Crédit photos : Martin Wilhelm
À Mulhouse, la Pride a pris samedi des allures de marche de visibilité, de fête et de résistance, portée par une forte mobilisation et des discours assumant pleinement leur portée politique. Entre applaudissements, musique, remerciements aux bénévoles et rappels des menaces qui pèsent encore sur les personnes LGBTQIA+, l’événement a affiché une tonalité à la fois chaleureuse et combative.
Le cortège, riche de plus de 400 personnes, s’est élancé depuis le parvis de la Fonderie en direction de la Gargote à Motoco, dans un contexte d’organisation parfois tendu, après des ajustements de parcours imposés au dernier moment. Ainsi, le parcours initial prévu depuis le parc Salvator a dû être revu. « Nous avons dû repenser tout le trajet, les impressions des affiches, etc. », a expliqué l’un des organisateurs.
La contrainte principale venait du risque de bruit pour le voisinage. Cette adaptation a cependant permis de mobiliser davantage d’énergie, et renforcé l’idée d’un événement construit collectivement, avec l’appui de structures étudiantes, associatives, culturelles et techniques du territoire. Les manifestants ont été invités à « faire un maximum de bruit », en signe de défi face à ceux qui cherchent à les faire taire.
Un message d’affirmation politique
Dès les premières prises de parole, le message était clair : la Pride n’est pas seulement une célébration, c’est une affirmation politique. Les intervenants ont rappelé que la liberté d’exister reste, pour beaucoup de personnes queer, un combat quotidien, en France comme ailleurs. La marche de Mulhouse a ainsi été présentée comme un prolongement local de luttes internationales, face aux violences, aux discriminations et aux reculs de droits.
Un des discours les plus marquants a mis en avant une parole très personnelle, évoquant l’exil, l’accent et la dignité conquise malgré les obstacles. Cette prise de parole a donné à l’événement une dimension humaine forte, en rappelant que la Pride est aussi un espace où des trajectoires longtemps tenues dans l’ombre peuvent enfin se dire au grand jour.
Organisation solidaire et locale
La réussite de la marche a reposé sur un faisceau d’acteurs locaux. Le syndicat étudiant CSTE (co-organisateur de l’évènement), les collectifs sonores, les bénévoles, l’Université, le Crous et les lieux accueillants ont été salués pour leur contribution à l’organisation, à la sonorisation et à l’accueil de l’after. Ce maillage montre qu’à Mulhouse, la Pride ne tient pas seulement à une date dans le calendrier, mais à une coopération réelle entre milieux étudiants, culturels et militants.
Le soin apporté à la sécurité a aussi été souligné, avec un rappel explicite sur le service d’ordre et la nécessité de ne pas répondre soi-même à une agression. Dans un contexte où l’exposition publique peut encore être risquée pour certaines personnes, cette vigilance participe pleinement de l’esprit de l’événement.
Dans ce même sillage, les organisateurs ont rappelé l’importance de respecter la vie privée des manifestants sur les réseaux sociaux. « Faites attention à ce que vous postez ; demandez systématiquement l’accord des personnes dont vous diffusez l’image », a insisté la porte‑parole du syndicat CSTE. Cette mise en garde s’inscrit dans une logique de protection contre les risques de stigmatisation et de harcèlement en ligne, surtout pour les personnes encore “out” dans leur identité de genre ou d’orientation sexuelle.
Une ville en mouvement
Au-delà de la marche elle-même, cette Pride dit quelque chose de Mulhouse : une ville cosmopolite où les luttes de visibilité trouvent des formes d’expression concrètes, ancrées, et de plus en plus structurées. Le fait qu’une cinquième édition puisse réunir autant d’énergie, de monde et de prises de parole, démontre que l’événement a dépassé le simple stade du symbole pour devenir un rendez-vous clairement identifié.
Le ton général des interventions a résumé l’esprit de la journée : faire du bruit, rester debout, marcher ensemble, et ne pas céder à la peur. D’autant plus à moins d’une année de l’élection présidentielle, où un parti d’extrême-droite est annoncé vainqueur…
Ce faisant, un moment de recueillement a été observé pour rendre hommage aux victimes de l’homophobie et de la transphobie, rappelant que derrière la fête et les revendications, la Pride est aussi une manière de tenir bon, collectivement, face à qui voudrait réduire des existences au silence, aujourd’hui et demain.



























































































