Crédit photos : Martin Wilhelm
Le 6 septembre 2025, la bibliothèque centrale de Mulhouse a accueilli une journée capitale consacrée à l’analyse de quarante années d’engagement pour la langue et la culture régionales d’Alsace.
Organisée par l’association Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle/René Schickele Gesellschaft, la manifestation s’est inscrits en partenariat avec la Ville de Mulhouse, dans le cadre de l’évènement festif mulhousien « Wìllkuma ìm Dorf » des 6 et 7 septembre, dédié à la langue et culture régionale à Mulhouse.
Elle a réuni un large éventail d’acteurs : associatifs, élus, enseignants, militants, commerçants, parents d’élèves et simples citoyens, tous rassemblés autour d’une cause commune : le bilan critique et prospectif du bilinguisme en Alsace.
Les participants se voulaient porteur d’un acte fondateur pour un nouveau bilinguisme, vivant et ouvert, porté par l’énergie de ses habitants et la volonté de « faire nous-mêmes » .
Un retour critique sur quatre décennies d’engagement
Jean-Marie Woehrling, figure historique du militantisme linguistique alsacien et ancien rédacteur de la Charte européenne des langues régionales minoritaires, a inauguré la conférence par une analyse nuancée. Il a rappelé des succès, tels la création d’ABCM (dont il s’agirait toutefois de s’intéresser au management épouvantable, se traduisant notamment par un turn-over important)— qui a impulsé dès 1991 l’enseignement bilingue précoce, la reconnaissance du bilinguisme comme atout, l’évolution des images collectives du dialecte, la vitalité de la chanson, du théâtre dialectal et la multiplication d’événements et d’initiatives favorables à l’alsacien.
Mais le portrait dressé fut sans concession : recul continu de la transmission familiale, manque d’enseignants formés, place en déclin dans les médias, soutien institutionnel et politique insuffisant, moyens financiers dérisoires, fragmentation du monde associatif, sans oublier les obstacles structurels du système scolaire centralisé.
Prises de parole et débats : une volonté de dépasser l’autocritique
Les débats qui ont suivi la conférence ont montré la diversité et la richesse des points de vue. Des élus, aussi bien alsaciens que « Français de l’intérieur », ont livré leurs témoignages, rappelant un vécu de l’interdiction de l’alsacien à l’école, leur engagement politique et la nécessité, aujourd’hui, de développer une politique volontariste et concertée.
Souvent, l’idée s’est imposée qu’il ne suffit plus de « valoriser » pour sauver la langue : c’est désormais d’une dynamique offensive, d’un plan d’action collectif, d’une massification des ressources et d’un engagement transversal dont l’Alsace a besoin.
Ont été discutés : le déficit de formation des enseignants, la faiblesse des budgets locaux, l’importance de l’exemple familial dans la transmission, l’intérêt stratégique de s’inspirer d’expériences étrangères comme la Bretagne, la Catalogne, la Nouvelle-Zélande ou le Pays Basque.
Plusieurs acteurs de terrain ont également insisté sur l’opportunité d’utiliser les outils numériques (QR codes, livres bilingues, signalétique étendue) et la nécessité d’une meilleure coopération entre associations et institutions.
L’immersion : la voie de l’avenir ?
Un consensus est né autour de la formule « oser et aller plus loin ». Les modèles immersifs, déjà éprouvés dans d’autres régions, sont plébiscités : nulle renaissance de la langue alsacienne sans contact massif, continu et précoce dès la petite enfance, ni sans soutien politique et financier solide.
Les représentants d’ABCM ont témoigné du succès du passage à l’immersion dans leurs écoles, insistant sur l’acquisition simultanée de l’alsacien et de l’allemand, la complémentarité des deux langues, et sur la nécessité de renforcer l’exposition écrite aussi bien qu’orale à la langue régionale.
Objectif : agir ici et maintenant
Dans sa conclusion, Jean-Marie Woehrling a rappelé que seule une mobilisation collective, volontaire et audacieuse, permettra d’assurer la survie et le renouveau de l’alsacien. Institutions, élus, parents, enseignants, associations : chacun a un rôle à jouer. Plus particulièrement, la formation d’enseignants dédiés, la création de véritables pôles de formation régionaux et l’implication des familles sont apparues comme les priorités immédiates.
La conférence a aussi rappelé l’importance de dépasser les querelles terminologiques pour construire un front uni, capable de porter la cause de l’alsacien face aux défis d’une société multiculturelle et d’un système national centralisé.













