonniers libérés, que s’est tenu samedi 28 juin à Pfastatt un tournoi de football à 7, en soutien à la lutte pour l’émancipation en Kanaky.

L’événement, porté par la solidarité locale et nationale, dont celle décisive de Nadia Peter, conseillère municipale PC de la commune hôte, a rassemblé militants, habitants et collectifs venus exprimer leur soutien à la cause, dans une ambiance chaleureuse et engagée.

À l’occasion de ce rassemblement, Dimitri Qenegei, prisonnier politique kanak libéré après un an d’incarcération, a pris la parole devant la foule, saluant la mobilisation des Alsaciens et des collectifs qui, selon ses mots, « nous ont donné la force de tenir, de continuer à combattre à travers les murs, à travers les barreaux ».

Il a rendu hommage au combat politique mené pour le peuple kanak, même depuis l’enfermement, et a souligné l’importance du soutien reçu, notamment de la part des collectifs locaux et des « frères du pays » présents à ses côtés. Dimitri a également exprimé sa gratitude envers les organisateurs et tous ceux qui, par leur engagement, permettent de faire vivre la solidarité et la mémoire des luttes passées.

L’émotion était de mise lors de la remise d’un geste symbolique, un tissu traditionnel, pour « attacher nos reins » et lier les participants au combat à venir. Ce geste, inspiré des coutumes kanak, vise à renforcer la cohésion et la détermination collective, rappelant que la lutte pour l’autodétermination est un combat de longue haleine, porté par la mémoire des ancêtres et la volonté de ne pas laisser la colonisation peser sur les générations futures.

Remise du tissu traditionnel kanak

Dimitri Qenegei a insisté sur le sens profond de la liberté retrouvée :

« La liberté, ce n’est pas seulement notre liberté en tant que personne, c’est la liberté de notre peuple qui nous a forgés en prison, qui nous a rendus plus forts pour continuer à combattre contre le colonialisme ».

Il a rappelé que la prison, au lieu de briser les consciences, a renforcé la solidarité et la détermination des militants kanak, qui refusent de renoncer au rêve d’indépendance porté par leurs aînés. « On ne renoncera jamais au rêve de nos pères », a-t-il déclaré, appelant à « fermer cette parenthèse coloniale » pour permettre à la Kanaky de devenir la 194e nation du monde.

Le tournoi de football à 7, au-delà de l’aspect sportif, a été l’occasion de tisser des liens entre militants kanak, Alsaciens et sympathisants venus de toute la région. Plusieurs intervenants, dont des membres du collectif Kanaky et des militants locaux, ont salué la solidarité internationale et la nécessité de continuer à soutenir les luttes anticoloniales, qu’elles concernent la Kanaky, la Palestine ou d’autres peuples opprimés. L’un d’eux a souligné l’importance de ne pas oublier la colonisation que subit la Kanaky, tout en rappelant la force de la mobilisation collective et la nécessité de poursuivre la lutte dans la durée.

La journée s’est achevée dans la convivialité, avec des applaudissements, de la musique et un message d’espoir : « Si on se lève, c’est pour faire avancer les choses. Ça veut dire qu’on est debout, qu’on n’est pas abattu, qu’on avance tout doucement dans le temps et dans la durée. Il faut continuer ».

Cette manifestation, comme d’autres organisées en France ces derniers mois, témoigne de la vitalité de la solidarité internationale autour de la cause kanak. À Mulhouse, Strasbourg ou ailleurs, collectifs, syndicats et associations continuent d’exiger la libération de tous les prisonniers politiques, la fin des déportations, la vérité et la justice pour les victimes de la répression coloniale, ainsi que le respect du droit à l’autodétermination du peuple kanak.

Le combat pour l’émancipation de la Kanaky, porté par la jeunesse, les anciens et tous ceux qui croient en la justice post-coloniale et la disposition de soi, reste plus que jamais d’actualité. Le tournoi de Pfastatt en a été une belle illustration, mêlant sport, culture et engagement politique.