M. Richert démissionne de son poste de président de la Région Grand Est… Ils ne sont pas nombreux ceux qui vont le regretter en Alsace ! Archétype de l’élu alsacien d’après-guerre qui disent en Alsace ce que les Alsaciens veulent entendre et qui votent, à Paris, comme la République le leur demande, M. Richert est la victime de sa duplicité. Apparemment farouche opposant à la liquidation de l’Alsace dans le Grand Est, il a trahi ses premiers engagements… contre la promesse du poste de président… suivi par tous ses affidés, M. Rottner en tête… Des places étaient à prendre, alors fi des espoirs des Alsaciens. 

Mais cette démis­sion ne règle pour­tant rien au fond du pro­blème : com­ment l’Alsace peut-elle recou­vrer la maî­trise de son des­tin en sor­tant de cette hyper-région sans queue ni tête…

Platz­la­ja­ger…

C’est ain­si que les Alsa­ciens nomment ces femmes et hommes poli­tiques dont la seule ambi­tion est d’occuper des fonc­tions assou­vis­sant leur plus ou moins grande ambi­tion. « Chas­seurs de postes » : est-ce cela l’avenir indé­pas­sable de l’engagement politique ?

Ici, on veut croire que non ! Et un bon exemple est la lutte pour redon­ner à l’Alsace une ins­tance repré­sen­ta­tive et déci­sion­naire pour entre­voir son ave­nir. Il ne s’agit évi­dem­ment pas d’une reven­di­ca­tion  « régio­na­lo-auto­no­miste » comme le jaco­bi­nisme aime (mal)traiter tous ceux qui ne pensent pas « cen­tra­li­sa­tion » ! Il s’agit bien d’une ques­tion démo­cra­tique : nous sommes à l’ère d’exigence citoyenne non seule­ment de pou­voir dire son mot mais d’être entendu !

L’éloignement des centres de déci­sions, la pré­émi­nence de la tech­no­cra­tie sur les poli­tiques, mal­mène la démo­cra­tie. Les pertes de pou­voir de déci­sion des com­munes, des inter­com­mu­na­li­tés, de toutes les col­lec­ti­vi­tés locales font naître dans la popu­la­tion le sen­ti­ment de ne plus peser sur les déci­sions prises en son nom. Le vrai visage d’Emmanuel Macron appa­raît, entre autres à tra­vers le bud­get : toutes les struc­tures décen­tra­li­sées perdent des moyens alors que s’élargissent leurs domaines d’intervention. Voi­là pour le fond. Le pré­sident de la Répu­blique ne dis­cute pas, il ordonne ! Voi­là pour la forme.

La fin de la Confé­rence des Territoires

Devant le mécon­ten­te­ment engen­dré dans la popu­la­tion fran­çaise par une réforme ter­ri­to­riale non dis­cu­tée, impo­sée par le fait du prince ély­séen, Emma­nuel Macron a cru bon de créer, il y a deux mois,  une « Confé­rence des Ter­ri­toires » ras­sem­blant les col­lec­ti­vi­tés locales et leurs asso­cia­tions. Lors de son lan­ce­ment, le pré­sident de la Répu­blique assu­ra : « il n’y aura pas de baisse des dota­tions aux col­lec­ti­vi­tés locales en 2018. Le chef de l’État a évo­qué un contrat de confiance pas­sé avec les élus locaux. Il s’engage à ne pas dimi­nuer les dota­tions aux col­lec­ti­vi­tés en échange d’efforts pour faire des « éco­no­mies intel­li­gentes » (…) » C’était le 17 juillet 2017.

Lors de la der­nière confé­rence natio­nale des Ter­ri­toires, le 28 sep­tembre, toutes les Régions quittent cette ins­tance pour pro­tes­ter contre la sup­pres­sion de 450 mil­lions de dota­tions… Les pro­messes n’en­gagent que ceux qui veulent bien y croire…

Appa­raît ain­si clai­re­ment que la réforme ter­ri­to­riale n’a pas accou­ché d’une décen­tra­li­sa­tion mais au contraire d’un ren­for­ce­ment de la main­mise de l’Etat cen­tral sur les col­lec­ti­vi­tés locales. C’est pour­quoi la reven­di­ca­tion d’une nou­velle orga­ni­sa­tion ter­ri­to­riale doit être impo­sée. Car la fai­blesse de la posi­tion des Régions c’est qu’elles quittent la Confé­rence sans pour autant pro­po­ser une alternative.

Une majo­ri­té pour modi­fier la réforme territoriale ?

Le  sep­tembre der­nier, pas moins de 15 élus alsa­ciens de tous bords se sont suc­cé­dé toute la jour­née à Séles­tat, où l’I­ni­tia­tive citoyenne alsa­cienne (ICA) orga­ni­sait un débat sur « l’a­ve­nir ins­ti­tu­tion­nel de l’Al­sace ». Avec quelques nuances, tous se sont expri­més pour que l’Alsace recouvre une cer­taine « sou­ve­rai­ne­té » pour s’administrer. Voi­ci quelques échan­tillons dans laquelle on a par­fois du mal à dis­cer­ner la sin­cé­ri­té de la duplicité…

Patri­cia Schil­lin­ger, séna­trice (LREM) du Haut-Rhin: « Reve­nir en arrière, découdre ce qui a été fait va être très dif­fi­cile ». Comme la salle gronde devant cet aveu (à mon sens sin­cère car il reflète ce qu’assène E. Macron, d’autres Répu­bli­cains mar­cheurs veulent redo­rer leur bla­son devant une assis­tance visi­ble­ment acquise à la sor­tie du Grand Est.

Vincent Thié­baut, dépu­té LREM, explique qu’il parle au nom des dépu­tés LREM et MoDem du Bas-Rhin. « Nous, les dépu­tés En marche, sou­hai­tons clai­re­ment un retour à une Alsace institutionnelle ».

Bru­no Fuchs, lui aus­si dépu­té LREM mais du Haut-Rhin, plaide pour un « déta­che­ment en 2021 de la région Grand Est », mais cela ne sera pos­sible, dit-il, « que si nous avons convain­cu que cela crée­ra de la valeur pour la région, pour la com­mu­nau­té natio­nale, pour l’Europe ».

Le ton devient moins nébu­leux avec Daniel Hoef­fel,  ancien ministre et pré­sident du conseil géné­ral du Bas qui invite à « reve­nir à une région Alsace » qui puisse coopé­rer avec les régions fran­çaises et étran­gères qui l’entourent.

La toute nou­velle pré­si­dente du conseil dépar­te­men­tal du Haut-Rhin, Bri­gitte Klin­kert dit sa « colère de voir dis­pa­raître l’Al­sace des livres sco­laires, des cartes de Frances, et de décou­vrir des tartes flam­bées estam­pillées Grand Est »! Elle dénonce « l’en­semble dés­in­car­né et désen­chan­té [du Grand Est] qui est un véri­table obs­tacle à l’an­crage rhé­nan de l’Alsace ».

Les décla­ra­tions d’autres élus ten­taient le mariage du carpe et du lapin en étant tout à fait contre le Grand Est et inver­se­ment… Sauf Jean-Georges Trouillet, Unser Land, qui rap­pe­lait que selon un son­dage Sofres, 84% des Alsa­ciens étaient pour la sor­tie de l’Alsace du Grand-Est.

Avec le recul, cette confé­rence, utile, fait sur­tout craindre que les Alsa­ciens ne pour­ront pas comp­ter sur leurs élus pour modi­fier pro­fon­dé­ment la réforme territoriale.

D’ailleurs Phi­lippe Richert a immé­dia­te­ment sif­flé la fin de la par­tie : lors de son dis­cours annon­çant sa démis­sion le 30 sep­tembre, il a écar­té de la main toute pos­si­bi­li­té de sépa­ra­tion de l’Alsace de la nou­velle région. Voi­là le bilan de celui qui a sou­te­nu une mani­fes­ta­tion à Stras­bourg, le 11 octobre 2014, se féli­ci­tant de voir 10.000 per­sonnes s’opposer à la dis­pa­ri­tion de l’Alsace.

Et celui qui aujourd’hui vou­drait bien bri­guer la suc­ces­sion de M. Richert, le maire de Mul­house Jean Rott­ner avant, quant à lui, lan­cé une péti­tion recueillant 55.000 signa­tures contre la créa­tion de la méga-région… qu’il vou­drait bien pré­si­der aujourd’hui…

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La socié­té civile et le referendum

Visi­ble­ment échau­dés par les dis­cours à géo­mé­trie variable des élus, 100 per­son­na­li­tés alsa­ciennes ont signé un appel que vous pou­vez lire en sui­vant ce lien :

https://perspectivesalsaciennes.com/2017/09/29/appel-des-100/

Le texte appelle les res­pon­sables poli­tiques « à s’engager pour la créa­tion d’une Région Alsace pour­vue des com­pé­tences dépar­te­men­tales et régio­nales ». Cette « col­lec­ti­vi­té à sta­tut par­ti­cu­lier » devrait aus­si, écrivent-ils, être dotée de com­pé­tences com­plé­men­taires trans­fé­rées par l’État.

Sou­vent l’exemple de la Corse ou des Antilles a été avan­cé pour démon­trer que cette créa­tion était tout à fait pos­sible dans le cadre de la consti­tu­tion fran­çaise. Mais pour l’heure, cet appel a mal­heu­reu­se­ment peu de chance d’être enten­du s’il n’est pas sou­te­nu par les citoyens alsaciens.

M. Eric Strau­mann, dépu­té LR, a lan­cé une idée loin d’être sau­gre­nue… si elle est sin­cère et si son auteur est prêt à s’engager à la faire abou­tir. Lors d’un débat sur l’a­ve­nir ins­ti­tu­tion­nel de l’Al­sace, sur France 3 Alsace, Eric Strau­mann a consi­dé­ré que si aucune solu­tion poli­tique n’in­ter­vient d’i­ci la fin de l’an­née sur le sujet, « il fau­dra en appe­ler au peuple alsa­cien ». Et d’in­vi­ter les dépar­te­ments du Bas Rhin et du Haut Rhin,  » à orga­ni­ser un réfé­ren­dum pour deman­der à la popu­la­tion s’il faut sor­tir ou non du Grand Est ».

Il serait inté­res­sant de voir la réac­tion du gou­ver­ne­ment à une ini­tia­tive de ce type. Trai­te­ra-t-il cette demande à l’image de ce que fait le gou­ver­ne­ment espa­gnol à l’égard des Catalans ?

En tout  cas, sans une ini­tia­tive mobi­li­sant l’opinion publique alsa­cienne, en orga­ni­sant un débat large sur la nature et les pré­ro­ga­tives d’une « nou­velle Région Alsace », les élus alsa­ciens se réfu­gie­ront der­rière leur impuis­sance pour que rien ne bouge. Et les Alsa­ciens se seront fait avoir une nou­velle fois…

Michel Mul­ler

Nous publions ici une réaction fort intéressante de Daniel Muringer sur cette question.

Les aspects cultu­rels et iden­ti­taires ne sont pas l’ob­jet du pro­pos (…) qui s’en tient à la seule ques­tion de la démo­cra­tie. Pour ce qui me concerne, ils pèsent évi­dem­ment et for­te­ment dans la néces­si­té de main­te­nir une enti­té ter­ri­to­riale Alsace.

Cette prise en compte a d’ailleurs été celle du com­mu­nisme alsa­cien, qui s’est posi­tion­né avant-guerre sur l’au­to-déter­mi­na­tion de la région (avec y com­pris le sou­tien en ce sens diri­geants natio­naux Duclos et Thorez).

 Font par­tie de cette ques­tion de démo­cra­tie ET de l’his­toire régio­nale les dépar­te­ments : il se trouve que les deux nôtres sont peut-être les seuls en France qui ont une jus­ti­fi­ca­tion his­to­rique, et ce, depuis l’é­poque romaine en pas­sant par les com­tés caro­lin­giens, les Habs­burg ain­si que le fameux et quelque peu mythi­fié – Reichs­land  avec ses trois zones administratives.

 Il m’est impos­sible de par­ti­ci­per à un mou­ve­ment où l’on revient à la charge avec le gad­get « Conseil unique », que, comble de para­doxe, a appe­lé de ses vœux le gou­ver­ne­ment auquel s’op­pose le mou­ve­ment de contes­ta­tion de l’AL­LOC (Alsace-Lorr-Champ) et qui consti­tue en soi un recul de démo­cra­tie locale : au nom de cette même démo­cra­tie locale, il est anti­no­mique de s’op­po­ser à la Grande Région et dans le même temps vou­loir la sup­pres­sion des départements.

 Pour mémoire, la Corse est bien plus avan­cée que nous sur les ter­rains qui nous pré­oc­cupent et le fait d’a­voir deux dépar­te­ments n’y sus­cite pas d’é­tats d’âme ! 

 Ensuite, je suis très inquiet au sujet de l’ab­sence de pré­oc­cu­pa­tions for­mu­lées par le mou­ve­ment concer­nant l’a­ve­nir du régime Alsace-Moselle de sécu­ri­té sociale qui pour­rait bien pas­ser à la trappe avec la réforme en cours et la sup­pres­sion des dépar­te­ments, dont les trois concer­nés ; cela fait aus­si par­tie du patri­moine his­to­rique autant que du pro­grès social. Ce silence serait-il du à la pré­sence de plu­sieurs porte-paroles du MEDEF dans les col­loques ad hoc qui ont eu lieu récem­ment ? Comble de para­doxe, il n’est pas exclu que ce soit une région dotée de plus de pou­voirs, mais si peu en lien avec les pré­oc­cu­pa­tions sociales, qui jette le « Bub­ba­la » par-des­sus bord.

Heu­reu­se­ment que la CGT régio­nale a l’œil ouvert et défend le morceau.

Daniel MURINGER

 

 

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