Cré­dit pho­tos et prise de son : Mar­tin Wilhelm 

De l’avis même des orga­ni­sa­teurs, le nombre de mani­fes­tants auraient dû être bien plus nom­breux ne serait-ce qu’en rai­son de la cause à défendre : pré­ser­ver notre eau cou­rante que nous sommes près d’une dizaine de mil­lions à pui­ser chaque jour dans la plus grande nappe phréa­tique d’Europe dont déjà 1/3 est polluée.

C’est dans le cadre de la Jour­née mon­diale de l’eau orga­ni­sée par l’UNESCO, que le col­lec­tif Désto­ca­mine et Alsace Nature ont appe­lé à venir mani­fes­ter devant la mai­rie de Wit­tel­sheim en ce 22 mars 2024 pour exi­ger, une fois encore, le désto­ckage total et immé­diat des déchets accu­mu­lés depuis plus de 30 ans au fond d’un puits des Mines de potasse d’Alsace.

Phi­lippe Aul­len, membre du col­lec­tif, a accueilli une bonne cen­taine de per­sonnes, avec de nom­breux élus dont les dépu­tés Emma­nuel Fer­nandes (LFI et natif de la val­lée de Thann), San­dra Regol (EELV) ain­si que les conseillères régio­nales Caro­line Reys, Cécile Ger­main-Ecuer et la conseillère CEA Ludi­vine Quin­tal­let, toutes EELV.

Le maire de Lau­ten­bach, Phi­lippe Hecky était le seul élu muni­ci­pal pré­sents : mais où étaient donc les édiles des com­munes du can­ton de Wit­ten­heim, concer­nés au pre­mier chef par ces 42.000 tonnes de poi­sons sto­ckés sous leurs pieds… Absents, comme sou­vent quand il s’agit de com­bats sociaux et envi­ron­ne­men­taux à mener contre une forte adversité.

Yann Flo­ry, le porte-parole du col­lec­tif Désto­ca­mine, a accueilli les par­ti­ci­pants par une sonore « Citoyens, citoyennes… », se réfé­rant aux révo­lu­tion­naires de 1789 qui ont réus­si à faire tom­ber la Bas­tille… Dans son inter­ven­tion, Yann Flo­ry a annon­cé que, selon ses infor­ma­tions, le béton­nage de la mine devrait débu­ter… lun­di prochain !

« Il y a donc urgence », rajou­tait-il, « car nous avons affaire à un éco­cide qui tou­che­ra tôt ou tard la popu­la­tion non seule­ment alsa­cienne, mais de tout le bas­sin rhénan ».

Il regret­tait un manque de com­ba­ti­vi­té devant cette affaire qui va empoi­son­ner l’eau de nom­breuses géné­ra­tions à l’avenir, alors qu’en ce jour mon­diale pour l’eau, l’UNESCO attire l’attention sur l’im­por­tance de l’eau douce et plaide pour la ges­tion durable de cette res­source naturelle. 

San­dra Regol lui suc­cède en repre­nant ce thème du droit à une eau saine de la nappe phréa­tique, ce qui implique la sor­tie totale des déchets. Elle fus­tige l’argument du coût que cela repré­sen­te­rait en rap­pe­lant que des sommes énormes ont été ver­sées à Sto­ca­mine, argent public qui aurait qua­si­ment suf­fit pour mener les opé­ra­tions de déstockage.

Pour la dépu­tée éco­lo­giste, le fait de vou­loir béton­ner dès lun­di pro­chain, n’est pas signe de démo­bi­li­sa­tion : il faut conti­nuer à exi­ger par­tout la sor­tie des déchets.

Emma­nuel Fer­nandes rap­pelle le com­bat mené depuis 30 ans par ceux qui avaient com­pris que ce sto­ckage était une folie… Il rap­pelle qu’un juge­ment au fond doit inter­ve­nir après la plainte dépo­sée par Alsace Nature : il demande donc que la béto­ni­sa­tion ne débute pas dans l’attente du ver­dict du tribunal.

Il dénonce les argu­ments uti­li­sés par le gou­ver­ne­ment et les élus qui le sou­tiennent pour jus­ti­fier le désto­ckage. « La robo­ti­sa­tion est au point, une entre­prise alle­mande Kali-Salz maî­trise la tech­no­lo­gie pour l’extraction de pro­duits dans des gale­ries minières ». L’effondrement des gale­ries ? La direc­tion actuelle des MDPA elle-même réfute ces affir­ma­tions pro­fé­rées entre autres par le dépu­té Schel­len­ber­ger . La direc­trice inter­pel­lée par le dépu­té a pré­ci­sé que les gale­ries étaient entre­te­nues… l’entreprise tou­chant même chaque année plus de 8 mil­lions d’euros d’argent public pour mener ce travail.

DES DEUX COTES DU RHIN

La mani­fes­ta­tion prit une dimen­sion inter­na­tio­nale par l’intervention de plu­sieurs repré­sen­tants asso­cia­tifs alle­mands : tous rap­pe­laient la dimen­sion trans­na­tio­nale de cette lutte. « L’eau n’est ni alsa­cienne, ni alle­mande, ni fran­çaise, la nappe phréa­tique ne connaît pas de fron­tières. Elle coule de Bâle jusqu’à Franc­fort-sur-le Main et sa défense est donc une lutte au-delà des frontières ».

Georges Wal­ter, ancien direc­teur de l’en­vi­ron­ne­ment de la CEA, appor­ta la touche de l’expert au débat : « Les études jus­ti­fiant la déci­sion de confi­ner les déchets sont trom­peuses car les experts partent tous du prin­cipe qu’on ne peut sor­tir ces déchets… et montent des études pour arri­ver à cette conclu­sion ! » Et d’alerter : « Tech­ni­que­ment, ces gale­ries ne seront pas étanches pen­dant 300 ans comme l’affirment des experts. Aucune per­sonne sérieuse ne peut garan­tir une totale étan­chéi­té quand il s’agit de l’eau. Il ne faut pas se poser la ques­tion si les gale­ries seront ennoyées et pol­lue­ront la nappe, mais quand… »

De quoi jus­ti­fier que la mobi­li­sa­tion des citoyens et des élus reste indis­pen­sable jusqu’à la sor­tie totale de ces déchets.

Une ques­tion nous tarau­dait pour­tant et nous l’avons posé aux deux par­le­men­taires : pour­quoi, après tant d’années où les gou­ver­ne­ments se sont suc­cé­dé, de gauche et de droite, avec des ministres de l’environnement issus de la mou­vance éco­lo­giste, aucune et aucun d’entre eux n’a impo­sé la sor­tie des déchets ;

San­dra Regol (EELV) tout en dou­tant de la sin­cé­ri­té éco­lo­gique des ministres concer­nés, pense « qu’il est dif­fi­cile à ce niveau de res­pon­sa­bi­li­té, de recon­naître que l’Etat s’est trom­pé il y a 30 ans… » Une sorte de rai­son d’Etat, donc…

Emma­nuel Fer­nandes émet une autre hypo­thèse qui cir­cule par­mi ceux qui connaissent bien le dos­sier : n’y aurait-il pas des déchets enfouis qui ne cor­res­pondent pas au cahier de charge et qui seraient bien plus dan­ge­reux que ce qui est recon­nu jusqu’à l’heure ? Refuse-t-on la sor­tie de ces déchets par crainte de décou­vrir des maté­riaux dérangeants ? »

Voi­là bien un dos­sier bien empoi­son­nant dans tous les sens du terme, et que Yann Flo­ry à repris dans le titre de son livre rela­tant 30 années de lutte contre Sto­ca­mine qui doit paraître dans les pro­chains jours.

Sur l’usage d’un drone pendant la manifestation, notre article dédié est disponible ici. 

Une étu­diante alle­mande était par ailleurs au micro de Michel Muller :