Crédit photos : Martin Wilhelm

Ce lundi 8 juin des citoyens se sont rassemblés devant le tribunal de Mulhouse pour rendre hommage à Lyhanna, 11 ans, morte dans des conditions qui ont suscité une indignation nationale. Son bourreau et assassin présumé ayant déjà fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires, dont deux pour viols sur mineurs, sans jamais que celui-ci ne soit écroué.

La demande des manifestant-e-s était limpide : « Plus jamais ça ». Les pancartes portaient des messages comme « Justice pour Lyhanna », « Après l’émotion, l’action » ou « Quand l’échec est permanent, ce n’est plus un accident ». Cette mobilisation locale s’inscrit dans un mouvement national de plus de 160 rassemblements devant les tribunaux français.

Rassemblements à Mulhouse, Strasbourg, Colmar et Saverne

À Mulhouse, la forme locale du rassemblement a pris place avec la dénonciation explicite de l’« inaction de la justice » et de l’État. Les participants ont appelé à des mesures concrètes pour protéger les enfants et renforcer la réponse envers les pédocriminels.

Parmi les lieux concernés, l’Alsace a été en tête et des mobilisations annoncées. Outre Strasbourg, la mobilisation a également gagné Saverne et Colmar, avec des slogans comme « Bloquons tout », illustrant une colère qui ne se contente pas de l’émotion immédiate.[lefigaro]

Un contexte de disette institutionnelle

Il est justifié de dire que l’affaire Lyhanna révèle des défaillances graves, des lenteurs et des pertes de repères dans la protection de l’enfant. Mais la colère populaire accuse souvent la justice comme si elle fonctionnait à l’intérieur d’un vide institutionnel. Or, les rapports du ministère de la Justice et les questionnements au Sénat attestent d’un service public fragilisé : moyens insuffisants, lenteurs systémiques, insuffisance de la protection judiciaire.

Ce délitement n’est pas un accident : il est entretenu, ou du moins permis, par des politiques publiques qui ont, depuis des années, réduit les crédits, rationné les postes et laissé les tribunaux s’user. La justice n’est donc pas « coupable » ; elle est le produit d’un système politique qui la détruit en la rationnant.

Capter l’émotion au lieu de répondre politiquement

Certains responsables politiques, au lieu de démissionner (comme aurait dû le faire Darmanin) et de proposer des mesures concrètes et institutionnelles, ont cherché à capter l’émotion collective. Ils ont transformé la douleur d’une famille en tribune partisane, en utilisant le registre de la surenchère plutôt que de la rigueur. La démagogie politique transforme ainsi l’indignation en insulte, la demande de protection en invitation à la vengeance.

On a vu, dans certains discours, des appels à la peine de mort pour les « pédophiles ». Ces positions ne sont pas nouvelles : elles sont le propre des idéologies rances d’extrême droite, qui ont toujours utilisé la peur et la violence comme leviers de pouvoir.

Comme de n’importe quelle circonstance de violence publique ou privée, le RN capitalise évidemment déjà électoralement autour de ce drame.

A cet égard, le sociologue Alain Bihr a documenté depuis plus de 30 ans comment le RN, alors FN, captait déjà l’électorat populaire délaissé par les partis de gauche, et que, ce faisant, toute forme de morale était inopérante pour l’en dissuader.

Réponse institutionnelle, et non vengeance populaire

Aussi, la vraie question n’est pas : « Qui punir ? » mais « Comment protéger ? ». La réponse ne peut pas être la peine de mort, qui n’est qu’une vengeance (qui ne dissuadera personne, sinon les États-Unis serait le pays le plus sûr du monde), et non une politique.

La réponse est nécessairement institutionnelle : moyens supplémentaires pour la justice, renforcement de la protection de l’enfance, formation des acteurs, surveillance des pédocriminels, et surtout, une politique publique qui ne laisse plus exsangue les moyens de la justice et des tribunaux.

Les rassemblements à Mulhouse et en Alsace sont une expression légitime de colère. Mais cette colère ne doit pas être convertie en outil de démagogie politique. Elle doit devenir une force pour exiger des réponses politiques concrètes, visant à renforcer la fonction régalienne qu’est la justice, et non pour inviter à une vengeance légale.