Itamar Greenberg et Soul Behar Tsalik

Crédit photos : Martin Wilhelm

Le mardi 18 novembre, au temple Saint-Marc de Mulhouse, le mouvement pour une alternative non-violente (MAN68) a accueilli des témoignages rares et précieux : deux jeunes Israéliens, objecteurs de conscience, ou « refuzniks« , et militants de l’association Mesarvot, sont venus partager leur jeune parcours de vie.

Leur refus de servir dans l’armée israélienne illustre, du haut de leurs 19 ans, le courage de s’opposer, au nom de principes éthiques profonds, à la violence institutionnalisée et aux exactions du gouvernement israélien vis-à-vis des Palestiniens. Et d’en subir les conséquences.

« En Israël, les droits des animaux passent parfois avant ceux des Palestiniens. Il m’a fallu dépasser cette frontière symbolique »

Itamar greenberg

Chemins individuels vers le refus

Itamar Greenberg, issu d’une famille ultraorthodoxe, décrit une réflexion intime où la quête de justice et d’égalité extensive l’a mené à devenir vegan, puis à élargir son combat aux droits des Palestiniens.

« En Israël, les droits des animaux passent parfois avant ceux des Palestiniens. Il m’a fallu dépasser cette frontière symbolique » explique-t-il. Soul Behar Tsalik, venant d’un milieu plus libéral, insiste sur la difficulté à voir vraiment la condition palestinienne, même au sein des cercles progressistes : « Même dans ma famille, il est difficile d’accéder à cette réalité. Notre engagement nous a conduits à la prison, à l’ostracisme social, à la précarité professionnelle, mais aussi à des liens humains très forts grâce au réseau Mesarvot ».

Un engagement militant courageux

Les deux objecteurs ont détaillé le fonctionnement du réseau Mesarvot : soutien juridique, entraide entre militants, campagnes de fundraising pour assurer une défense digne dans les procès qui jalonnent leur parcours.

Refuser l’armée, c’est affronter l’hostilité familiale, se rendre visible en ligne, parfois perdre droit de vote ou accès à l’université. Malgré les risques, ils persistent pour une société plus juste : « Nous combattons le système, pas les personnes », réaffirme Itamar, dont le père est officier dans Tsahal et la sœur résidente d’une colonie.

Le mouvement, bien qu’ancien, s’est peu élargi depuis la guerre commencée le 7 octobre 2023 : selon eux, la propagande demeure puissante, encourageant la majorité de la population à soutenir les opérations militaires.

« La solution à deux États doit être consentie par les Palestiniens eux-mêmes. Mais tant que l’État d’Israël reste fondé sur le sionisme et la suprématie ethnique, il n’y aura pas de solution juste ».

Réponses aux questions du public

Les échanges avec la salle ont été nourris. Interrogés sur leurs conditions en prison, les objecteurs décrivent une expérience difficile, mais sans commune mesure avec celle des détenus palestiniens : « Six mois derrière les barreaux, la peine la plus longue depuis vingt ans pour un ‘refuznik’, mais ce n’est rien comparé à ce que subissent les Palestiniens incarcérés ».

Sur la solitude du refus, ils insistent sur la nécessité du réseau et de la solidarité internationale. Ils appellent à écrire aux prisonniers et à soutenir la cause, rappelant leur reconnaissance envers la mobilisation non-violente en France. « Le génocide n’est pas seulement notre problème, il concerne le monde entier. »

Leur vision pour l’avenir ? « La solution à deux États doit être consentie par les Palestiniens eux-mêmes. Mais tant que l’État d’Israël reste fondé sur le sionisme et la suprématie ethnique, il n’y aura pas de solution juste ».

La jeunesse israélienne face à ses responsabilités

Cette génération d’objecteurs, fidèle à l’éthique de non-violence, lutte contre la confusion entre judaïsme et sionisme, contre le racisme institutionnalisé et pour l’universalité du message de la Shoah : « Plus jamais ça, oui, mais pour tous. »

Ils concluent en appelant à boycotter toutes les institutions qui soutiennent la colonisation israélienne et le suprémacisme, tout en gardant espoir : « Notre combat s’inscrit dans celui de toutes celles et ceux qui, sur la planète, poursuivent la justice, la paix et l’unité. »

Outre une prestation scénique d’un danseur dénonçant la situation de haine et de violence en Palestine, la soirée s’est achevée sur un vibrant appel à la non-violence, à la solidarité active et à la mobilisation collective contre l’injustice, sous les encouragements d’un public ému par la force du témoignage de ces deux jeunes militants.