Crédit photo : Martin Wilhelm

Une cinquantaine de militantes et militants, souvent néophytes mais résolument engagés, se sont réunis ce vendredi 22 aout au soir devant l’ancien réfectoire de DMC afin de préparer l’action du 10 septembre à Mulhouse, qui devrait se tenir depuis le Square de la Bourse. La volonté commune de sortir de l’impuissance, avec créativité et solidarité, a dominé les échanges.

Elles et ils ont pris la parole à tour de rôle, formant un cercle d’expression libre, solidaire et bienveillant. Ce collectif mulhousien, sans affiliation partisane, prépare activement la journée de manifestations et de blocage prévue le 10, à la fois dans l’élan d’un mouvement d’indignés (comme en témoigne le nom « indignons-nous » du site internet national), mais tout aussi soucieux de se doter de ses propres formes politiques.

Une force populaire en construction

Beaucoup de celles et ceux présents, l’étaient pour la première fois, découvrant la puissance d’inventivité qu’offre l’union collective : « J’avais peur de prendre la parole, aujourd’hui je me sens capable de crier mes colères », témoignait une participante. Beaucoup ont forgé récemment leurs premières armes militantes : « La première fois, je n’osais pas prendre le mégaphone. Puis à force de venir en manif, j’ai fini par trouver ma voix », racontait l’un d’eux.

Des parcours très divers se sont croisés : des militants historiques du mouvement des Gilets jaunes, des soignants suspendus ayant refusé la vaccination obligatoire, des étudiants engagés dans la défense des services publics, quelques associatifs aguerris, ou encore des citoyens convaincus par la lutte pour la justice sociale et la défense des libertés fondamentales.

Malgré des origines politiques hétérogènes, les débats ont rapidement écarté les divisions partisanes : « Ce qui nous unit est bien plus fort que ce qui pourrait nous diviser. Notre ennemi, c’est ce système qui détruit nos vies », insistait un intervenant.

Concrétiser la colère par des actions visibles et ingénieuses

Le cœur des discussions a donc porté sur des actions concrètes, loin des discours creux : blocages ciblés, boycotts massifs des grandes enseignes, diffusion de tracts, campagnes de communication de terrain, mais aussi initiatives d’entraide et d’auto-organisation. La nécessité de rester dans une dynamique positive et non violente étant largement partagée, afin de préserver la légitimité populaire et déjouer la répression.

Des idées novatrices ont émergé, à l’image de la proposition d’actions invisibles, ponctuelles, qui à la longue peuvent désorganiser l’ordre établi sans provoquer d’affrontements frontaux. La convergence des luttes a également été mise en exergue, avec la volonté de créer un lien fort entre les mobilisations sociales, écologiques, étudiantes ou émancipatrices.

Des thèmes transversaux, unis autour du refus de l’impuissance

Au fil de la discussion, de grands thèmes se sont dessinés :

  • La dégradation des conditions de vie (inflation, précarité énergétique, avenir des services publics).
  • La question des libertés (de la lutte contre le pass sanitaire au rejet des mesures jugées autoritaires).
  • Le besoin de visibilité des luttes étudiantes et populaires, en particulier autour de l’accès à l’université et de la solidarité avec la Palestine.
  • L’envie de renouer avec des pratiques d’entraide concrètes : cueillettes solidaires, auto-formation, circuits courts.

Tous se sont accordés sur la nécessité de rester inventifs dans les actions (blocages ciblés, boycott des grandes enseignes, diffusion de tracts, communication locale) tout en préservant une image positive auprès de la population, a contrario des mouvements syndicaux si ronronnants et circulaires, dans tous les sens du terme !

Appel massif pour le 10 septembre et au-delà

Si dès à présent, le collectif appelle à une large mobilisation citoyenne, se pose à court terme la question cruciale de la communication de terrain : la diffusion massive de tracts dans les quartiers, devant les lieux de travail, au pied des immeubles, afin d’agrandir la mobilisation et d’informer les habitants souvent éloignés des réseaux sociaux.

Plusieurs participants ont souligné la difficulté pour beaucoup de s’y retrouver dans la multitude d’outils numériques. La solidarité entre militants s’enrichit aussi de partages d’expérience dans la distribution à la main, qui reste un contact humain précieux.

Cette assemblée populaire, se voulant délibérément sans leader attitré ni hiérarchie organisationnelle illustre, à son échelle, qu’une force collective émergente peut s’appuyer avec profit sur la pluralité et la richesse des engagements individuels. « Si on reste divisé, on est perdus, mais ensemble, on peut faire tomber les murs ».

« On ne changera rien en restant chacun chez soi. L’union fait la force, et c’est ce qu’on est en train de construire ici, ensemble », concluait une militante.

Qui soutient qui s’oppose ?

La journée du 10 septembre suscite le soutien de plusieurs partis et organisations, principalement à gauche. Les partis comme La France Insoumise (LFI), Europe Écologie Les Verts (EELV), le Parti Communiste Français (PCF) et même le Parti Socialiste (PS) ont affirmé leur soutien au mouvement. En revanche, l’extrême-droite, notamment le Rassemblement National (RN), s’en est complètement désolidarisée. Du côté des syndicats, les avis sont plus mitigés : certaines fédérations comme Sud rail, la CGT Chimie ou celle du Commerce, les Soulèvements de la Terre, la Confédération paysanne, appellent à soutenir le mouvement, tandis que la direction de la CGT reste plus réservée.

Ce mouvement informel se présente comme un rassemblement large et diversifié, où l’absence de leadership clair et le refus des formes traditionnelles de manifestation sont mis en avant, à l’instar du mouvement des gilets jaunes.

L’objectif est de créer un rapport de force qui impacte réellement le gouvernement et ses alliés plutôt que de simples actions symboliques. Les revendications sont centrées sur la justice fiscale, sociale et la démocratie directe, avec une volonté de dépasser les formes classiques de contestation.

Les participants se sont d’ores et déjà donnés pour une prochaine assemblée citoyenne, au square de la Bourse), le samedi 30 Août 2025 à 17h. Une autre serait prévue le 6 septembre à 14 heures, sur le même lieu.

Site d’information national : indignonsnous.fr