Crédit photos : Martin Wilhelm
Mardi 29 septembre, l’intersyndicale de la fonction publique appelait les agents à la grève et à la manifestation dans toute la France, pour les salaires et les conditions de travail. À Mulhouse, le cortège s’est élancé à 14 h de la place de la Bourse.
Un pays « tenu debout » par ses agents
La journée d’action, la plus importante dans les services publics depuis des mois, a réuni près de 210 000 manifestants en France selon le comptage de la police, plus de 300 000 selon la CGT, avec des cortèges dans toutes les grandes villes.
Le grief de fond est connu : des années de gel du point d’indice, une nouvelle gelée encore programmée en 2027 par Sébastien Lecornu, et une dégradation continue des moyens. Il est question de 54 milliards d’économies dans le prochain budget.
« Tous les jours, près de six millions d’agents de la fonction publique exercent leur mission pour rendre un service public meilleur », a rappelé la première oratrice du meeting mulhousien, avant de souligner qu’une fois de plus, face à la canicule, aux feux de forêt et à une sécheresse inédite, « les services publics et leurs agents permettent au pays de tenir debout »
Et pourtant, poursuivait-elle, « l’austérité budgétaire met les services publics à l’os » : la logique du chiffre et de la performance « abîme nos missions », nourrit la perte de sens, accroît la maltraitance au travail.
Les chiffres avancés dans le cortège donnent la mesure du désarroi : 11 % des postes proposés à la fonction publique ne trouvent pas preneur, un taux qui grimpe à 25 % au ministère de la Justice.
Dans l’académie de Strasbourg, la grève a touché 10,82 % des personnels (et 12,2 % chez les enseignants), mais 29,61 % chez les personnels de vie scolaire, AESH et assistants d’éducation en tête : le maillon le plus précaire du système s’est le plus massivement mobilisé.
Des enseignants en première ligne
L’éducation était au cœur des préoccupations mulhousiennes. « La CFDT dénonce des salaires qui stagnent, les carrières bloquées, le travail qui reste trop souvent invisible », a énuméré l’oratrice : enseigner, accompagner un enfant en difficulté, faire fonctionner un établissement, « tout cela demande des personnels reconnus et des moyens adaptés ».
Sur le pavé, des enseignantes ont détaillé un quotidien qui se dégrade : des agressions de plus en plus fréquentes, commises par des élèves ou des parents, un « prof-bashing » qui érode le respect du métier, et un sentiment que ni le ministre de l’Éducation nationale ni la hiérarchie ne les soutiennent.
Les unes comme les autres pointent surtout le manque de moyens, qui les empêche de mener les actions de sensibilisation et de dialogue qui désamorceraient ces tensions. Le problème excède la salle de classe : dans les écoles mulhousiennes, à la rentrée 2025, 450 enfants sur plus de 3 000 diagnostiqués étaient privés d’accompagnant (AESH), et des élèves qui devraient intégrer un institut médico-éducatif restent en classe.
« Partout, nous entendons la même phrase : je veux bien faire mon travail », a insisté l’oratrice. Une phrase qui vaut aussi pour les finances publiques et les autres administrations de l’État : « les agents veulent pouvoir répondre aux usagers et traiter chaque situation avec sérieux » comme pour les communes et les intercommunalités, où les collègues de la CFDT interco réclament « de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail et des services qui disposent des moyens nécessaires. Parce que, derrière chaque dossier, chaque appel, chaque passage au guichet, il y a une personne qui a besoin d’être écoutée ».
Un cortège en musique
C’est en chanson que le cortège s’est élancé : « Stop, il y en a assez… Des salaires trop bas, des journées cassées… Plus de monde au poste et plus de respect ». Le répertoire a tenu tout le parcours : « On lâche rien, on lâche rien », repris en chœur, « Partage les richesses, partage ton travail, ou alors ça va péter… tout ce qu’ils ont, ils l’ont volé », et surtout une antienne déclinée à chaque intersection : « Public, public, pour les services publics ».
Étudiants et lycéens aux côtés des agents de la fonction publique
Aux côtés des agents défilaient des étudiants de la Communauté solidaire des terres de l’Est (CSTE), venus expressément soutenir les lycéens mobilisés le matin même devant leurs établissements, et réclamant, outre la fin de Parcoursup, des classes moins nombreuses.
Ce bras de fer entre la jeunesse et l’État, nous l’avons relaté hier : après une journée d’actions mardi dans les lycées alsaciens, les blocages avaient durci dès le mercredi : Albert Schweitzer, Lavoisier et Louis Armand bloqués à Mulhouse aux aurores, puis un face-à-face devant le lycée Montaigne, où au moins 1 500 lycéens s’étaient rassemblés au parc Salvator, tramways interrompus et commerces de l’hypercentre priés de baisser le rideau.
Le cortège mulhousien s’est quant à lui dispersé dans le calme, peu après 16 h. Mais l’ambiance de la semaine, entre la marche pour le climat du 26 septembre et la mobilisation contre les pesticides prévue samedi 3 octobre, reste à la détermination du côté des manifestant-e-s.








































