À seulement quelques jours du vote de confiance du 8 septembre, voulu par un Premier ministre Bayrou, mué pour l’occasion en Samouraï chargé de trancher à vif dans le budget, l’exécutif choisit de prendre sournoisement une série de décrets majeurs, alors même que le hara-kiri politique, tant attendu par une population qui rejette massivement ses arbitrages, semble probable.

Cette tentative de passage en force, notamment révélée par nos confrères de L’Humanité, soulève de vives inquiétudes quant au respect de la légitimité démocratique, déjà bien entamée politiquement, depuis que Emmanuel Macron a tout bonnement ignoré le résultat des urnes lors des dernières élections législatives.

Si la majorité parlementaire menace de sombrer d’ici le 8 septembre, la suppression de deux jours fériés, envisagée au nom de la discipline budgétaire (et censée rapporter près de 4 milliards d’euros), que François Bayrou souhaite intégrer dans le projet de budget 2026, a déjà provoqué une levée de boucliers dans l’opinion publique, et surtout, au sein même de la “majorité”, l’exécutif envisage sérieusement d’imposer une partie de son agenda de réformes par la voie réglementaire.

Autrement dit, en court-circuitant le débat parlementaire, à 4 jours du vote de confiance prévu dans l’hémicycle du palais Bourbon.

Un premier décret prévoit en effet le doublement des franchises médicales figure parmi les nouveaux textes réglementaires : leur plafond annuel passerait de 50 € à 100 €, alourdissant le reste à charge pour tous les patients, en particulier les plus précaires. Les conditions de prise en charge pour les maladies longues seraient également durcies, soulevant la colère des associations de malades.

Le tout alors que le conseil d’administration de la CNAM (caisse nationale d’assurance maladie), consultée pour avis, et au sein duquel figurent des représentants syndicaux, patronaux et des personnalités de la société civile, s’apprête à le rejeter majoritairement.

Autre décret impopulaire : le durcissement de l’Aide médicale d’État (AME), qui restreindrait l’accès aux soins pour les personnes étrangères en situation irrégulière. Défendue par le Premier ministre sous l’argument de justice budgétaire, cette restriction est vivement condamnée par les associations et les syndicats, inquiets d’un recul sanitaire et humanitaire.

Sur BFMTV, François Bayrou a dit “assumer les décrets que le gouvernement signe”. Il n’y voit qu’ “une mesure de bon sens”. N’hésitant pas à opposer nationaux et étrangers, en manière de justification : “Lorsque vous demandez des efforts aux Français, il n’est pas possible que le sentiment que les Français éprouvent, c’est que eux doivent faire des efforts, et que les étrangers (…) n’y soient pas associés”.

La volonté d’imposer ces textes dans la précipitation, à la veille d’un vote de confiance, a évidemment pour effet premier de court-circuiter le Parlement, et annihiler toute délibération publique. Par surcroit, cet activisme réglementaire fragilise encore davantage la légitimité octroyée arbitrairement au gouvernement Bayrou par la seule volonté d’Emmanuel Macron.

Lundi 8 septembre, la représentation nationale décidera si ces méthodes sont acceptables dans une démocratie supposément vivante et respectueuse du débat contradictoire.

Il reste que, quand bien même Bayrou disparaissait après un vote de censure, la ciguë politique pourrait bien continuer d’être avalée par hectolitres entiers par la population : c’est que le sinistre jeu de chaise musicale ministériel, au terme duquel des clones autoritaires prendront le relais de pistoléros illibéraux, semble désormais consubstantiel à la 5ème République…