Crédit photos : Martin Wilhelm

Troisième samedi consécutif de mobilisation contre la vie chère, samedi 31 octobre. Interdit de centre-ville, déplacé aux Coteaux, le cortège mulhousien était clairsemé, environ deux cents personnes. Mais les prises de parole recueillies à son départ ont fixé le cap des jours à venir : rapprocher lycéens, étudiants et ouvriers, à quatre jours d’une journée de grève intersyndicale.

Des cortèges déplacés hors centres-villes

Les arrêtés pris en début de semaine ne laissaient guère de doute : les centres-villes de Strasbourg, de Mulhouse et de Colmar étaient interdits aux manifestants pour la journée. La manifestation mulhousienne, déclarée à la préfecture, l’une des deux déclarées dans le Haut-Rhin avec celle de Colmar, toutes deux fixées à 14 heures, n’a donc pas pu partir du cœur de la ville, comme à l’accoutumée.

C’est donc du boulevard des Nations, dans le quartier des Coteaux, que le cortège s’est ébranlé peu après 14 heures, pour descendre jusque l’avenue Aristide-Briand. Ce fut le cortège le plus clairsemé des trois samedis de mobilisation. La circulation des tramways a été interrompue pour l’occasion, et la place de la Réunion, en plein centre, est restée (presque) tranquille.

En soirée, un couvre-feu pour les mineurs devait s’appliquer (et reconduit) à Mulhouse… ainsi qu’à Sausheim, Pfastatt et Wittelsheim ! Trois villes de la périphérie tristement connues pour être particulièrement sanglantes, mais exclusivement les soirs d’Halloween, en raison de la flopée de chérubins endiablés venus taxer de la guimauve chez les voisins engourdis, les assurant d’un sort à la tronçonneuse en cas de refus réitéré de lâcher le moindre croco-pik ou dragibus !

Halloween a insufflé une couleur particulière à cette fin octobre : des appels à venir déguisés avaient circulé sur les réseaux sociaux. Quelques masques et pancartes en thème ont ainsi égayé le cortège mulhousien.

En centre-ville, une cinquantaine de personnes s’est tout de même réunie porte Jeune, dans le calme, face à un dispositif policier massif qui verrouillait la place.

En soirée, un couvre-feu pour les mineurs devait s’appliquer (et reconduit) à Mulhouse… ainsi qu’à Sausheim, Pfastatt et Wittelsheim ! Trois villes de la périphérie tristement connues pour être particulièrement sanglantes, mais exclusivement les soirs d’Halloween, en raison de la flopée de chérubins endiablés venus taxer de la guimauve chez les voisins engourdis, les assurant d’un sort à la tronçonneuse en cas de refus réitéré de lâcher le moindre croco-pik ou dragibus !

Vers 16 h 20, la manifestation s’achevait au niveau d’une salle de sport de l’avenue Aristide-Briand. Une trentaine de personnes attardées partageaient encore un verre de l’amitié. Un épilogue paisible pour une journée qui l’avait été aussi, à Mulhouse comme à Colmar, où une centaine-vingtaine de manifestants avaient défilé hors du centre-ville.

Poubelles brûlées, ou l’art préfectoral du bazooka de la proportionnalité

L’interdiction de manifester n’a pas été décrétée à Mulhouse à la va-vite, dans un communiqué de quatre lignes : elle occupe à elle seule un numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin, publié le 29 octobre, doublé d’un second le lendemain !

L’arrêté mulhousien interdit la « présence et la circulation des personnes participant à des cortèges, défilés et rassemblements non déclarés » de 6 heures à 18 heures dans un périmètre central qui engloutit la place de la République, l’avenue Clemenceau, le boulevard Kennedy, la porte Jeune et la porte de Bâle ; puis, de 18 heures à minuit, dans un périmètre élargi aux boulevards des Alliés et du Président Roosevelt, aux rues des Bonnes Gens et du Capitaine Alfred Dreyfus, aux avenues du Général Leclerc et de Colmar.

Partout ailleurs dans la commune, de 6 heures à 23 h 59, il est interdit de porter ou de transporter des « équipements de protection » comme des « équipements de dissimulation du visage ».

Les organisateurs encourent six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende ; les participants, une contravention de quatrième classe. La liberté de manifester subsiste donc intégralement… pourvu qu’elle s’exerce hors de la ville, sur un itinéraire unique, de jour comme de nuit.

Le détail le plus savoureux figure dans les considérants. L’arrêté cite lui-même la loi de 2010, qui interdit de dissimuler son visage dans l’espace public… « sauf si la tenue s’inscrit dans le cadre de fêtes », et tranche, « nonobstant ces dispositions » : le samedi 31 octobre, date à laquelle la moitié des enfants du département arpent les rues déguisés en sorcières et en squelettes, le déguisement devient une affaire de police.

Halloween, seule fête expressément dispensée du port du masque par la loi, en est privée par arrêté préfectoral. On ne sait si l’on doit admirer l’inventivité juridique ou le panache bureaucratique.

La justification, ensuite, est un morceau d’arithmétique. Depuis le « début des manifestations lycéennes, le 29 septembre », la préfecture comptabilise 118 « faits de dégradations », « des feux de poubelles, des dégradations de véhicule, des dégradations de bien public, des dégradations de voies de tramways… », 131 interpellations, 92 gardes à vue, 24 agents blessés et 132 tirs de mortiers.

La même balance recense, pour les seuls réveillons d’Halloween 2024 et 2025 à Mulhouse, cinq puis dix feux de poubelles, deux puis trois voitures incendiées ou « prises à partie ».

Quinze poubelles carbonisées en deux ans : voilà l’étaiement statistique d’un état d’exception départemental. Le style, lui, est un régal de précision juridique : le 17 octobre, la manifestation de 1 000 personnes « dégénérait à l’aune de la prise de parole d’un contestataire ». En clair, un discours a suffi à caractériser le délit.

Et le 24 octobre, le péché capital des manifestants, pourtant déclarés et statiques, fut d’avoir « souhaité déambuler » dans le centre-ville, désir de marche qui « révèle leur imprévisibilité et leur potentielle violence ». On aura rarement vu l’intention de marcher érigée en indicateur de dangerosité.

Les faits du 17 octobre, tels que les décrit la préfecture : neuf commerces « dégradés et pillés », quatre policiers blessés, furent réels et graves ; il n’est pas question de les gommer. C’est l’étendue de la réponse qui fait question, non l’existence des troubles.

Colmar a droit au même régime, de 11 heures à minuit, avec son propre dédale de rues interdites. Le considérant le plus remarquable concerne la manifestation déclarée pour le 31, qui prévoyait de passer « devant le tribunal judiciaire de Colmar et la mairie » : itinéraire jugé de nature à faire « craindre des menaces importantes sur les bâtiments publics ».

On apprend aussi qu’un feu de poubelle avait été allumé place Rapp « à quelques mètres d’une aire de jeux d’enfants et d’un manège historique » : le manège historique, nouvelle pièce maîtresse du patrimoine régalien.

Mais la préfecture ne s’arrête pas aux deux sous-préfectures. Dès le vendredi 30 octobre, un Cessna 206 de la police nationale devait survoler Mulhouse de midi à 18 heures, « pour s’assurer qu’aucun dispositif visant à agresser ou blesser autrui ne soit installé en amont » : la patrouille anti-guet-apens n’a rien attrapé depuis sa hauteur de vue des Coteaux.

Cessna 206 équipé d’une « tourelle optronique » (caméra omnidirectionnelle) utilisé par la police à Mulhouse, le 31 octobre

Dans la nuit d’Halloween, un drone DJI Matrice 4T de la police nationale et l’hélicoptère EC135 de la gendarmerie balaieront Illzach, Rixheim, Sausheim, Wittelsheim, Lutterbach, Cernay et Guebwiller, de 20 heures à 6 heures. Un « maillage du territoire » conçu pour suivre « les axes de fuites » des individus « susceptibles de se retrouver rapidement en zone gendarmerie ».

Pièces justificatives produites à l’appui : l’an dernier, un feu de poubelle à Lutterbach, un autre à Volgelsheim, une voiture incendiée à Illzach, un pare-brise de gendarmerie cassé par des mortiers à Sausheim et, à 22 h 09 précises, des mortiers tirés « en direction du centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach ».

Mulhouse elle-même fait l’objet de trois arrêtés de survol distincts : toute la commune de 17 heures à 4 heures, un immense périmètre de 6 h 30 à 17 heures, pris « vu l’urgence », et le second trouve sa justification dans… « la déclaration de manifestation en soutien au mouvement des lycéens et étudiants et contre la vie chère déposée le 28 octobre ».

Autrement dit : la manifestation déclarée, la seule légale du jour, est elle-même élevée au rang de menace nécessitant une surveillance aérienne.

Dans le même recueil n° 136, ces arrêtés voisinent gentiment avec l’interdiction d’arroser sa pelouse entre 10 heures et 18 heures dans la vallée de la Fecht… Une semaine, donc, où le préfet du Haut-Rhin aura veillé avec un zèle égal à la sécheresse des jardins et à la profusion des drones.

Les quinze poubelles d’Halloweens passés auront coûté au département son centre-ville, ses costumes et, bientôt, son ciel.

Une participation en baisse, une mobilisation qui change de nature

La courbe est nette. Le 17 octobre, environ 20 000 personnes selon la CGT avaient manifesté à Strasbourg, avec des tensions dans le centre. Le 24 octobre, elles étaient 7 000 à 15 000, malgré des interdictions prises localement, notamment à Mulhouse, où un rassemblement statique s’était tenu dans le calme.

Samedi, la police comptait 4 000 personnes au plus fort du cortège strasbourgeois, non déclaré, parti de la place de la Bourse à l’appel notamment des gilets jaunes, et davantage selon des observateurs sur place. Des heurts ont émaillé la fin de journée dans le quartier de l’Esplanade et sur le campus universitaire, avec cinq interpellations et un policier légèrement blessé, avant un retour au calme vers 18 h 30.

En France, les premiers décomptes faisaient état de 320 000 à 500 000 personnes pour quelque 350 actions recensées, la plupart déplacées loin des hyper-centres. Et le mouvement ne s’arrête pas aux frontières : outre-Rhin, la « génération Z » a mobilisé plusieurs milliers de personnes à Fribourg, Mannheim, Karlsruhe et Stuttgart, dans une vague de contestation qui traverse une bonne part de l’Europe.

À Mulhouse, la baisse des effectifs ne doit pas masquer l’essentiel : ce troisième acte marquait la convergence de deux dynamiques nées séparément : la colère lycéenne et étudiante des premières semaines d’octobre, et la mobilisation contre la vie chère portée par les gilets jaunes et des organisations diverses. C’est cette convergence, précisément, qui a nourri les discours lors du départ.

« Des miettes » : l’éducation au cœur de la colère

Le mouvement lycéen alsacien s’est construit durement depuis le tout début du mois : lacrymogènes et tirs de LBD au lycée Pasteur de Strasbourg le 1er octobre, où des collégiens ont été incommodés ; clés d’étranglement par des policiers en civil non identifiés le 2 ; dispersion violente au lycée Marie Curie ; insultes racistes proférées contre deux lycéens du lycée Bugatti, des faits établis par des témoignages et communiqués lus au micro des cortèges depuis le début du mouvement.

« On est là depuis plus d’un mois, à se mobiliser sur les lycées, sur les facs, dans les manifs. Ce qu’on constate, c’est qu’il y a une crise politique. La réponse du gouvernement, la réponse de la mairie, c’est la répression : annuler le tram pour que les gens ne puissent pas venir jusqu’ici, limiter, bloquer le centre-ville. C’était absurde. Vraiment, quasiment aucune réponse politique ».

Le 6 octobre, pour la première fois de son histoire, trois sites de l’université de Haute-Alsace avaient été bloqués le même matin, et 900 à 1 200 personnes défilaient à Mulhouse.

Le gouvernement a répondu lundi 26 octobre, à l’issue de rencontres à Matignon avec les organisations lycéennes et étudiantes : une « évolution forte » de Parcoursup dès 2027 et son remplacement annoncé en 2028, 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur, un plan de rénovation des lycées et universités de 5 milliards d’euros, essentiellement sous forme de prêts à taux réduit aux collectivités, l’indexation des bourses à l’inflation et un plafonnement des classes de seconde à 28 élèves. Des annonces considérées comme « des miettes » par les organisations de jeunesse, qui ont appelé à poursuivre la mobilisation le 31 octobre puis le 5 novembre.

Au micro, au départ du cortège mulhousien, un porte-parole du CSTE a détaillé le décalage : « Ce qu’on voulait, nous, c’était 200 000, 250 000 places dans l’enseignement, en plus dans l’enseignement supérieur, et la suppression de Parcoursup. Ce qu’ils nous ont dit, c’est 15 000 places, « ça ira peut-être ». C’est ridicule ».

Et de dresser le constat d’un blocage plus profond : « On est là depuis plus d’un mois, à se mobiliser sur les lycées, sur les facs, dans les manifs. Ce qu’on constate, c’est qu’il y a une crise politique. La réponse du gouvernement, la réponse de la mairie, c’est la répression : annuler le tram pour que les gens ne puissent pas venir jusqu’ici, limiter, bloquer le centre-ville. C’était absurde. Vraiment, quasiment aucune réponse politique ».

Le refrain, repris en chœur par les orateurs successifs, résume l’état d’esprit : « On ne peut pas s’arrêter là. Ce qu’ils nous promettent, c’est de la merde ».

Porte Jeune, la blessure qui traverse le cortège

Françoise Ruch, figure local du mouvement social, déclare : « Je voulais féliciter la jeunesse qui réveille la France et le monde. La jeunesse qui demande la justice sociale, qui se bat contre le racisme. Le gouvernement répond à ce mouvement par la répression, la matraque, les tirs : une violence organisée et encouragée par le ministre de l’Intérieur. Ils tentent d’interdire les manifestations dans les centres-villes ».

Elle a ensuite évoqué un événement qui hante les cortèges mulhousiens depuis plusieurs semaines : « À Mulhouse, une jeune fille a sûrement perdu l’usage d’un œil, touchée par un tir policier alors que la situation était calme porte Jeune, vers 17 heures, d’après son avocat. Et même si la situation n’avait pas été calme, on ne tire pas sur les enfants ».

Le débat sur l’usage de la force traversait d’ailleurs tout le cortège, porté jusque par ceux-là mêmes que la contestation vise parfois. Une mère, fonctionnaire, venue « accompagner son fils », a tenu à nuancer : « Les forces de l’ordre, ce sont des fonctionnaires comme moi. Ils sont en sous-effectif, surarmés, et la réponse qu’ils apportent n’est pas la bonne. Quand on scande contre la police, ça n’aide pas. Ce n’est pas votre combat. Votre combat, c’est des moyens pour vous ». Et d’ajouter, visant plus haut : « Il y a le gouvernement qui donne les ordres ».

Une professeure d’un collège mulhousien classé en éducation prioritaire a, elle, confié la raison de sa présence depuis le premier samedi : « J’ai des élèves qui étaient avec moi il y a deux ans et qui sont maintenant au lycée. Quand je les avais au collège, ils étaient hyper joyeux. En deux ans, le lycée leur a fait quelque chose de compliqué, parce qu’ils n’ont plus les moyens nécessaires. Ça me brise le cœur. Ce sont des élèves adorables, qui ont plein de choses à dire et qui méritaient d’avoir plus d’éducation, plus de moyens. Je continuerai à manifester pour eux, car c’est important ».

Dans le cortège, une minute de silence a été respectée en hommage aux victimes de l’attentat raciste de Trappes et de La Verrière, qui a fait un mort le 23 octobre. Un écho douloureux à cette « jeunesse qui se bat contre le racisme » célébrée au micro.

« Ne nous laissez pas seuls, ne nous regardez pas, rejoignez-nous »

Le fil rouge des discours mulhousiens tenait en une phrase : faire le pont avec le monde du travail. Un orateur l’a résumé en évoquant les actions à venir : les jeunes de la HEAR, l’école d’art de Mulhouse, ont fabriqué des tracts qui seront distribués en gare et chez Peugeot ; à Strasbourg, le tractage a déjà eu lieu au Port du Rhin et à Bischheim, au technicentre des cheminots. « C’est la jeunesse qui vient interpeller directement les ouvriers, en leur disant : « Ne nous laissez pas seuls, ne nous regardez pas, rejoignez-nous » ».

Le terreau local s’y prête. À Mulhouse, l’usine Stellantis a mis des ouvriers au chômage technique, dénonçait un autre orateur : « Le chômage est payé par France Travail, pas par Stellantis, c’est payé par nos impôts. Cela entraîne une baisse de salaire de 200 à 250 euros par mois. Et les intérimaires, eux, ne touchent rien ».

Le même discours brossait le décor économique choisi par l’oratrice : la France, deuxième pays au monde derrière les États-Unis pour l’importance des dividendes versés aux actionnaires, et 270 milliards d’euros annuels d’exonérations et d’aides au patronat, a-t-elle affirmé, avant de conclure : « La jeunesse a réveillé les parents, les travailleurs, les chômeurs, les retraités. Nous, les anciens, profitons de la brèche qu’a ouverte la jeunesse ».

Mais ce pont se construit aussi contre des résistances internes. Un militant a raconté sa perplexité après la réunion de l’intersyndicale du Haut-Rhin, tenue en début de semaine pour fixer le parcours de la manifestation du 5 novembre : « Ils ont mis tous les syndicats devant et la jeunesse, qui est pourtant à la pointe du mouvement, tout au fond du cortège, sous prétexte que leurs slogans pourraient déranger. C’est honteux. C’est la jeunesse qui nous a montré la voie, c’est elle qui nous a montré un niveau de radicalité dont on avait vachement besoin » [2]. Un désaccord qui en dit long sur les tensions à venir, à l’intérieur même du camp social.

Rendez-vous place de la Bourse, jeudi à 14 heures

Car la vraie échéance se rapproche. Un mot d’ordre de grève générale a été lancé par les syndicats pour jeudi 5 novembre, une journée de grève et de manifestations préparée par l’intersyndicale nationale après les journées des 17 et 24 octobre et la grève des services publics de la fin septembre. « Le 5 novembre, nous serons des millions à exiger une autre société », a lancé l’oratrice au départ du cortège.

À Mulhouse, les appels convergent : rendez-vous jeudi à 14 heures, place de la Bourse, ont annoncé à la fois le syndicat étudiant et les orateurs du cortège. Le mot de la fin était déjà écrit au micro depuis deux heures : « On ne peut pas s’arrêter là ».