Crédit photos : Martin Wilhelm
La colère ne retombe pas sur les quais. Ce vendredi 28 novembre, cheminots de la CGT et usagers ont battu le pavé devant les gares de Mulhouse et le siège du Conseil régional à Strasbourg pour dénoncer la fermeture programmée de 29 guichets SNCF dans le Grand Est. Une mobilisation marquée par un sentiment d’urgence face à ce que les syndicats qualifient de « démantèlement méthodique » du service public ferroviaire.
« Un non-sens absolu »
À Mulhouse, point névralgique de la contestation dans le Haut-Rhin, l’incompréhension domine. Jonathan Seiller, conducteur de train et figure locale de la CGT, décrit une situation ubuesque. Dès le 1er janvier, la gare de Mulhouse devrait perdre un tiers de ses guichets en semaine et la moitié le week-end. « C’est un service public de plus qui est attaqué », s’indigne-t-il.
Pour le syndicaliste, la logique comptable avancée par la Région et la SNCF ne tient pas face à la réalité économique du terrain. Chiffres à l’appui, il démonte l’argument de la non-rentabilité : « Ce service public génère aujourd’hui 26 millions d’euros de recettes […] Le coût de fonctionnement des 116 guichets sur le Grand Est, c’est 22 millions d’euros. On a une péréquation qui est excédentaire. En fermant des guichets, on fragilise tout ce système. »
Au-delà des chiffres, c’est la fracture sociale qui inquiète. Jonathan Seiller rapporte des témoignages d’usagers, jeunes et moins jeunes, attachés à « cette présence humaine ». Il souligne la détresse des publics précaires, pour qui l’automate n’est pas une option : « On a tout ce qui est tarifs spécifiques, carte solidaire, qui demandent des justificatifs et forcément un interlocuteur en face. »
La stratégie de la terre brûlée ?
Le malaise est palpable : les élus locaux eux-mêmes semblent mis devant le fait accompli. « Le maire de Thann a appris la nouvelle un peu comme tout le monde, les dés étaient déjà jetés », déplore M. Seiller, qui craint déjà une « deuxième vague » de fermetures après les municipales, ciblant notamment Cernay, Altkirch et Munster.
À Strasbourg, devant le Conseil régional, le ton est encore plus offensif. Pour Maxime Kieffer, secrétaire général de la CGT Cheminots de Strasbourg, ces fermetures ne sont pas une fatalité mais « un choix politique » partagé par la Région et la direction de la SNCF. Il dénonce une stratégie de pourrissement volontaire : « Pour abattre le chien, il suffit de dire qu’il a la rage. »
Selon lui, tout est fait pour décourager l’usager et justifier ensuite les coupes : « Suppressions de modes de paiement, tarifs régionaux incompatibles… À force d’empêcher les cheminots de travailler, ils prétendent ensuite que leur travail ne sert plus. » Le résultat est visible : des gares comme Saverne, Sarrebourg ou Haguenau se transforment en « coquilles vides », où la présence humaine disparaît, laissant place à des « déserts ferroviaires ».
« Un territoire sans gare est un territoire qu’on abandonne »
La manifestation d’hier a également permis de lier ces fermetures locales à un contexte national de préparation à la concurrence. Thierry Nier, secrétaire général de la Fédération CGT des cheminots, présent à Strasbourg, a fustigé « la folie du business qui prend le pas sur la logique de service public ».
Pour les représentants syndicaux, la déshumanisation des gares est le prélude à une dégradation générale du service. « Après la fermeture des guichets, ce sera quoi ? La suppression des arrêts ? Puis celle des trains ? » interroge Maxime Kieffer, rappelant qu’« un territoire sans gare, c’est un territoire qu’on abandonne ».
Face à la Région, la revendication est claire : un moratoire immédiat sur les fermetures. « L’argent existe, il est juste mal réparti », martèle Thierry Nier, appelant à rediriger les aides publiques vers le maintien d’un réseau humain et accessible.
Loin d’être résignés, les cheminots annoncent déjà de nouvelles actions pour le mois de décembre. « Nous ne lâcherons rien », promettent-ils, convaincus que la bataille pour les guichets est celle de l’avenir même du service public en zone rurale.
Une manifestation a en outre été organisée à Thann, dont le guichet va fermer, notamment à l’initiative de l’association Thur écologie & Transports.




















































