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Un engagement collectif pour des déplacements durables
Le samedi 20 septembre 2025, la Ferme du Parc de Wesserling a accueilli la fête du train et des mobilités douces, une journée organisée par l’association Thur Écologie Transports autour des enjeux cruciaux des transports publics et des mobilités douces dans la vallée de la Thur.
L’événement s’inscrit dans une dynamique de transition écologique et sociale, rendue impérative par les impacts environnementaux liés aux transports motorisés.
La fête coïncidait d’ailleurs avec les Journées du Patrimoine, mettant en lumière le caractère historique et avant-gardiste de la ligne Mulhouse-Thann-Kruth (MTK), l’une des premières lignes françaises inaugurées dès 1839, soulignant l’importance patrimoniale et stratégique de cette infrastructure ferroviaire régionale.
Programme riche en débats et animations
La journée a débuté par un accueil et une présentation des enjeux autour du train, des mobilités douces et des nuisances du trafic routier. Trois ateliers au cœur des débats ont été organisés : la défense et le développement de la ligne ferroviaire MTK, la question de la gratuité des transports publics, ainsi que la gestion des nuisances et l’intermodalité.
La fête a rappelé que les activités humaines, notamment le transport routier, sont responsables d’une part significative du dérèglement climatique, à travers les émissions de gaz à effet de serre et la pollution de l’air, principale cause de nombreuses maladies chroniques et décès en France. La vallée de la Thur, avec ses 24 200 véhicules journaliers dont plus de 2 000 poids lourds, subit particulièrement cette pression.
L’association Thur Écologie Transports milite activement pour une transformation structurelle des modes de déplacement, privilégiant le train, les transports en commun gratuits, et les mobilités douces telles que le vélo, la marche ou le covoiturage. La sauvegarde et la promotion de la ligne MTK apparaissent comme une priorité pour plusieurs acteurs locaux, notamment face à la menace d’un déclin progressif du service ferroviaire au profit du trafic routier.
L’après-midi a permis une mise en commun des idées issues des ateliers, suivie d’une discussion avec des élus et acteurs locaux autour des perspectives de développement de la ligne MTK et des mobilités intégrées à la vallée.
Les échanges pendant ces ateliers ont mis en avant les besoins de modernisation et d’amélioration du service, comme l’électrification de la ligne Mulhouse-Kruth, un meilleur cadencement des trains, la sécurisation et le confort des usagers, sans oublier la valorisation d’un maillage complet entre les différentes formes de mobilité.
La question de la gratuité a été largement débattue, illustrant un intérêt croissant pour un transport accessible à toutes et tous, un vecteur d’équité sociale et de désengorgement des routes. Des projets concrets et des expériences ailleurs en France démontrent qu’investir dans un système de transport collectif gratuit est un levier puissant pour augmenter la fréquentation des transports en commun et améliorer la qualité de vie.

Les conséquences de la pollution liée aux transports : un atelier révélateur
Un atelier a été consacré aux nuisances multiples et aux impacts sanitaires et sociaux de la pollution générée par les transports, réunissant une quinzaine de participants. Le consensus fut clair : une large part de la pollution atmosphérique nocive, notamment les particules fines, le dioxyde d’azote (NO2), et l’ozone, est imputable aux modes de déplacements motorisés individuels et routiers. Cette pollution est qualifiée de « guerre silencieuse » car elle cause chaque année plusieurs milliers de morts prématurées sans que cela ne reçoive une attention médiatique ou politique proportionnée.
Les risques sanitaires évoqués par l’atelier ont été nombreux, confirmés par des experts dont le Dr Vogel co-animateur des échanges :
- Cancers,
- Diabète,
- Maladies cardio-vasculaires,
- Maladies pulmonaires,
- Allergies,
- Asthme et fatigue chronique,
- Troubles de la santé mentale.
Un constat alarmant est la régression du lien social, liée à la massification des transports individuels qui favorisent l’isolement des individus en supprimant la convivialité des déplacements collectifs. Par ailleurs, la pollution sonore a été soulignée comme un facteur étouffé dans la réflexion sur la qualité de vie urbaine et rurale.
Un élément contre-intuitif est la forte pollution en milieu rural, due à un usage important de véhicules individuels combiné à l’effet « marmite » dans les vallées encaissées comme celle de la Thur, où les conditions atmosphériques limitent la dispersion des polluants.
En synthèse, les impacts observés sont multiples :
- Un impact fort sur la santé publique avec une explosion statistique des maladies liées à la pollution,
- Une individualisation croissante de la société,
- Une forme d’acceptation tacite des maladies et de la mortalité liée à la pollution,
- Un effet néfaste important sur la nature, la biodiversité et l’accélération du réchauffement climatique.
Solutions et pistes d’amélioration
Les participants ont formulé plusieurs pistes pour inverser cette tendance néfaste, insistant tout particulièrement sur la nécessité d’aménager nos espaces de vie pour faciliter les mobilités douces : marche, vélo, transports en commun gratuits et attractifs.
Parmi les propositions concrètes :
- Aménagements urbains : amélioration des trottoirs, création de voies sécurisées pour vélos, installation de garages à vélos, mise en place de murs antibruit,
- Actions des collectivités territoriales à tous les niveaux (communes, communautés de communes, région) pour financer, inciter, et informer sur les alternatives au transport individuel,
- Promotion d’un partage des trajets, d’une interconnexion des équipements et d’initiatives locales comme des défis collectifs (« J’y vais à vélo »),
- Valorisation du train comme un mode de déplacement écologique et socialement équitable, avec une piste forte vers la gratuité des transports en commun dans la vallée de la Thur pour inciter à leur usage, tout en rappelant que la perte financière pour les autorités serait faible au regard des bénéfices.
Défis et propositions pour la ligne Mulhouse-Thann-Kruth
Un autre atelier a détaillé a mis en lumière les problèmes et enjeux de la ligne ferroviaire Mulhouse-Thann-Kruth (MTK), en présence de Mathieu Rollin (conducteur Sud Rail), Jennifer (contrôleuse Sud Rail) et Jonathan (conducteur CGT), avec un rappel historique par Gilbert Etterlen, actif défenseur du trafic ferroviaire en vallée de la Thur.
Gilbert Etterlen a rappelé que l’association créée pour défendre la ligne MTK fait face à une menace constante de démantèlement ou de réduction drastique de la circulation des trains, dans un contexte national où 22 000 km de voies ferrées ont été supprimées depuis 1945. Face au grand projet routier de déviation dans la vallée, l’association souhaite promouvoir la ligne ferroviaire comme une alternative crédible et durable à la route.
Le groupe a souligné plusieurs améliorations déjà mises en place, notamment la mise en place d’un cadencement horaire et de trains semi-directs avec réduction notable des temps de parcours. Un projet ambitieux avait été proposé, comprenant l’électrification totale de la ligne jusqu’à Kruth, un cadencement à raison de trois TER par heure, ainsi que des trains directs vers Bâle sans rupture de charge à Mulhouse, essentiels pour les travailleurs frontaliers, et des liaisons directes vers Strasbourg pour les étudiants les vendredis et dimanches.
Ce projet, chiffré à 75 millions d’euros, s’avérait presque deux fois moins coûteux que le tram-train finalement mis en service. Pourtant, c’est ce dernier qui a été choisi, avec à la clé une série de conséquences négatives rappelées par Mathieu Rollin : une qualité de transport dégradée avec des sièges durs, l’absence de toilettes, un niveau sonore élevé, une rupture de charge à Thann Nord, un allongement du temps de parcours, la création de bouchons routiers autour de l’arrêt Thann Centre, et surtout un transfert modal inverse des attentes, où nombre d’usagers, notamment des frontaliers, ont préféré reprendre la voiture. Entre 2010 et 2020, 1179 km de liaisons par train ont été supprimés depuis la mise en service du tram-train.
Par ailleurs, l’atelier a abordé les effets d’une ouverture prochaine à la concurrence avec le projet de l’Étoile de Mulhouse. Les intervenants ont pointé une dégradation des conditions de travail des cheminots, une multiplication des supports billets complexes, le risque de remplacement de certains trains par des bus, ainsi qu’une qualité de maintenance déclinante des infrastructures.
Jonathan, représentant CGT, a alerté sur la décision controversée de la Région de retirer les lignes Colmar-Matzeral et MTK du réseau national de la SNCF, pour les confier à une gestion régionale valorisant des entreprises privées. Mathieu Rollin a insisté sur la nécessité de maintenir une entreprise publique unique pour garantir un service de qualité. Cette décision risque, selon eux, de conduire à un financement au rabais, mettant en péril l’avenir de la vallée et fragmentant le service public.
La suppression récente du guichet de la gare de Thann, qui générait pourtant plus de 12 000 opérations annuelles, a aussi été vivement critiquée, la justification économique et numérique étant jugée insuffisante face à la perte de contact humain essentielle aux usagers.
Jennifer a souligné l’importance d’une présence renforcée des agents de contrôle à bord des trains, garants de la sécurité, de l’information des voyageurs, et du respect des bonnes pratiques de billetterie, rappelant que leur absence favorise un sentiment accru d’insécurité.
Autre point sensible, l’accès aux trains pour les cyclistes :
- Le nombre d’usagers vélos augmente mais les places réservées restent inchangées.
- La Région refuse désormais d’accepter les vélos dans les trains, invoquant des problèmes de retard liés au temps d’embarquement croissant.
- Cette situation génère un risque important de retards et nuit à la promotion des mobilités douces.
Les retards récents, les suppressions de trains non remplacés par des bus, la mauvaise communication suite à la centralisation des informations à Strasbourg, et l’absence de correspondances tardives pour regagner la vallée en provenance de grandes villes comme Bâle, Paris ou Strasbourg après 21h compliquent davantage l’accessibilité et l’attractivité du train.
Un point positif a toutefois été relevé : l’intérêt des jeunes scolaires pour le train, observé lors de sorties en groupe, qui posent des questions et montrent une appréciation grandissante pour ce mode de transport.
Propositions pour l’avenir :
L’atelier a dégagé plusieurs pistes d’amélioration prioritaires :
- Adapter le matériel pour faciliter l’accès et le transport des vélos, en tenant compte de leur nombre croissant.
- Favoriser l’accès direct au train avec son propre vélo dès le domicile.
- Organiser des points de rassemblement pour encourager le covoiturage.
- Créer des journées de sensibilisation à l’usage du train en partenariat avec les écoles, collèges, et lycées, afin d’inciter les jeunes à privilégier ce mode de transport.
- Faciliter les sorties scolaires en train, les préférant aux bus moins attractifs.
- Proposer de déplacer le dépôt de Wesserling à Kruth, ce qui permettrait d’économiser 7 540 km-train par an.
- Mettre en place un comité interassociatif et intersyndical de vigilance pour défendre la ligne.
- Enfin, un appel a été lancé à une mobilisation massive au Corest, le 17 novembre à Mulhouse, pour peser sur les décisions politiques qui engageront l’avenir du service ferroviaire.
Le spectacle « La Marche » : une traversée poétique et engagée
En fin d’après-midi, les participants ont été conviés au spectacle « La Marche », une création originale de Virginie Schelcher, Loïc Boigeol et le Lézard. Mêlant poésie, musique et réflexion sur le sens profond du déplacement à pied, il invita à une réflexion sur nos modes de vie et la nécessité de marcher, au-delà du simple déplacement, à penser autrement la mobilité, en la reliant à la culture, la santé et les luttes sociales.
Ce trio s’est inspiré des textes de poètes et auteurs majeurs comme Paul Éluard, Philippe Lutz, Virginia Woolf, Arthur Rimbaud, Jean-Jacques Rousseau ou Martin Luther King pour explorer la marche sous ses multiples facettes : un acte de bien-être, un moyen de déplacement, une forme de méditation, voire un geste politique et de résistance.
Animation et convivialité
Outre les débats et ateliers, la Fête a été une occasion festive marquée par la qualité artistique de ses animations. Louise, talentueuse chanteuse, accompagnée de Patrice K. à la guitare acoustique et Sébastien à la guitare électrique, ont offert un moment musical chargé d’émotion et d’authenticité.
La restauration a été assurée par le Collectif des luttes paysannes, offrant une pause gustative en accord avec les valeurs locales et durables de la manifestation.
Les débats, la convivialité, les spectacles et les engagements collectifs ont confirmé que cette fête fut plus qu’un simple événement : c’est un point d’ancrage pour un mouvement populaire en faveur d’une mobilité durable, alliant passé historique, présent militant, et avenir à construire ensemble.
























