Crédit photos : Martin Wilhelm
Place de la Réunion, à Mulhouse, quelques dizaines de personnes se sont retrouvées ce dimanche 1er mars en fin d’après‑midi pour dire non à la guerre déclenchée contre l’Iran par les États‑Unis et Israël, en violation du droit international, et affirmer leur soutien au peuple iranien.
Mulhouse dans la tourmente d’une guerre mondiale en gestation
À l’appel notamment de la Ligue des droits de l’Homme, du NPA, du Parti communiste et d’associations locales, le rassemblement mulhousien s’inscrit dans un contexte d’escalade militaire majeure au Moyen‑Orient depuis le 28 février, marquée par des bombardements coordonnés des États‑Unis et d’Israël sur de nombreux sites iraniens.
Les frappes ont visé des infrastructures militaires et politiques, jusqu’aux abords des lieux de pouvoir, et ont déjà provoqué des dizaines de morts civiles, en particulier lors de l’attaque d’une école de filles à Minab, dans le sud de l’Iran, où les bilans évoquent 100 écolières tuées et des dizaines de blessées.
« On ne libère pas un peuple en bombardant ses enfants »
Au micro, Françoise Ruch, militante du NPA, rappelle que la mobilisation s’est décidée « un peu au dernier moment », dans la nuit, tant l’idée de rester silencieux face à cette offensive paraissait impensable.
Elle souligne l’ampleur des manifestations qui se déroulent en parallèle aux États‑Unis mêmes, où une partie de la population conteste la fuite en avant guerrière d’un pouvoir déjà ébranlé par les scandales, les politiques anti‑migrants et la dégradation du niveau de vie.
Pour la militante anticapitaliste, la mort d’Ali Khamenei – tué dans les frappes, selon les autorités iraniennes et des sources occidentales – ne saurait faire oublier les « 47 ans de dictature théocratique, de répression, de torture, d’humiliation et de mort » imposés au peuple iranien.
Mais elle insiste sur un point central : « les Iraniens ne peuvent pas se faire d’illusions quant à la volonté de Trump ou de Netanyahou de les libérer », ces dirigeants étant qualifiés « d’assassins du peuple palestinien », guidés uniquement par les intérêts de leur propre impérialisme.
Évoquant les frappes qui ont réduit en ruines des écoles au centre et au sud de l’Iran, faisant des dizaines d’enfants tués et blessés, elle martèle : « On ne libère pas un peuple en le bombardant et en tuant ses enfants. ».
Les Iraniens, affirme‑t‑elle, « savent très bien que le but des impérialistes est de renforcer leur emprise sur le Moyen‑Orient » et que la disparition d’un homme « n’efface pas tout un système », alors même que le régime annonce une « riposte guerrière » pouvant conduire au chaos régional.
Un peuple pris en étau entre dictature et impérialismes
Les interventions convergent sur un diagnostic : le peuple iranien se trouve pris en étau entre un régime théocratique brutal et les frappes des grandes puissances occidentales alliées à Israël.
Un orateur rappelle comment, depuis le début des troubles en Iran, les plateaux de télévision occidentaux ont multiplié les séquences indignées sur les atteintes aux droits humains – homosexuels persécutés, femmes opprimées, 2 500 morts dans la répression – pour justifier aujourd’hui une intervention militaire prétendument libératrice.
Or, souligne‑t‑il, « ceux qui tuent les homosexuels et les femmes en Iran actuellement, ce sont les bombes des sionistes et des Américains » tombant sur des écoles de filles et de garçons, faisant à elles seules des dizaines de morts.
Selon lui, ce qui sape désormais la mobilisation populaire née des mouvements « Femme, Vie, Liberté » et des soulèvements de janvier 2026, ce n’est plus seulement la répression des mollahs, documentée par des rapports onusiens et d’ONG, mais aussi la tentative des puissances occidentales de recycler l’héritier de l’ancien Shah en « marionnette » destinée à coiffer la contestation.

« Ce qu’il faut pour le peuple iranien, ce n’est pas l’intervention des impérialistes, ce n’est pas la compassion d’un Trump qui vient les massacrer », insiste ce militant, dénonçant aussi l’assassinat sans égard pour le droit international de dirigeants non alignés.
La seule issue, conclut‑il, est claire : « que les sionistes dégagent, que les Américains dégagent, que les Iraniens soient libres dans leur propre pays et maîtres chez eux », formule reprise en chœur par l’assemblée.
La LDH : solidarité avec le peuple, pas avec le régime
Au nom de la Ligue des droits de l’Homme, Gérard Moine prend soin de distinguer sans ambiguïté le soutien au peuple iranien de toute complaisance à l’égard d’un pouvoir « théocratique, brutal, féroce ».
« Ce qui nous rassemble ici ce soir, dit‑il, c’est d’exprimer notre soutien au peuple iranien et non pas de soutenir un régime théocratique », rappelant que la LDH s’est depuis longtemps engagée aux côtés des Iraniennes et Iraniens qui se battent pour la liberté, la démocratie et la dignité.
Dans le même souffle, il dénonce « l’impérialisme meurtrier, criminel du gouvernement américain, acculé dans son propre pays », ainsi que la « politique criminelle des nervis israéliens du gouvernement de Netanyahou », tenus pour coresponsables du bain de sang en cours.
Cette double condamnation reprend l’axe d’appels récents de la LDH et d’autres organisations de la société civile, qui affirment que les Iraniennes et Iraniens doivent pouvoir « se libérer et choisir leur avenir » eux‑mêmes, sans « sauveur suprême ni libérateur étranger ».
Le spectre d’un embrasement régional
À Mulhouse, les prises de parole font écho aux inquiétudes internationales face au risque d’embrasement régional, alors que l’Iran riposte par des tirs de missiles sur des bases américaines et des objectifs israéliens, tandis que les capitales occidentales appellent du bout des lèvres à la désescalade.
Les manifestants voient dans cette guerre un moyen pour Donald Trump, à la tête d’un pouvoir contesté aux États‑Unis, et pour Benyamin Netanyahou, fragilisé en Israël, de ressouder leurs bases internes en écrasant à la fois les mobilisations sociales chez eux et les aspirations démocratiques au Moyen‑Orient.
Mais l’autre versant de cette stratégie, soulignent les intervenants, est la possibilité pour le régime iranien d’instrumentaliser l’agression extérieure pour souder la population autour du drapeau, étouffer la « soif de démocratie et de liberté » et durcir encore la répression contre les femmes, les minorités et l’ensemble des contestataires.
Des rapports récents de l’ONU, d’Amnesty International et d’organisations de défense des droits humains documentent en effet la persistance de violations massives, de la surveillance de masse à l’encontre des femmes sans voile aux exécutions liées aux protestations, malgré le changement de président à Téhéran.
« Toute notre solidarité va au peuple iranien »
Au terme du rassemblement, Gérard Moine résume le sens essentiel dans la présence de ces militants, partis et associations sur la place centrale de Mulhouse : signifier « toute notre solidarité va au peuple iranien. »
Une solidarité qui vise à la fois les victimes des bombardements israélo‑américains, les familles endeuillées par les frappes sur les écoles de Minab et d’autres villes, et celles et ceux qui, au prix de la prison, de la torture et parfois de leur vie, continuent à défier la dictature religieuse à l’intérieur du pays.
Les organisations présentes appellent à poursuivre les mobilisations en France, à exiger l’arrêt immédiat des bombardements, le retrait de l’armada américaine du Moyen‑Orient et la fin de toute complicité avec la politique guerrière du gouvernement israélien.
Elles affirment enfin que l’avenir de l’Iran ne peut être décidé ni par les mollahs, ni par Washington, ni par Tel‑Aviv, mais uniquement par celles et ceux qui, de Téhéran à Zahedan, manifestent pour « la liberté, la démocratie et la dignité ».














