Photo : document remis

Le « Collectif intégrales 68 », à peine constitué, a tenu son premier rassemblement ce lundi 14 septembre au soir devant le tribunal judiciaire de Mulhouse. Son objectif : maintenir la pression sur les parlementaires pour que la loi en discussion à l’Assemblée nationale ne soit pas, selon lui, une loi « au rabais ».

Ils étaient une trentaine, syndicalistes, élus, militants associatifs et étudiants mêlés, ce lundi soir au pied du tribunal judiciaire de Mulhouse, à l’appel du désormais « Collectif intégrales 68 », dont la porte-parole est Céline Okte-Chevalier.

Le rendez-vous d’abord prévu la semaine précédente, à l’image des rassemblements organisés dans plusieurs villes de France le 7 septembre, premier jour d’examen en commission de la loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, a dû être reporté, faute d’existence juridiquement formalisée pour le collectif, condition nécessaire pour déclarer la manifestation en préfecture.

« Ne pas uniquement punir, mais faire appliquer la loi »

Aux côtés de la porte-parole, qui se présente comme relais local de la Fondation des femmes et de la Coalition féministe pour une loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles, se tenaient des syndicalistes étudiants de la CSTE (Communauté solidaire des terres de l’Est), des militants du PCF, du NPA, de Solidaires.

La coalition nationale fédère 150 associations féministes et « enfantistes » qui réclament, depuis le printemps, « une loi cadre intégrale qui ne serait pas uniquement punitive mais qui ferait tout simplement appliquer la loi ». Une loi pensée « pour la prévention, pour la formation et pour abolir le patriarcat culturel qui permet les agressions, les viols ». Bref, un changement systémique plutôt qu’une nouvelle perspective répressive à moyens constants.

Or, pour les manifestants, le texte examiné à l’Assemblée nationale, une proposition de loi portée par Gérald Darmanin et cosignée, selon les orateurs, par la majorité, la droite et l’extrême droite, a dénaturé plusieurs années de travail : les quelque 150 amendements déposés par les associations ont été « tronqués d’au moins la moitié », et ceux qui subsistent ne sont, déplore-t-on à la tribune, que « 69 amendements vides de sens ».

Les exemples fusent. Sur la prise en charge des traumatismes, désormais réservée aux victimes une fois majeures : « Un enfant a rarement l’occasion d’être encadré, entouré et accueilli comme il se doit par la police et par les médecins pour pouvoir porter plainte », souligne Céline Okte-Chevalier, pour qui un tel dispositif est « de la poudre aux yeux ».

Ni les moyens de la prise en charge des victimes tout au long de leur vie, ni la formation des policiers et gendarmes « pour accueillir la parole des victimes », une magistrature « épuisée », ne sont au rendez-vous.

La porte-parole s’en prend enfin frontalement au ministre porteur du texte, « qui n’a rien à faire à ce poste quand on parle de ce sujet », avant que la tribune ne décoche : « cette loi tronquée de 69 amendements vides de sens », portée « par un ministre qui est M. Darmanin lui-même condamné pour violence et abus de sa position de domination pour des faveurs sexuelles ».

« Un système défaillant et une impunité organisée »

Pour étayer sa colère, la coalition avance ses propres chiffres : plus de 160 000 enfants et plus de 325 000 femmes victimes chaque année de violences sexuelles, et 94 % des plaintes pour viol classées sans suite, derrière lesquels elle dénonce « un système défaillant et une impunité organisée ».

Née en 2024 dans la foulée du procès des viols de Mazan, la coalition porte 140 mesures pour une réforme systémique, dont s’inspire en partie le texte en discussion.

En attendant, le collectif promet d’occuper « plus que jamais » le terrain, défendant « une convergence des luttes » entre féministes, syndicats, étudiants et associations de défense des minorités.

Rendez-vous est pris tous les lundis soir devant « tous les tribunaux de France, dont celui de Mulhouse », « comme au printemps après l’affaire Lyhanna, jusqu’au vote de la loi ». Prochaine échéance de mobilisation en ligne de mire : le 5 octobre, lorsque le texte devrait entrer en séance plénière à l’Assemblée nationale.