La vie politique locale est l’exact opposé d’un roman de Milan Kundera. La rectitude morale et intellectuelle cède souvent le pas au « kitsch« , c’est-à-dire un masque souriant posé sur la complexité du réel pour faire croire que tout est harmonie.

Michèle Lutz est donc candidate à sa propre succession. Le suspense, insoutenable, a enfin été brisé, lors du discours de clôture du 3 « Forum en grand » de l’équipe majoritaire dans les locaux de Motoco, ce lundi 1er décembre. La maire sortante a décidé de mettre fin à un mystère qui n’en était pas un, affirmant avec un sérieux papal qu’il était vital d’être « honnête avec les gens qui nous soutiennent ».

« Mon enthousiasme est intact »


Michèle lutz

Le timing de la « Maîtresse des Horloges » mulhousienne

Si vous pensiez que cette annonce tombait sous le sens, détrompez-vous : c’est là le produit d’un mécanisme de haute horlogerie. Madame le Maire nous rappelle cette règle d’or de la politique locale : « Le maire sortant choisit son timing ». Il fallait donc attendre ce moment précis pour confirmer ce que tout le monde savait déjà, car « évidemment, ça a commencé à se savoir ».

De là, un mystère insondable, et paradoxal, dont elle est coutumière : comment prendre son temps dès lors que… le temps presse ?

« Il faut être réaliste : il y a encore du travail »


Michèle lutz

Et pourquoi rempiler ? Pour la gloire ? Pour le pouvoir ? Non, rassurez-vous, c’est uniquement parce que « mon enthousiasme est intact ». Une raison suffisante pour justifier un nouveau bail, d’autant plus qu’il faut « être réaliste, il y a encore du travail », car le mandat précédent n’a visiblement pas suffi à tout régler, un rappel utile, surtout pour ceux/celles qui ont orbité autour d’exoplanètes ces 6 dernières années !

« Un nouveau mandat, on ne fera plus comme avant, on fera différemment ».


Michèle lutz

Le programme ? « Ayez un peu de patience »

C’est ici que la vision devient vertigineuse. Michèle Lutz promet une rupture… avec elle-même. Son slogan non officiel pourrait être : Le changement, c’est moi, mais en autre. Car elle l’assure : « Un nouveau mandat, on ne fera plus comme avant, on fera différemment ». Mouais, mais après c’est y point comme avant ?

Et concrètement, comment cela va-t-il se traduire ?

  • Les détails ? « Je ne vais pas vous donner tous les détails ce soir »
  • Le projet ? « On reviendra vers vous avec un programme »
  • La méthode ? « Ayez un peu de patience »

Tout ce que l’on sait, c’est que là, c’est vraiment sûr : le citoyen devra « retrouver de plus en plus de place ». Parce qu’avant il est parti à la chasse aux pédoncules, et du coup, ben il a perdu sa place, ce con de citoyen !

Une équipe « renouvelée » (par la force des choses)

« Il faut faire barrage aux extrêmes »


Michèle lutz

Pour mener à bien ce non-programme pour citoyen regonflé comme un pneu crevé, il faudra une équipe. Et là encore, la surprise est de taille : ce sera une « liste fortement renouvelée », gage de dynamisme !

Certes, il s’agit surtout de remplacer ceux qui ont « fait le choix de prendre du recul » pour-ne-pas-nommer-le-gros-lourdeau-de-lacheur-devenu-conseiller-immoblier-puis-conseilleur-tout-court-puis-podcasteur-ès-rencontres-100%vraies, qui ambitionne (encore) de « vaquer à d’autres choses dans la vie » (sa 3è ou 4è en l’occurrence).

Le renouvellement par la « dispersion-ventilation » c’est aussi ça, la politique…

Au final, que reste-t-il comme argument massue pour les échéances de mars ? Une indémodable de la ceinture et bretelles pour grands démocrates : « Il faut faire barrage aux extrêmes ». Et gna !

Avec un tel programme extrême centriste, les Mulhousiens sont prévenus : ils n’auront pas besoin de lire le projet pour savoir ce qu’ils achètent, en toute pesante légèreté…