« Le bois est à eux, mais la forêt est à nous »

Vous pou­vez retrou­ver l’en­semble de nos pré­cé­dents articles rela­tifs au mas­sif du Spri­ckels­berg, en date du: 18 octobre 2018, 3 novembre 2019, 29 jan­vier 2019 et 1er juin 2019

Les tra­vaux de réa­li­sa­tion du réseau de des­serte fores­tière entre Dol­le­ren et Kirch­berg ont donc com­men­cé, conduits sous la res­pon­sa­bi­li­té de l’association syn­di­cale auto­ri­sée (A.S.A) créée par déci­sion pré­fec­to­rale dans ce but, et ce « sous réserve du res­pect des pres­crip­tions » défi­nies par l’arrêté pré­fec­to­ral du 5 novembre 2018. 

La Cosyl­val, coopé­ra­tive des syl­vi­cul­teurs d’Alsace, assure la maî­trise d’œuvre générale.

Les 293 hec­tares du mas­sif devraient ain­si être livrés à une exploi­ta­tion indus­trielle inten­sive dans les 20/30 années à venir puisque les plan­ta­tions sont arri­vées « à matu­ri­té »…. à renou­ve­ler lorsque les plan­ta­tions futures de rem­pla­ce­ment seront arri­vées à leur tour  maturité.

Les consé­quences en seraient consi­dé­rables : risques directs pour l’environnement induits par ces tra­vaux pro­gram­més sur deux ans, plan­ta­tion pro­bables d’arbres mono essence en ran­gées « mili­taires », risques d’utilisation sys­té­ma­tique de pro­duits phy­to­sa­ni­taires divers, cer­ti­tude de mul­ti­pli­ca­tion de coupes rases défi­gu­rant les pay­sages, dégâts impor­tants pour la bio­di­ver­si­té locale poin­tés par l’étude d’impact…. mais plus grands pro­fits pour quelques scie­ries indus­trielles (et d’abord de la S.I.AT)… avec l’aval d’élus dont la mécon­nais­sance des enjeux réels de ce dos­sier ne peut qu’inquiéter les habi­tants des vil­lages concer­nés et au-delà..

Peu importent donc les consé­quences sur la faune, la flore, l’économie locale de moyenne mon­tagne liée à ces pay­sages pré­ser­vés deve­nus rares en Alsace, le rôle de châ­teau d’eau du mas­sif, tous élé­ments rap­pe­lés dans l’étude d’impact préa­lable impo­sée par l’administration compte tenu de la qua­li­té de ce mas­sif boi­sé situé dans le Parc natu­rel vos­gien et qui tan­gente une zone clas­sée Natu­ra 2000.

Peu importent les cir­cu­la­tions de camions gru­miers de 47 tonnes en charge sur des routes non adap­tées, au cœur des vil­lages, sur des ponts, dont 4 ponts com­mu­naux dont on espère que sera véri­fiée la capa­ci­té à sup­por­ter ces contraintes impor­tantes ! Après tout ces camions ne feront que s’ajouter à ceux qui encombrent déjà la seule route du fond de val­lée, compte tenu des des­sertes fores­tières déjà crées.

Et peu importent les risques pour les per­sonnes dans la tra­ver­sée des vil­lages ! (voire aux habi­ta­tions comme on l’a déjà consta­té à Kirchberg).

Si la des­serte fores­tière du Spri­ckels­berg ne sera après tout que la der­nière d’une série (12 à notre connais­sance) déjà réa­li­sée dans les val­lées de Thann et de la Dol­ler elle pour­rait bien deve­nir la pre­mière à sym­bo­li­ser un rejet des habi­tant devant tant d’aberrations envi­ron­ne­men­tales et économiques. 

Mais le mépris oppo­sé aux demandes de concer­ta­tions expri­mées depuis plu­sieurs mois par le  Col­lec­tif de défense du Spri­ckels­berg auprès de l’ASA (sur les rythmes de coupes, les tra­cés de voies fores­tières, le ton­nage des camions, les essences pré­vues de rem­pla­ce­ment, des plans de ges­tion durable de la res­source…), comme le silence des  admi­nis­tra­tions concer­nées, le silence (assour­dis­sant) d’élus obnu­bi­lés par les quelques pro­fits rapides espé­rés liés à ce type d’exploitation de la forêt, pour­rait devoir ces­ser : les temps changent et la sen­si­bi­li­sa­tion géné­rale à ces ques­tions est réelle.

L’expression dans les réseaux sociaux, les médias locaux, en réunions publiques, l’inscription du dos­sier Spri­ckels­berg au pal­ma­rès natio­nal des luttes contre les « Grands Pro­jets inutiles » éta­bli par le quo­ti­dien éco­lo­giste « Repor­terre » (1) l’inscription à l’a­gen­da d’actions de com­mu­ni­ca­tion lors des pro­chaines élec­tions muni­ci­pales pour exi­ger des can­di­dats des prises de posi­tion claires sur ces ques­tions envi­ron­ne­men­tales locales témoignent d’un inté­rêt grandissant.

Les tra­vaux sont com­men­cés mais l’ac­tion du col­lec­tif s’amplifie, encou­ra­gée par le mépris mani­fes­té par les ama­teurs de forêts usines à cel­lu­lose, qui ont même déci­dé de s’affranchir de règles a mini­ma prises par l’autorité pré­fec­to­rale ! (cf. ci-après les « Petites nou­velles du front »)

Mais le rejet de ce pro­jet de des­serte fores­tière ren­voie à des enjeux plus glo­baux et fondamentaux : 

Por­tée par la vague des éner­gies renou­ve­lables la réa­li­sa­tion des res­sources en bois conduit désor­mais trop sou­vent à ces aber­ra­tions que sont les grandes des­sertes forestières.

Depuis 2009 et le dis­cours de Nico­las Sar­ko­zy à la scie­rie SIAT – Braun à Urmatt, il ne s’agit plus que de « sor­tir du bois » et d’alimenter la filière indus­trielle… c’est-à-dire d’imposer par le biais de struc­tures agréées par l’autorité publique des regrou­pe­ments de petits pro­prié­taires pri­vés pour réa­li­ser d’énormes che­mins fores­tiers (de 6 à 12 mètres de large) pour lais­ser pas­ser les camions gru­miers en forêt (47 tonnes en charge) et les grandes abat­teuses  qui coupent et « épluchent » les arbres en quelques minutes (celle qui a tra­vaillé au des­sus de Kirch­berg venait tout exprès d’un pays nor­dique pour réa­li­ser une coupe rase (non régle­men­taire de surcroît…au fait où en est ‑on du pro­cès ver­bal dres­sé par l’O.N.F ?).

Le tas­se­ment et la sté­ri­li­sa­tion pro­bable des sols, les dégâts sur la faune et la flore, les pro­ba­bi­li­tés de plan­ta­tions de rési­neux en mono essence et donc les risques accrus d’apparition de mala­dies des arbres (les forêts de la val­lée de la Dol­ler sont déjà par­mi les plus tou­chées d’Alsace et le rou­gis­se­ment des arbres annonce leur mort pro­gram­mée), les forêts pri­vées « défi­gu­rées » (Marie Mar­ty), l’emploi sys­té­ma­tique de phy­to­sa­ni­taires divers comme dans le Mor­van où l’eau natu­relle s’avère sou­vent impropre à la consom­ma­tion, l’oubli volon­taire de méthodes de ges­tion alter­na­tive et durable de la forêt… autant de para­mètres qui ne troublent pas les indus­triels fores­tiers, trop pres­sés de démar­rer les tra­vaux pour béné­fi­cier des sub­ven­tions euro­péennes qui les financent à près de 80 %.

Sur-méca­ni­sa­tion, inten­si­fi­ca­tion et stan­dar­di­sa­tion des coupes fores­tières, finan­ce­ment euro­péen des tra­vaux de des­sertes comme au Spri­ckels­berg, rachat sys­té­ma­tique des par­celles par les scie­ries indus­trielles à des petits pro­prié­taires peu concer­nés par les enjeux (120 ayant envi­ron un hec­tare boi­sé dans le Spri­ckels­berg contre 4 ou 5 finan­ciers du bois qui ont pris le contrôle de l’A.S.A), cela ne vous rap­pelle-t-il rien?

C’est tout sim­ple­ment le sché­ma qu’a connu l’agriculture, dans le cadre d’une poli­tique publique d’encouragement au remem­bre­ment per­met­tant une exploi­ta­tion de type indus­triel… et son cor­tège d’excès et de dérives dans l’utilisation de la chi­mie, au secours de terres appau­vries par la surexploitation. 

Et l’Office Natio­nal des Forêts ?

Aux abon­nés absents dans ce dos­sier, sauf pour les 40 hec­tares de la forêt com­mu­nale de Dol­le­ren où l’ONF a qua­li­té pour gérer la forêt, et où la situa­tion pour­rait s’avérer « moins pire » que dans le reste du mas­sif, grâce à quelques mesures de com­pen­sa­tion prises dans l’intérêt de la faune, et à l’engagement récent (entré en vigueur le 14 octobre 2019) de l’ONF de ne plus uti­li­ser d’herbicides, insec­ti­cides et fon­gi­cides pour la ges­tion de l’ensemble des forêts publiques (forêts doma­niales de l’État et forêts communales).

Mena­cée de faillite avec son modèle éco­no­mique défaillant, ayant per­du près du tiers de ses effec­tifs en 15 ans, accu­sée de nom­breux cas de non-res­pect du code fores­tier et d’oubli volon­taire des méthodes de ges­tion durable de la res­source bois, de méthodes bru­tales dans la ges­tion du per­son­nel (rap­pe­lons les mul­tiples cas dénon­cés par les orga­ni­sa­tions de tra­vail par­mi les agents de l’ONF de souf­france au tra­vail, voire de sui­cides suite à la perte de sens de leur tra­vail), aban­don­nant des mis­sions envi­ron­ne­men­tales majeures comme le par­te­na­riat avec la Ligue de pro­tec­tion des oiseaux, des pro­jets de réserve bio inté­grales, des mesures pour la bio­di­ver­si­té et le car­bone, son sta­tut remis en ques­tion par sa propre direc­tion et for­te­ment sou­mise à des contraintes de ren­de­ment finan­cier, on com­prend qu’elle soit d’une uti­li­té très sym­bo­lique dans le dos­sier Sprickelsberg.

Petites nou­velles du front… la lutte conti­nue, mais comment ?

Par constat d’huissier en date du 25 octobre le Col­lec­tif a fait consta­ter le non res­pect fla­grant de condi­tions impo­sées par l’arrêté pré­fec­to­ral pour des tra­vaux enga­gés sur une branche impor­tante de la future desserte :

  • non res­pect des périodes pré­vues par l’étude d’impact et reprises par l’arrêté pré­fec­to­ral pour la réa­li­sa­tion de ce type de tra­vaux pour des consi­dé­ra­tions essen­tiel­le­ment liées aux impé­ra­tifs envi­ron­ne­men­taux (repro­duc­tion d’espèces notamment).
  • non res­pect des dis­tances mini­males pour le tra­cé de la des­serte indi­quée par l’hydrogéologue expert (pour­tant dési­gné par l’A.S.A elle-même, les demandes en jus­tice de contre exper­tise ayant été reje­tées) et reprises par l’arrêté pré­fec­to­ral pour pré­ser­ver de tout risque une source ali­men­tant en eau potable une habi­ta­tion proche et graves per­tur­ba­tions consta­tées par l’huissier: débit d’eau qua­si nul).

Par lettre d’avocat en date du 13 novembre, le col­lec­tif a sai­si la DREAL du Grand Est (ser­vice eau, bio­di­ver­si­té, pay­sages) de ces man­que­ments, aux fins de faire enga­ger une pro­cé­dure à l’encontre de l’A.S.A.

Par ailleurs le conten­tieux d’annulation de l’autorisation pré­fec­to­rale pour la réa­li­sa­tion de ce pro­jet de des­serte suit son cours devant le Tri­bu­nal admi­nis­tra­tif (T.A) de Strasbourg.

Le col­lec­tif lan­ce­ra pro­chai­ne­ment sur les réseaux sociaux un appel à la créa­tion d’un « Fonds par­ti­ci­pa­tif » pour finan­cer les conten­tieux éven­tuels à venir : appel pro­bable de l’une ou l’autre par­tie après le juge­ment à venir du T.A et recours devant le Conseil d’État, si nécessaire.

Sont pour­sui­vis les contacts avec quelques élus euro­péens, dans le cadre d’une réflexion pré­li­mi­naire pour poser la ques­tion des études envi­ron­ne­men­tales non obli­ga­toires dans le cadre du plan de ges­tion fores­tier… alors que l’étude d’impact réa­li­sée dans le cadre de ce pro­jet de des­serte fores­tière démontre ample­ment leur néces­si­té pour une éva­lua­tion fine des dégâts envi­ron­ne­men­taux divers.

Le Col­lec­tif citoyen de défense du Sprickelsberg

Vous êtes invi­tés à rejoindre «les Indiens atta­chés à leur réserve et blo­quant toute évo­lu­tion» (selon la for­mule d’un élu de la Val­lée) sur Face­book: Défense Spri­ckels­berg. (Vous y trou­ve­rez des vidéos et pho­tos des dégâts occa­sion­nés, à voir et par­ta­ger !). Car si le bois est à eux, la forêt est notre bien commun !

Vous pou­vez prendre contact avec le Col­lec­tif de défense du Spri­ckels­berg, en envoyant vos coor­don­nées (nom, télé­phone) par cour­riel.


(1) https://lutteslocales.gogocarto.fr/annuaire#/fiche/Deboisement-de-la-foret-du-Sprickelsberg/4w/@47.75,7.34,6z?cat=all  

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