Crédit photos : Martin Wilhelm
La tension monte dans la vallée du Florival après l’exclusion de Caléo, opérateur historique, de la procédure de renouvellement de la délégation de service public (DSP) pour la gestion de l’eau potable.
La situation a franchi un nouveau cap hier soir, avec une manifestation organisée devant le siège de la communauté de communes (comcom) par la CGT et la CFDT de Caléo, rassemblant près d’une centaine de personnes.
Selon nos informations, un élu a demandé l’ouverture d’un débat sur le dossier DSP et le sort de Caléo lors de la tenue d’un conseil communautaire. La majorité des élus a soutenu cette initiative. Lors d’une suspension de séance, les élu.e.s ont décidé après comptage de quitter la séance car le quorum ne serait plus atteint. Une soixantaine de manifestants a alors envahi la salle du conseil communautaire. Faute de quorum, la séance a été ajournée à jeudi prochain.
Un processus de sélection régulier pour la comcom, mais contesté
Caléo, société d’économie mixte à majorité publique (la ville de Guebwiller étant principale actionnaire), gère l’eau dans la région depuis plus de 120 ans. Mais lors de la première phase de l’appel d’offres, l’entreprise a été classée quatrième sur quatre candidats par un cabinet indépendant, la privant d’accès à la phase de négociation.
Marcello Rotolo, président de la CCRG (la communauté de communes de la région de Guebwiller), insiste sur la régularité et la transparence de la procédure, soulignant que la décision a été prise à l’unanimité par la commission compétente, sur la base de critères économiques et techniques précis :
« Caléo a été classé dernier, notamment à cause d’un abonnement annuel plus élevé que ses concurrents, d’un manque d’ambition sur la maîtrise des pertes en eau, et d’engagements d’investissements jugés insuffisants »
Marcello Rotolo, lui même représentant juridique d’un syndicat de la fonction publique d’État, dit ne pas comprendre la démarche des syndicats de Caléo. Il a d’ailleurs rédigé un courrier à la section locale CGT Industries électriques et gazières (auquel nous avons pu accéder), où il demande le retrait ou la rectification de la pétition que le syndicat diffuse sur la plateforme change.org (580 signataires à ce jour).
Il y exprime sa « plus ferme réserve à l’égard de cette publication, qui comporte plusieurs affirmations manifestement erronées, voire fallacieuses, de nature à porter atteinte à la réputation des élus et des services de la CCRG ». Il y rappelle notamment que la procédure est conforme aux exigences légales, et, à propos du traitement réservé à Caléo, que :
La candidature de l’entreprise Caléo a été admise, à la suite de quoi son offre a été examinée par la CDSP dans le respect des critères fixés par les documents de consultation et sur la base d’une analyse conduite par un Assistant à Maitrise d’Ouvrage indépendant et impartial. À l’issue de cet examen, la CDSP, à l’unanimité de ses membres, a classé cette offre en quatrième position pour des raisons exclusivement financières, techniques et juridiques, sur la base d’une analyse pleinement étayée. C’est sur la base de l’avis rendu par la CDSP que j’ai décidé, conformément aux dispositions expresses du règlement de la consultation auquel je suis strictement tenu, d’engager les négociations avec les trois autres candidats dont les offres initiales ont été jugées de meilleure qualité globale. Il est donc inexact et préjudiciable de laisser entendre que cette décision aurait été motivée par une volonté politique ou prise en dehors des cadres légaux.
Syndicats et élus dénoncent une « casse sociale »
Pour les syndicats, cette éviction est synonyme de « casse sociale ». Guillaume Bedu, délégué CGT, rappelle que Caléo emploie une soixantaine de salariés, dont la grande majorité habite la vallée du Florival, et craint que les futurs délégataires nationaux ne reprennent pas les emplois locaux, malgré les garanties prévues par la DSP.
Sylvie Maerky, représentante CFDT, partage cette inquiétude : « Les grands groupes n’ont pas besoin d’un petit comme nous pour vivre. Ils ont déjà leurs équipes, ils ont déjà tout. Donc ils ne vont sûrement pas nous prendre nous ».
La chose est pour le moins paradoxale pour un observateur extérieur, lequel verra plutôt des syndicalistes s’engager traditionnellement pour défendre les services publics sous la forme de la régie publique. Sauf qu’ici les syndicats défendent la délégation de service public avec la société Caléo, jugée plus protectrice de l’emploi et du service de proximité que la régie directe, qui, selon eux, manque de moyens et de structure dans la région.
Hubert Ott, député de la circonscription, présent auprès des manifestants, s’est dit « étonné » que l’opérateur historique soit écarté dès le premier tour, alors que son professionnalisme et sa connaissance du territoire sont reconnus. Il appelle à davantage de transparence et de dialogue : « La base de la démocratie, c’est le dialogue, la transparence suffisante pour que chacun puisse s’approprier un processus de décision ». Lui qui ne se risque toutefois pas à remettre en cause la décision des élus de la comcom…
Une multinationale à la place d’un acteur local ?
La mobilisation citoyenne, illustrée par la pétition et la manifestation d’hier soir, témoigne d’un attachement local à l’entreprise de proximité Caléo et de la défiance envers une procédure perçue comme technocratique. La prochaine réunion du conseil communautaire, prévue jeudi prochain, s’annonce décisive pour l’avenir de la gestion de l’eau dans la région et pour les salariés de l’entreprise.
Les négociations se poursuivent officiellement avec les trois candidats restants, mais la pression sociale et politique ne faiblit pas, car de toute évidence les multinationales de l’eau, et de son traitement, qu’incarnent les mastodontes Véolia, Suez ou Saur, supposés prendre le relais de Caléo, font l’effet d’épouvantails pour nombre de citoyens (et les salariés en cause, 37 au total dont 15 concernés par le changement de DSP), voyant combien le prix de distribution de l’eau pratiqué par ces géants du secteur, dans les villes de toutes tailles, est souvent inversement proportionnel à la qualité du service rendu aux usagers…

























