Photo : document remis

La soirée publique organisée lundi 30 juin dans les locaux de Motoco à Mulhouse, par le collectif « IA pas moyen ! » a confirmé un élargissement de la contestation contre le projet de data center prévu à Petit-Landau et Hombourg.

Le projet, porté par Microsoft France, faisait l’objet d’une enquête publique (clôturée officiellement le 3 juillet 2026), et portant à la fois sur l’autorisation environnementale, les permis de construire et la mise en compatibilité du PLU de Petit-Landau.

La réunion, réunissant une centaine de personnes, et plus encore au fil de la soirée, a marqué un palier visible pour un collectif qui agrège désormais associations environnementales, paysannes, habitantes et acteurs culturels autour d’une même opposition au projet.

Motoco : un soutien inédit des artistes et artisans

Fait notable, le soutien apporté par Motoco a lui-même constitué un signal politique. En introduction de la soirée, une responsable du lieu a rappelé que le collectif des 140 artistes évitait en règle générale les prises de position politiques, sauf en cas d’unanimité. Or, sur ce dossier, un soutien unanime a été acté. Cette mobilisation du collectif d’artistes apparaît comme un fait relativement nouveau, et elle dit quelque chose du déplacement du débat : la contestation ne porte plus seulement sur les sols, l’eau ou l’énergie, mais aussi sur les effets de l’intelligence artificielle impactant le travail créatif, et sur la production culturelle.

À la tribune, Alsace Nature, principal animateur de la réunion, et la Confédération paysanne, ont rappelé les principales critiques déjà formulées depuis l’ouverture de l’enquête publique.

Le registre officiel confirme que le dossier est consultable en ligne et en mairie, dans le cadre d’une procédure longue de 33 jours seulement. C’est précisément l’un des points les plus contestés par les opposants, qui dénoncent un calendrier trop resserré au regard du volume du dossier, présenté comme un obstacle concret à une participation citoyenne pleinement informée.

Au fil des interventions, la critique du projet s’est déployée sur plusieurs plans. Une militante venue de Kembs a dénoncé une forme d’usure organisée des forces militantes, contraintes de consacrer leurs soirées et leurs week-ends à l’analyse de milliers de pages, au détriment d’autres actions locales. D’autres prises de parole ont relié le projet de Petit-Landau à des enjeux plus larges, en évoquant l’extraction de ressources, la consommation énergétique, ou encore les formes de travail invisibilisé qui accompagnent l’économie de l’IA.

Le cadrage environnemental demeure toutefois central. Alsace Nature présente le projet comme l’implantation d’un centre de données sur une emprise comprise entre 36 et 70 hectares de terrains agricoles, dont une partie en bio, dans un secteur voisin de zones à forte sensibilité écologique, notamment en lien avec des périmètres ZNIEFF, Natura 2000 et Ramsar. L’association appelait publiquement à participer à l’enquête et qualifie le projet d’« inutile », en insistant sur ses impacts fonciers, énergétiques et hydriques.

Emplois et fiscalité : des retombées locales jugées faibles

La question des retombées locales a également nourri les échanges. Selon plusieurs interventions rapportées pendant la soirée, les bénéfices concrets pour les habitants restent peu lisibles, au-delà de l’argument de l’emploi. Thierry Engasser, ancien maire de Hombourg, a ainsi mis en doute l’importance des recettes fiscales directes pour les communes riveraines, tout en soulignant que les besoins en infrastructures électriques pourraient élargir encore l’empreinte réelle du projet.

Ce type d’argument rejoint un reproche plus large adressé aux grands équipements numériques : la dissymétrie entre des nuisances et consommations supportées localement, et des bénéfices économiques captés ailleurs.

Un sentiment d’impuissance, en dépit d’un soutien manifeste

La réunion du 30 juin a aussi mis en lumière un paradoxe déjà observé dans d’autres conflits d’aménagement. Plusieurs intervenants disent rencontrer majoritairement des habitants hostiles au projet, mais peinent encore à transformer cette opposition en engagement concret dans les communes les plus proches du site.

Le témoignage d’un habitant de Petit-Landau, venu raconter les difficultés rencontrées autour d’une pétition (plus de 2100 signataires à ce jour), et d’un affichage anti-data center rapidement retiré, a donné à voir cette fragilité de la mobilisation de terrain, malgré un contexte général plus favorable au collectif.

La suite du mouvement se jouera désormais sur plusieurs fronts. Alsace Nature a indiqué travailler sur un dossier juridique portant sur différents aspects réglementaires, tandis que le collectif évoque aussi une demande de prolongation de l’enquête publique, l’exigence d’une réunion publique dédiée et la préparation d’actions de sensibilisation dans les communes concernées.

L’avis du commissaire enquêteur est attendu au cours du mois d’août. D’ici là, la réunion de Motoco aura au moins acté une chose : autour du projet de Petit-Landau, la critique de l’intelligence artificielle trouve désormais, dans le sud Alsace, un ancrage territorial, agricole, écologique et culturel de plus en plus net.

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