Crédit photos : Martin Wilhelm
Une nouvelle journée de grève et de manifestations à été initiée par l’intersyndicale en ce jeudi 2 octobre 2025. Elle a mobilisé salariés, étudiants et retraités dans toute la France, avec un écho particulier en Alsace. Cette séquence sociale, la troisième du genre depuis la rentrée, visait à maintenir la pression sur le gouvernement Lecornu, à l’heure du débat houleux autour du projet de budget et des réformes sur la protection sociale, l’assurance-chômage, la réforme des retraites et la fiscalité.
En Alsace : des cortèges plus modestes mais une mobilisation maintenue
L’Alsace a connu, comme en septembre, des manifestations à Strasbourg, Mulhouse et Colmar. À Mulhouse, la police tablait sur 800 manifestants et la CGT en a décompté 1 500. Le chiffre du syndicat est toutefois proche de notre comptage : près de 1300 manifestants dénombrés. C’est toutefois là encore une baisse notable par rapport à la précédente initiative. À Colmar, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées devant la préfecture, un chiffre encore inférieur à la mobilisation précédente.
À Strasbourg, le rassemblement, parti de la place de la République, a rassemblé officiellement 1 500 personnes (police) à 8 000 selon la CGT. Ce chiffre marque un net recul par rapport au 18 septembre, où la capitale alsacienne avait vu défiler 15 000 à 20 000 manifestants.
Profil et discours des manifestants
À Mulhouse, des étudiants du syndicat étudiant CSTE ont exprimé leur colère contre la politique menée par Emmanuel Macron, dénonçant les baisses de budget pour l’enseignement supérieur et la précarité de la jeunesse. À Colmar, certains manifestants réclamaient une revalorisation des salaires des jeunes, garants selon eux d’un véritable redémarrage économique et social.
D’autres exigeaient plus de démocratie participative, plus de justice fiscale et environnementale, parfois sans affiliation syndicale, mais avec la volonté de se faire entendre sur des questions de société plus larges. À Strasbourg, la manifestation s’est déroulée dans le calme, sans incident ni interpellation, à l’image de la plupart des cortèges du jour.
Le contexte national
La mobilisation nationales a été plus modérée que lors des précédentes journées du 10 et du 18 septembre. Le ministère de l’Intérieur a annoncé 195 000 manifestants sur l’ensemble du territoire, contre 505 000 recensés le 18 septembre. La CGT, de son côté, revendique près de 600 000 participants, ce qui reste malgré tout bien en deçà des 1,5 à 2 millions revendiqués en septembre.
À Paris, la manifestation a rassemblé environ 24 000 personnes, soit moins de la moitié de la précédente édition. Le succès limité de la mobilisation s’explique notamment par l’éloignement de la rentrée sociale, l’essoufflement d’une séquence déjà longue et l’absence de réponse concrète du gouvernement, qui, selon la CGT, n’a pas su saisir la profondeur de la colère sociale.
Revendications inchangées
L’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, FSU, Solidaires) réclame toujours l’abandon du projet de budget 2026, notamment le doublement des franchises médicales, le « zéro blanchiment » (gel du point d’indice, désindexation des pensions, des prestations et des salaires publics), la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires et la réforme de l’assurance-chômage.
Elle insiste aussi sur la justice fiscale (taxation des très hauts revenus, des dividendes et des patrimoines), l’octroi de moyens aux services publics et à la transition écologique, la réindustrialisation, la protection sociale, l’abandon de la réforme des retraites et la rupture avec les politiques menées depuis Emmanuel Macron.
Les syndicats regrettent que le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, n’ait apporté aucune réponse favorable à leurs revendications, ce qui alimente un sentiment de défiance et de frustration chez les manifestants. Les partis de gauche sont peu ou prou à l’unisson (à l’exception du PS, dont Olivier Faure, Premier secrétaire, a souhaité « laisser une chance » au Premier ministre jusqu’à sa déclaration de politique générale).
Analyse : une mobilisation contestataire loin d’être éteinte
Le recul de la participation révèle un certain essoufflement, mais les syndicats insistent sur la permanence du malaise social. Les organisations syndicales alsaciennes rappellent que la manifestation n’est qu’un temps fort d’une mobilisation plus large, qui s’exprimera aussi par des grèves, des assemblées générales et des initiatives locales.
Pour eux, seule une réponse forte sur la justice fiscale, les services publics et l’emploi permettrait d’apaiser une colère sociale qui ne s’est pas dissipée.
Les syndicats alsaciens, à l’instar de leurs homologues nationaux, dénoncent la « politique du fait accompli » du gouvernement, accusé de ne pas prendre la mesure de la contestation et d’ignorer les revendications d’amélioration du pouvoir d’achat, de justice sociale et de respect des services publics. Le renouvellement du calendrier de mobilisation est déjà envisagé, tandis que certains syndicats, comme Solidaires Alsace, appellent à la reconduction de la grève dès ce 3 octobre…
La question qui se pose désormais est celle de la capacité des syndicats à remobiliser face à un pouvoir qui, jusque-là, n’a pas bougé d’un iota, et de l’expression de cette colère dans les prochaines semaines, à l’approche du débat parlementaire sur le budget.
Il reste que la technique des journées de mobilisation à répétition, jugulées par la routine pépère de centrales syndicales souvent promptes à éteindre, sinon étouffer, des mouvements citoyens, certes non encartés, mais plus résolus à briser l’insupportable inertie politique actuelle, comme on l’a vu à l’occasion du mouvement du 10 septembre, ne participe manifestement pas de la sortie de crise…




























