Crédit photo : Martin Wilhelm
Pour célébrer les 200 ans de la SACM -née en 1826 de l’entreprise André Koechlin & Compagnie, matrice mulhousienne de ce qui deviendra Alstom et Alcatel-, des anciens salariés ont eux-mêmes repris les manettes pour raconter leur histoire.
Autour de Yvan Renckly, le collectif « Les Anciens de la SACM témoignent » prépare une réception (afterwork) à KMØ, le pôle numérique installé depuis 2019 dans les halles de briques rouges de l’ancien site de la SACM : on ne rêve pas meilleure symbolique que de reboucler la boucle par là où tout a commencé.
Ce retour de mémoire ouvrière est prévu le jeudi 24 septembre 2026, à partir de 17h45, pour un voyage d’une durée de 75 minutes environ : « Une journée à la SACM ». Au demeurant, la manifestation s’inscrit dans un riche programme de célébration du bicentenaire de l‘entreprise, lancé à l’initiative de KM0, débuté le 25 juillet 2026, et qui s’achèvera en janvier 2027.
Le train des moineaux et les quatre portes
Le programme, construit comme une journée type, commence fort : l’arrivée le matin, par les quatre portes, et le fameux « train des moineaux », ce flot de vélos et de mobylettes (de 2 000 à 2 500 « deux roues » selon les souvenirs) que déversait le bassin de recrutement de l’usine, ouvriers-paysans du Sundgau et de la campagne (qui fréquentaient la cantine), contre ouvriers de la ville (qui rentraient le temps de déjeuner). Le tout sur un site de 26 hectares, dont 16 bâtis, un paysage qui changeait selon la direction du regard.
Les préparatifs, consignés dans les échanges des Anciens, regorgent de précisions subjectives et savoureuses : « tout ce monde à 7h ou 7h15 » pour le personnel des ateliers -voire 7h moins le quart- quand les employés bénéficiaient d’un régime différent. Et surtout le détail qui fait sourire : le bistro, lui, ouvrait à 4h30 ; on en avait compté de 18 à 20 autour de la SACM ! Quant à la voiture, elle était réservée à la direction et aux cadres dans l’enceinte de l’usine.
De la prise de poste aux bars d’atelier
Viendront ensuite la prise de poste, le vestiaire, la vie des apprentis et la féminisation progressive des ateliers. Puis la pause méridienne, un monde à elle seule : sieste, cartes, pétanque, ventes de « produits » du Sundgau (lapins, cerises, schnaps…), « bars d’atelier » plus ou moins clandestins, fêtes d’atelier prétextées par les mariages, les départs en retraite, les anniversaires, et Noël. Mais aussi le « travail en perruque »…
En fin de journée, le flot inverse aux quatre portes, dont certains étaient d’une capacité surnaturelle à se trouver devant la grille, les arrêts aux bistrots, et l’action foisonnante du Comité d’entreprise : colonies de vacances, sport corporatif, bibliothèque, billets de spectacles subventionnés, peinture, pêche…
Les mains, les conflits, la mémoire
Le chapitre « sensibles » sera abordé sans tabou, sur la musique de HK et les Saltimbanks (« On lâche rien ») : les conflits, d’abord motivés par les salaires, la présence syndicale, les grèves dans les ateliers et les rassemblements dans la cour, les grandes manifestations de 1968 et de 1976, le parcours en ville devant la sous-préfecture, les « boulons », et les relations avec les forces de l’ordre.
Les Anciens garderont aussi la mémoire de l’après : le foyer de la rue du Manège, devenu obsolète, remplacé par le foyer des Cigones. Et cette belle confidence, qui dit la résilience du site : des repreneurs convaincus de pouvoir racheter l’outil de travail ont repris 74 personnes en 2004, et une production perdure encore aujourd’hui « de façon assez dynamique ». Wärtsilä France, a en effet racheté la branche moteurs de la SACM (SACM Diesel) au début des années 1990, et maintient une activité sur place.
Transmettre, sans prétendre à l’exactitude
Le propre de ces rencontres, c’est l’anamnèse : le retour des souvenirs subjectifs, des chiffres arrondis par le temps, des anecdotes qui se corrigent en direct autour de la table -comme ce foyer dont on cherche encore le gestionnaire d’aujourd’hui. Ce n’est pas un défaut, c’est la méthode : témoigner, faire rire, émouvoir, transmettre aux générations qui travaillent désormais dans ces halles réinventées par le numérique.
Rendez-vous est donc pris le 24 septembre 2026 pour roder « Une journée à la SACM », en guise afterwork à KMØ pour les 200 ans de la maison. Avec, en boucle mentale, « Les beaux moineaux » de Marie Soleil et « Les vacances » d’Enrico Macias, parce qu’à la SACM, on n’a jamais vraiment quitté l’usine.










