Crédit photos : Martin Wilhelm
Plus de 250 personnes ont défilé samedi 26 septembre à Mulhouse, du haut de l’avenue Aristide-Briand jusqu’au parc Salvator. Première marche pour le climat dans la ville depuis le printemps 2022, elle intervenait après un été de canicules et de sécheresse, et alors que le thermomètre remontait autour des 30 degrés.
Un retour après quatre ans
À 11 heures, le cortège multigénérationnel s’est élançé sur l’appel du collectif « IA pas moyen ! », épaulé par Le Cadres (Cyclistes associés pour le droit de rouler en sécurité), Alsace Nature, le CCFD-Terre solidaire, le Droit au logement et d’autres organisations.
Mulhouse ouvrait ainsi la séquence alsacienne de la journée : cinq marches étaient programmées en région, à Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Guebwiller et Saint-Louis, rassemblant au total plus de 2 500 personnes, dont environ 500 à Strasbourg, 230 à Guebwiller et Colmar, et 140 à Saint-Louis.
« Cette marche, c’est une marche pour dire non, une marche pour dire nous existons, nous refusons le cynisme, nous refusons la fatalité, nous voulons survivre et nous voulons que nos enfants vivent ».
Deux combats locaux ont particulièrement fait sortir : le rétropédalage municipal sur l’avenue Aristide-Briand, en partie rendue aux voitures, et le projet de centre de données porté par Microsoft à Petit-Landau. Dès avant le départ, la tonalité était fixée : « Cette marche, c’est une marche pour dire non, une marche pour dire nous existons, nous refusons le cynisme, nous refusons la fatalité, nous voulons survivre et nous voulons que nos enfants vivent ».
Un parcours pensé comme une démonstration
La manifestation a été conçue comme une leçon de terrain : rue Briand jusqu’au croisement de la rue Pierre-et-Marie-Curie, puis devant la mairie, boulevard Kennedy, Porte Jeune, rue Pasteur et enfin le parc Salvator. Chaque halte avait son thème : le climat et la protection du vivant au départ, la justice sociale et la précarité au marché, avec le Droit au logement et la sécurité sociale alimentaire, la paix en conclusion.
L’animatrice a d’emblée posé le ton, droit dans les bottes de la municipalité : si les transports en commun étaient gratuits ce samedi, « ce n’est pas la mairie qui soutient le mouvement », mais simplement la consommation du samedi. Et de rappeler que pendant la canicule, Mulhouse n’avait pas de lieu-refuge : « Le seul lieu-refuge proposé par la mairie, c’était le centre commercial Porte Jeune ! ».
« Nous avons droit à un avenir »
« Nous ne sommes ni éco-anxieux, ni éco-sceptiques. Nous sommes éco-lucides. »
La jeunesse a ouvert le réquisitoire avec un appel rédigé pour être lu « dans toutes les marches françaises » : « Nous ne sommes ni éco-anxieux, ni éco-sceptiques. Nous sommes éco-lucides. »
« On dit de notre génération qu’elle ne veut pas travailler. C’est faux. Nous voulons travailler et nous savons à quoi. Nous allons rebâtir ».
Les chiffres d’abord : plus de 7 300 morts cet été, 100 000 hectares de forêts partis en fumée, soit « dix fois Paris ». Puis la lucidité : « Ces étés qui s’enchaînent ne sont pas apocalyptiques. Ils sont logiques, prévisibles, prévus d’ailleurs. Cet été sera sans doute l’un des plus frais de toute notre existence. »
« On dit de notre génération qu’elle ne veut pas travailler. C’est faux. Nous voulons travailler et nous savons à quoi. Nous allons rebâtir ».
Une étudiante a prolongé l’attaque. Derrière elle, le constat d’un déséquilibre : des recommandations individuelles assénées « à coups d’images générées par des intelligences artificielles pour promouvoir un effort individuel illusoire », pendant que « les maigres avancées sont écrasées les unes après les autres » pour satisfaire ceux « qui profitent de la clim sur leur yacht pendant qu’on meurt dans des appartements mal isolés ».
Budgets de l’enseignement rognés, frais différenciés pour les étudiants internationaux, bourses gelées : « Le gouvernement n’a de cesse de saboter la jeunesse aussi bien que l’environnement », avant la conclusion : « Il est plus qu’urgent de mettre fin une bonne fois pour toutes au système capitaliste qui nous gangrène ».
Petit-Landau, symbole du gigantisme
Pour le vice-président d’Alsace Nature, le projet de data center est « l’exemple typique » de ce qui attend la région : 40 hectares imperméabilisés, un « point chaud » qui réchauffera l’atmosphère et les cultures voisines, et la perspective que « toute l’énergie renouvelable du Grand Est » soit engloutie par un projet imposé sans débat citoyen, depuis l’ouverture de la porte aux GAFAM.
Son réquisitoire : « On met tout en Alsace, on met les déchets, on met les grands projets », après Fessenheim, le Technocentre et d’autres projets autour de Mulhouse. Pour la co-secrétaire régionale des Écologistes d’Alsace, la cible est politique : « Tel M. Becht qui se voit président, lui qui a vendu nos terres agricoles pour implanter un data center gigantesque ! »
L’axe Briand-Franklin, dossier brûlant
Depuis l’avenue même qu’il dénonce, le président du Cadres a pointé deux mesures de la nouvelle équipe municipale : le retour des voitures sur l’axe Briand-Franklin, la suppression des pistes cyclables, de la chaussée douce et de la voie réservée aux piétons, bus et vélos, et l’interdiction des vélos à assistance électrique en zone piétonne entre 11h et 20h, qui place « sur le même plan les VAE, les trottinettes électriques et tous les engins motorisés » : « une erreur, car le VAE reste un mode de transport actif ».
Les données, ensuite : les Français roulent quatre à cinq fois moins à vélo que les Suisses et les Allemands, douze fois moins que les Néerlandais et les Danois ; 50 % des trajets en voiture font moins de 3 km, et 55 % des actifs vivant et travaillant à Mulhouse prennent leur voiture.
Surtout, le geste vers le bitume sous leurs pieds : selon Atmo Grand Est, « la station Briand » a mesuré « les plus hauts niveaux de pollution de tout le Haut-Rhin », et ce sont « les classes populaires » qui vivent près des grands axes.
À l’appui, une étude du CNRS : un kilomètre à vélo rapporte environ un euro à la collectivité, un kilomètre en voiture lui en coûte un. Avec l’essence à plus de 2 euros et la voiture en deuxième budget des ménages, « si vous êtes obligé de prendre votre voiture, ce n’est plus un signe de liberté, c’est une obligation ». Dernier trait : le GIEC a reçu le prix Nobel de la paix : « l’engagement pour la transition écologique, c’est aussi un engagement pour la paix ».
« Les gens ont eu peur »
Pour les Écologistes d’Alsace, « cela fait plus de 50 ans que les écologistes alertent », moqués, puis attaqués, « parfois avec une grande violence comme à Sainte-Soline ».
En 2026, « les gens ont eu peur » : environ 8 000 morts des canicules, quand « pour toute autre catastrophe de cette ampleur, nous aurions eu une journée de deuil national ». En face : « porte-close », coupes dans les budgets d’adaptation, pompiers « méprisés » après leur été de feu, silence sur les demandes des parents d’élèves pour les écoles, « aucune ambition » sur la rénovation thermique et les espaces de fraîcheur, mais l’éclairage nocturne rétabli.
Et le constat social : pendant ce temps, les occupants des « passoires thermiques » lisent sur les réseaux que « l’on est mieux chez soi ». Rendez-vous est déjà pris : le 3 octobre, la mobilisation ciblera « le scandale des pesticides », ces poisons « à l’origine de nombreux cancers, notamment infantiles ».
Toutes les luttes se rejoignent
Le CCFD-Terre solidaire a rappelé que « les plus pauvres » paient d’abord la facture « au moment où je vous parle », et exigé une transition « juste ici et juste à l’échelle internationale », en dénonçant « l’effondrement de l’aide publique au développement » au profit des budgets militaires.
Le groupe local de la France insoumise a défendu une « république sous administration écologique » découpée en « 6 bassins versants » et « 24 sous-bassins », alors que « la guerre de l’eau est déjà là, comme l’avait prédit Jean-Luc Mélenchon ».
Martin, du collectif RAP68 (Résistance à l’agression publicitaire dans le Haut-Rhin), un « réseau national » avec des « rattachements au niveau international », a décrit le travail en cours, « lobbying citoyen auprès de nos décideurs », ateliers de détournement d’affiches, veille sur « les enseignes et puis sur l’éclairage nocturne », et plaidé pour une « décolonisation des imaginaires » plutôt que de croire que la crise se règle par la seule technique.
Le collectif Féministe du 68 et le Mouvement démocratique des femmes ont, eux, relié autoritarisme, patriarcat, féminicides et désastre environnemental minier, en appelant à la « solidarité internationaliste ».
La mémoire comme boussole
Depuis la tribune, deux rappels d’histoire ont ancré la marche. 1973 : à Mulhouse, la première candidature écologiste de France, « Écologie et survie », avant même René Dumont, déjà sur le terrain de l’artificialisation des sols, « avec le projet du data center, on n’en est pas très éloigné ».
Et 1989 : l’association Gaïa, née dans le bassin potassique, « largement connu maintenant à travers Stocamine », citait Camus en exergue de ses statuts : « empêcher que le monde ne se défasse ».
Avec, en filigrane, la mise en garde contre la division : « Il n’y a pas les populos, il n’y a pas les bobos, il n’y a pas les gens à vélo, il n’y a pas ceux qui font leurs courses à l’hypermarché, c’est tout le monde dans la même galère ». Et la vigilance politique : sous Trump, « ce sont des mots qui disparaissent », ceux de l’égalité femmes-hommes, des minorités, du climat, des énergies renouvelables « rayés du vocabulaire des agences gouvernementales », quand la France serait « moins résiliente que les États-Unis » face à l’extrême droite.
La paix, en silence
La thématique paix n’a pris la forme d’aucun discours : « on fera surtout une action, une pensée pour les pays qui sont en guerre ». L’animatrice a prévenu : « c’est une vraie minute, c’est pas genre les 20 secondes et puis après tout le monde repart ». L’Ukraine, la Palestine, le Congo, mais aussi le Tibet, le Soudan, les conflits larvés d’Asie, la menace qui pèse sur l’Inde, l’Argentine. Puis : « plus on a des impérialistes au pouvoir, plus la guerre est partout. Donc une minute de silence s’il vous plaît ». Cinq prises de parole attendaient encore le cortège à Porte Jeune.
« Ce n’est qu’un début »
Slogans entendus le long du trajet : « Chaud devant ! », « No data center », « Des vélos, pas des mégalos », « Des canadairs, pas de data center », « Pas un hectare pour les centres de données », « Pédale, pédale, contre le capital »…
La marche s’est achevée au parc Salvator. La promesse, elle, tenait en une phrase : « Ensemble, on est plus forts… Ce n’est qu’un début. Cette marche, ce n’est pas la dernière fois qu’on se voit ».































Salut,
La parole a été refusés aux abord du Marché à Droit Au Logement, sous le lâche argument que la police ne voulait pas qu’il y ai « confusion » entre le cortège et la classe populaire (du marché) ; c’est du moins la traduction que j’en fais. Aussi, la « justice sociale » revendiquée à l’appel national est passée en partie à la trappe ! Car ce n’est pas devant la mairie, où il n’y a pas un chat le samedi à midi, que la prise de parole sur un critère social élémentaire puisse être pertinent, mais bien au Marché – comme cela avait d’ailleurs été préalablement convenu – où le public aurait pu être tant soi peu informé. Déjà les médias mainstreams font de la censure, mais lorsque les opposant-es à cette société qui se fascise veulent être plus royaliste que le roi, on est vraiment mal barré !!
C’est que la question sociale pour certain-es « écologistes », n’a rien à faire dans la protection de la planète. Ou alors juste comme sujet subalterne et s’il vous plais, en silence ! Y en encore qui n’ont rien compris !