Crédit photos : Martin Wilhelm
Le 2 octobre à 18h, devant la communauté de communes de Guebwiller, située à une vingtaine de kilomètres de Mulhouse, une centaine de personnes se sont rassemblées à l’appel des syndicats CGT IEG Mulhouse/Selestat et CFDT Chimie-Energie, pour dénoncer l’éviction de Caléo, opérateur historique local, de la délégation de service public (DSP) de l’eau potable.
Cette mobilisation fait suite à l’impasse persistante entre les salariés, soutenus par une majorité d’élus, et la présidence de la communauté de communes de la Région de Guebwiller, représentée par Marcello Rotolo (par ailleurs maire de Soultz et élu Grand est), qui affirme que Caléo s’est disqualifiée au regard des critères définis dans le cahier des charges.
Retour sur la mobilisation et le contexte
La manifestation s’inscrit dans la tension grandissante autour de la procédure de renouvellement de la DSP. Selon Guillaume Bedu, délégué CGT chez Caléo, « depuis le 24 juillet, tout est en stand-by » : les tentatives de trouver une issue, comme l’ouverture du capital ou la création d’une société publique locale (SPL), se sont heurtées au refus catégorique de la présidence.
Depuis, la procédure d’audition des candidats s’est poursuivie en cercle fermé, entre la commission et la maîtrise d’ouvrage, sans transparence, alimentant un sentiment d’injustice chez les salariés et certains élus « qui n’ont pas été impliqués aussi tôt qu’ils auraient dû l’être », souligne le syndicaliste.
Après avoir été écartée lors de la première phase de l’appel d’offres — en quatrième position sur quatre, d’après un cabinet indépendant —, Caléo se voit reprocher notamment « un abonnement annuel trop élevé, un manque d’ambition sur la maîtrise des pertes d’eau, et des engagements d’investissements jugés insuffisants » selon Marcello Rotolo. Ce dernier défend la régularité de la procédure tandis que les syndicats dénoncent « une profonde injustice » et pointent le manque d’écoute des solutions alternatives, telles qu’une régie directe adaptée ou une SPL.
Guillaume Bedu insiste sur l’attachement des agents à leur entreprise, enracinée localement, insistant sur la « qualité d’un service familial et réactif » qui permet à la fois des interventions rapides et une gestion sociale solide, via la convention collective des industries électriques et gazières.
Cette éviction met en péril, selon lui, « une quinzaine d’emplois à court terme, et potentiellement une quarantaine de parcours professionnels », car la quasi-totalité des salariés alterne aujourd’hui entre l’eau et le gaz. Même si des reclassements sont théoriquement prévus, cela signifierait « changer d’environnement, et éloigner l’emploi des bassins de vie locaux ».
Guillaume Bedu rappelle aussi que l’offre Caléo, historiquement compétitive, permet aujourd’hui « des tarifs de gaz parmi les plus bas de France », ce qui risque d’être remis en cause par la perte de la DSP de l’eau : « toutes les hausses attendues seraient répercutées sur la facture des particuliers et des professionnels, frappant d’abord les usagers locaux ».
Rapport de force et suites institutionnelles
La séance communautaire consécutive à la manifestation, comme les précédentes, a révélé la division profonde des élus : « seuls 6 ou 7 élus, sur 50, soutiennent explicitement la position de Marcello Rotolo », relève Guillaume Bedu ; une majorité s’est abstenue ou opposée en quittant la séance, empêchant le quorum et donc la tenue des débats, preuve de la contestation interne au sein de la communauté de communes.
La procédure va se poursuivre jusqu’au vote final prévu en décembre, avec une éventuelle passation de service au 1er janvier 2027 — période à laquelle la mobilisation sociale entend bien maintenir la pression sur les élus comme sur la présidence.
L’enjeu pour le service public local
Pour la CGT et la CFDT, l’éviction de Caléo ne relève pas d’un simple choix technique, mais bien d’une décision politique lourde de conséquences sociales et territoriales. Guillaume Bedu conclut sur la nécessité de « défendre les conquis sociaux, l’emploi local, et la qualité du service de proximité, contre une logique de mise en concurrence qui privilégie le moins-disant financier au détriment de l’intérêt général ».
















