Ce 12 février, la justice administrative a infligé un camouflet majeur à l’État et à des opérateurs privés, en annulant un permis majeur de géothermie profonde dans le Haut-Rhin. 463 km² de sous-sol haut-rhinois, de Mulhouse à Erstein, sont ainsi interdits d’exploration géothermique.

C’est ce que vient de décider la Cour administrative d’appel (CAA) de Nancy le 12 février 2026, en annulant l’arrêté ministériel du 12 juillet 2024 accordé à la société Vulcan Energy France (filiale australienne du groupe Vulcan).

Cette décision répond à des recours déposés par Mulhouse Alsace Agglomération (M2A), la commune de Baldersheim et une quinzaine d’autres élus locaux.

En cause, la négligence coupable de l’État qui n’a pas organisé de vraie concertation publique avant délivrance dudit permis, et a zappé la publication au Journal officiel de l’Union européenne pour lancer une mise en concurrence loyale (obligatoire pour un permis exclusif).

Résultat concret : Vulcan ne peut plus forer pour explorer la géothermie haute température (200-300°C) dans cette zone. Cependant, le permis lithium connexe reste valide – on y reviendra.

Le rôle clé de Stellantis à Mulhouse

Ce permis n’était pas anodin. Il visait à produire de l’électricité renouvelable et du lithium pour batteries électriques, directement au profit de l’usine Stellantis de Mulhouse (où sont fabriquées les Peugeot 208, Opel Corsa), soit l’une des plus grosses usines d’Europe avec près de 30 000 véhicules produits par an.

Vulcan Energy, spécialiste du « lithium géothermal » (zéro carbone théorique), s’était associée à l’entreprise Stellantis en mai 2023 pour ce projet alsacien. L’idée étant d’injecter de l’eau chaude profonde, et capter la chaleur pour générer de l’électricité, et extraire le lithium de la saumure remontée. Un cercle supposé vertueux pour la transition automobile.

Pour les habitants de la zone, c’était là un gisement d’emplois potentiels… mais aussi de craintes légitimes.

Retour en arrière : une histoire semée d’embûches sismiques (depuis 2019)

Pour comprendre la défiance locale, il faut revenir au fossé rhénan alsacien, un rift géologique idéal pour la géothermie… mais risqué ! Ainsi, depuis 2019, les « effets secondaires » sont déjà notables :

Au total, quelques dizaines de séismes induits en Alsace, et une opinion publique vaccinée contre les « miracles verts » sans garanties.

L’octroi du permis : une procédure bâclée (juillet 2024)

Malgré ce passif, le gouvernement accorde le PER « Kachelhoffa » (ou Rathogolo 2) à Vulcan le 12 juillet 2024, pour 5 ans et 23,96 millions d’euros d’investissements promis (forages, études).

Mais pas de réunion publique, pas d’enquête approfondie locale, et silence radio en Europe. Les communes attaquent donc au Tribunal administratif de Strasbourg, puis en appel à Nancy, ou les communes obtiennent satisfaction aujourd’hui.

Les faits techniques : géothermie = opportunité ET risque

Comment ça marche ? De l’eau est injectée à 5 km de profondeur remonte à 150-300°C ; fait tourner une turbine pour l’électricité, puis le lithium extrait chimiquement. Avantages : c’est de l’énergie produite localement, et sans CO2. Les risques : la fracturation hydraulique induit des séismes (du fait de la pression artificielle exercée dans la roche), sans compter la pollution des nappes (du fait de la saumure saline).

En Alsace : le sol est fracturé naturellement et amplifie le phénomène (l’EOST Strasbourg alerte depuis 2020). Vulcan promet alors un « monitoring sismique », mais les juges n’ont pas eu à trancher le fond – juste la forme défaillante

Un tournant pour l’énergie dans le Sud Alsace

Cette annulation du permis géothermique dans le Haut-Rhin n’est pas un enterrement de première classe pour la transition énergétique, mais un électrochoc bienvenu pour la protection des territoires. En imposant concertation publique et transparence européenne, la justice rappelle que la géothermie profonde – malgré son potentiel renouvelable dans le fossé rhénan – ne saurait se déployer au mépris des risques sismiques avérés, comme à Vendenheim ou Hurtigheim, ni des nappes phréatiques vitales pour l’Alsace agricole.

Pour les habitants de Mulhouse Alsace Agglomération et du sud haut-rhinois, c’est une victoire de la précaution : la terre alsacienne mérite mieux que des forages bâclés au service d’intérêts industriels lointains. Vulcan et Stellantis devront désormais dialoguer, monitorer scrupuleusement, et prouver que leur lithium « vert » ne se fait pas au prix de secousses sous nos pieds. L’enjeu ? Une énergie juste, ancrée localement, où la promesse écologie rime avec pratiques transparentes et démocratiques – et non avec greenwashing technocratique.

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