En dépit d’un semblant de retour à la normale au sortir du confinement, la pression culpabilisatrice et l’infantilisation permanente de la population ne faiblit pas. Bien au contraire.

L’Agence France presse rapportait mercredi qu’interrogée sur les images des Parisiens flânant le lundi 11 mai, premier jour du « déconfinement », le long des bords du canal Saint-Martin (ou devant le Sacré-Cœur), Corinne Krencker, directrice de l’hôpital de Mulhouse a fait part de son « effroi » et se dit « révoltée ».

Ces images « nous heurtent, nous blessent », relève l’administratrice du GHRMSA.

« Ces comportements génèrent une inquiétude. Une deuxième vague n’est pas exclue », a également déclaré le Dr Philippe Guiot, directeur médical du pôle de Médecine intensive de l’hôpital de Mulhouse.

« Mon inquiétude en tant que médecin, c’est de voir ces comportements qui peuvent conduire à une augmentation de malades contaminés, en étant conscient que les équipes soignantes sont quand même dans un état de fatigue très avancé, pour ne pas dire d’épuisement ».

Du côté des politiques, Frédéric Bierry, Président du Conseil Départemental du Bas-Rhin avait sonné le tocsin bien avant la date du déconfinement: il demandait des mesures particulières pour les deux départements alsaciens les plus touchés.

Déconfiner en Alsace est une “pure folie”, disait-il chez nos confrères de France Bleu. “Parce qu’il est inconcevable pour moi de mettre les Alsaciens en danger avec un déconfinement aveugle uniforme où la différence entre zones rouges et vertes est aussi épaisse qu’une feuille de papier à cigarettes.”

Il estimait que l’Alsace n’est simplement pas prête à affronter le déconfinement.

On ne sait pas au juste comment Frédo remplit ses cigarettes pour voir l’avenir immédiat en “rouge”, plutôt qu’en “vert”, mais toujours est-il que Jean Rottner, ancien médecin urgentiste, et président de la région Grand Est, ne fut lui aussi pas en reste : « On ne peut qu’inciter les populations au respect des mesures barrières et à une prise de conscience de la réalité de cette pathologie. Ces images sont aussi terribles que celles que voyions au début du confinement dans les parcs parisiens ou au bord des plages, il faut avoir une attitude citoyenne. Le danger est le même partout ».

Ainsi parlait celui qui conseillait la prise de paracétamol aux lycéens mulhousiens, en février dernier, à l’unisson des messages gouvernementaux.

Abus de pouvoir ou mort ?

C’est un mystère de plus dans la tragédie que traverse la Grande Nation Jacobine à l’occasion de cette crise sanitaire.

Des gens réputés structurés et censés peuvent se laisser aller à condamner le plein exercice de la liberté avec la meilleure conscience du monde, comme s’il était souhaitable que le citoyen prolongeât indéfiniment sa condition d’anesthésié volontaire, prisonnier de sa muraille mentale. Ce qui risque bien de se traduire par d’autres pathologies que nos assignateurs domiciliaires vont voir advenir !

Comme si une alarme de santé publique devait emporter la raison critique dans son ensemble. Le confinement des corps aura-t-il eu raison des esprits, définitivement asséchés après le stress-test sanitaire national constitué par cette épreuve, et l’échec monumental qui en résulte pour la gloriole nationale ?  

C’est que le “sachant” politique ou médical n’aura pas même consenti un début de commencement d’autocritique, après le mouvement général de séquestration autoritaire mis en œuvre indistinctement sur le territoire national pendant 2 mois.

Une manière surtout de taire l’insuffisance étatique à assurer ses véritables missions régaliennes : fournir en moyens de prophylaxie (masques gratuits, comme en Corée du Sud, ou même en Italie !) et en tests virologiques la population, de sorte à discriminer ceux qui doivent être isolés et traités.

Capture d’image du site de la Cour de Cassation renvoyant 3 arrêts relatifs à la loi du 23 mars sur le confinement vers le Conseil constitutionnel pour examen

Pour ce qui relève de l’état de nos libertés fondamentales passées dans l’essoreuse confinatoire, on relève (au travers des questions prioritaires de constitutionnalité -QPC- examinées le 11 mai 2020 par le Conseil constitutionnel, ainsi que les renvois vers le Conseil de la part de la Cour de Cassation), que le pouvoir exécutif aura attenté :

–       Au principe de légalité des délits

–       À la présomption d’innocence

–       Au droit à une défense

–       A la proportionnalité des peines

–       Aux modalités de mise en œuvre du confinement sans voie de recours judiciaire

Excusez du peu. Dans le pays qui aura érigé la liberté en l’une de ses valeurs fondamentales, jusqu’à l’inscrire aux frontons de ses édifices publics.

D’où la question surréaliste, mais néanmoins fondamentale, qui en résulte naturellement : le citoyen est-il libre de disposer de lui-même ?

S’il l’est encore, alors le fait de partager une bière avec un ami sur les quais de tous les canaux de France et de Navarre, est son droit le plus absolu.

Prend-t-il des risques pour lui-même en cette période, alors que la pandémie est manifestement en reflux ? Peut-être. Mais il les accepte consciemment, en se disant que le principe de liberté prévaut sur le jésuitisme morbido-moraliste.  

Sont-ils jeunes et persuadés qu’ils ont moins de chance d’être frappés par la maladie ? Peut-être encore. Mais cela ne fait pas d’eux pour autant des criminels « inconscients », dont le désir serait d’assassiner leurs proches.

Un sinistre haut fonctionnaire aura proféré une bêtise du même acabit : le préfet de police parisien Lallement. Sa désormais célèbre sortie : “Pas besoin d’être sanctionné pour comprendre que ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, qu’on trouve dans les réanimations, sont ceux qui au début du confinement ne l’ont pas respecté. Il y a une corrélation très simple”, rend compte du niveau de bêtise alarmiste.

Au reste, le bilan prévisible du confinement, alors que les équipes médicales du Grand Est et de la région parisienne sont rincées par la fatigue, c’est à peine 4 à 10% des français présentant des anticorps du covid-19 (c’est-à-dire ceux qui ont été en contact avec le virus).

Un chiffre d’autant plus marginal qu’une récente étude sérologique émanant du ministère de la santé espagnol, montre que ce sont, paradoxalement, les « premiers de corvée », travailleurs essentiels qui n’ont jamais cessé leur exercice professionnel, donc les contacts, qui possèdent le moins d’anticorps igG !      

Made in China bien-de-chez-nous  

A cette occasion, l’exécutif aura salué les citoyens, qui du jour au lendemain, se seront illustrés par une docilité inouïe devant le principe du confinement autoritaire, inspiré de l’Italie et l’Espagne, c’est-à-dire une séquestration très étroitement surveillée par les autorités.

Il ne faut cependant pas confondre observance de la population, et obédience, aux regard des injonctions contradictoires et des menées erratiques de la part du pouvoir.

La pratique du rasoir d’Ockham, qui, en science, dispose que l’explication la plus simple est souvent la meilleure, n’est pas vraiment en usage parmi nos bonnes gens gorgées de moraline.

Car il est fort probable que ce consentement à l’isolement aura simplement été le fruit d’une adhésion et d’une empathie réelle pour le travail et l’engagement remarquable des soignants.

Une marque de respect pour leur travail exercé au milieu d’un enfer sanitaire (et soulignée par des applaudissements quotidiens), rendu d’autant plus impossible du fait de choix politiques irresponsables, et de l’inertie gestionnaire de la part des autorités sanitaires et administratives. D’abord et surtout à Mulhouse. 

Cependant, du rappel douloureux de ces plaies politiques, il n’est point question. Mieux vaut se précipiter dans le jésuitisme et les rappels à l’ordre régressifs, qui traduisent une peur vertigineuse à l’idée de laisser la vie renouer avec son cours naturel : le principe d’incertitude.

En revanche, masochisme prescriptif et suffisance scientiste semblent être devenus les mamelles de ce pays.

Le citoyen français étant non-comprenant et irresponsable par nature, il fut sommé de justifier chaque déplacement. Laissant aux forces de l’ordre le soin de dresser à tire-larigot un total cumulé de 1 million de procès-verbaux (en 2 mois de confinement), dont une partie essentielle est le fruit de considération et d’appréciations si arbitraires qu’elles révèlent un abus de pouvoir massif de leur part. 

De l’art subtil de l’enfermement et de ses conséquences sanitaires

Ainsi qu’on l’a vu au début de cet article, l’argument massue dont voudraient se parer les assignateurs domiciliaires, consiste à plaider une nouvelle flambée épidémique, en supposant que le modèle de séquestration autoritaire et infantile serait devenu un incontournable de l’action sanitaire à cet effet.

Plus que les projections de modèles statistiques indiquant que cette auto-incarcération aurait épargné des vies, il s’agirait surtout de s’interroger sur ses modalités, et sur son efficience, ne serait-ce qu’au regard des mesures mises en œuvre par nos voisins.

L’autocritique n’étant pas plus le fort des médecins qu’elle ne l’est auprès du personnel politique français, profitons donc de ce moment de flottement cognitif éventuel chez nos sachant, pour leur montrer que chez les voisins allemands et suisses, chez lesquels on s’adresse à des citoyens responsabilisés et considérés comme des adultes autonomes, on obtient des résultats non seulement comparables au reflux épidémique français, mais encore meilleurs, en termes de nombre de cas et de ratio de létalité.

Voici les courbes épidémiques de trois pays européens autoritaires au 13 mai (respectivement France, Italie, Espagne) :

Voici maintenant les courbes épidémiques de nos deux voisins libéraux, respectivement l’Allemagne et la Suisse (Certains Landër allemands et cantons suisses n’ayant pas confiné du tout), l’Allemagne permettant les rassemblements avec 1 étranger au sein de la famille, c’était 5 personnes étrangères en Suisse, laquelle autorisait également les réunions de famille. Pas de contrôles policiers individuels, hormis en cas de rassemblements. En somme, le bon sens, loin de chez nous…

Conclusion: la réclusion autoritaire et flicarde des pays latins ne démontre en rien un quelconque surcroit d’efficience sanitaire, respectivement aux mesures prises chez les allemands et les suisses. La décroissance du nombre de cas est constante, voire plus manifeste dans les deux pays du nord, que dans les trois pays du sud.

En revanche, elle aura asservi le quotidien de plusieurs dizaines de millions d’habitants, en ce pays.

Pour l’anecdote, voici une vidéo prise à Bâle par un jeune français au mois de mars 2020, durant la variante suisse du “confinement”. Des images (presque) susceptibles de déclencher des syncopes chez nos responsables sanitaires français !

Syndrome médiatique aigu

Saluons également la performance inégalable des médias grand public ayant contribué à alimenter un discours sadiquement anxiogène sur l’évolution pandémique, et sur la menace permanente d’un retour au confinement.

A croire que la narration indéfinie des conséquences de l’épidémie menace d’essouffler leur modèle économique. A commencer par celui des chaines d’informations continues.  

Une toxicité mentale propre à soutenir une psychose délirante et obsessionnelle auprès de n’importe quelle personne saine d’esprit, devant laquelle serait effectué un dénombrement quotidien des morts du cancer, de l’obésité, du tabac, de maladies cardio-vasculaires, etc.

Ainsi, a-t-on également pu voir fleurir des titres de presse d’un himalayesque degré de bêtise anxiogène. Dont certains consistaient à affirmer doctement une simple hypothèse par la négative : « Rien ne prouve qu’une deuxième vague ne surviendra pas ». Juste ciel ! Mais qu’est-ce donc qui prouve qu’elle pourrait survenir ?

Nombre de médias en font d’ailleurs leurs choux gras.  Que ce soit à Singapour, ou même chez notre disciplinée voisine d’Outre-Rhin, « où l’épidémie repart », s’écrie notre meilleur faune journalistique, visiblement placée sous protoxyde d’azote.  

Vérification faite, les contaminations sont circonscrites. Mieux : on y retrouve toujours une alarme sociale associée à un problème sanitaire.

Des travailleurs étrangers, aux prises avec l’exiguïté et la promiscuité de leurs conditions de vie, le caractère confiné des logements, où survivent à plusieurs ces ouvriers venus chercher du travail dans l’agriculture ou la production de viande à bas couts, expliquent quelques flambées épisodiques.

Mais au cas où, la France sera cette fois aux avant-postes ! C’est sûr. Un « reconfinement d’urgence », a d’ailleurs été soigneusement élaboré par l’énarque Jean Casteix. Le pays se passionne indubitablement pour les névroses bureaucratiques. 

Promeneurs du Champ Martien

Pour en revenir aux « promeneurs-buveurs » commettant l’impensable sur les bords du Canal Saint-Martin à Paris, pourquoi ne souligne-t-on pas la sottise qui consiste à interdire l’accès des 3 millions de parisiens à leurs parcs et jardins, ce à quoi s’oppose en vain la maire de Paris contre le ministre Véran ?

Compte tenu la densité urbaine de la ville, il ne s’agit pas même de les autoriser à s’y arrêter ou y pique-niquer, mais simplement à s’y promener !

Conséquence immédiate de la question traitée par le préfet Lallement : on a pu voir arriver les forces de l’ordre, mégaphone en main, policiers en tenue ou civils, brassards orange au bras, invitant tous ces « irresponsables » à se disperser.

Mais au fait, sur la foi de quelle base légale était-on venu leur demander de partir ?

Schmilblick sanitaire  

La prolongation de l’état d’urgence sanitaire implique de nouvelles restrictions (les fameux cent kilomètres à ne pas dépasser), ce qui donnera invariablement lieu à toutes sortes d’interprétations extensives (et abusives) de la part des forces de l’ordre, à l’égal de ce qui se déroula avec la maudite « autorisation dérogatoire de sortie ».

Fomentée par une tripotée d’homoncules ministériels, cette nouvelle restriction qui ne revêt pas plus de preuve médicale ou scientifique de son utilité que l’autre, induira nécessairement des problématiques géophysiques de haut vol, dont seul notre pays a le secret :

  • Vais-je pouvoir franchir une limite départementale sans passeport en règle ?
  • Dois-je décompter 100 km à vol d’oiseau migrateur, de passereau ou de drone ?
  • Si ma Grand-mère peine à Maubeuge, et que ma salle de bain fuit à Orléans, serais-je fondé à attendre mon plombier au niveau de la Gare d’Austerlitz pour rejoindre le premier aéroport ?
  • Est-il constitutionnel de franchir le cap des 100 km en espadrilles ?   

Mécontente de la situation, la préfecture de Police de Paris a pensé utile de faire plus intelligent que nos questions : elle a interdit par arrêté la consommation d’alcool au bord du canal ! La prohibition sociale en plus de la distanciation sociale.

Par ailleurs, dans la journée, quelques manifestants « gilets jaunes » ont tenté de se réunir en dépit des interdictions de rassemblement de plus de 10 personnes, aux abords du ministère de la Santé et sur la place de la République.

Ils ont aussitôt été arrêtés par des forces de l’ordre en grand nombre, dont les décriées brigades motorisées, massivement utilisées dans les manifestations de l’année dernière.

En Allemagne (à Berlin et ailleurs) et en Suisse (à Bâle notamment), les citoyens ont manifesté paisiblement à de multiples reprises contre le confinement, pourtant bien plus libéral qu’ici.

En France, le caractère disproportionné entre le danger réel lié au regroupement et le déploiement de moyens répressifs pour y mettre fin, révèle, s’il le fallait encore, la fuite en avant répressive de ce gouvernement. 

Au motif de sécurité sanitaire, comme jadis des menées terroristes, nos dirigeants n’ont que faire des libertés fondamentales, d’autant plus quand elles sont aggravées de considérations sociales.

Mieux vaudra donc taire les incidents qui ont pu émailler la période de confinement dans certains quartiers de Seine-Saint-Denis, lesquels concentrent de monstrueux cocktails inégalitaires (décès en forte hausse, manque cruel d’équipements sanitaires, surpopulation dans de nombreux logements), cela en dépit des dénégations du ministre de l’Intérieur. 

Acharnement post-démocratique

La « crainte du relâchement » ne peut servir de prétexte à des dérives liberticides. De même qu’elle ne saurait justifier des législations d’exception, prises en dehors de tout contrôle démocratique et judiciaire.

Il appartient aux responsables politiques et scientifiques de tenir des propos mesurés et pondérés, et non de s‘ériger en père-la-vertu ou mère-la-morale, voués à l’assujettissement normatif, quand bien même il est possible d’entendre leurs craintes ou réserves.

Ce qui ne doit pas être relâché, assurément, c’est la vigilance citoyenne quant à laisser s’éterniser une situation politique aberrante, qui doit rester aussi exceptionnellement courte que très encadrée.

La Cinquième République permet à un exécutif de traiter le législatif comme un simple appendice à son service, en plus de désarmer le pouvoir judiciaire, comme on l’a vu pendant cette période. Le signe premier d’une gravissime pathologie dans l’organisation politique et sociale française.

Dans le « monde d’après », s’il survenait un jour, il y aurait lieu de prendre d’urgentes mesures de protection de nos biens communs, en même temps que de cesser l’acharnement thérapeutique du présidentialisme induit par une constitution démocratiquement mortifère, qui dénature nos libertés et notre capacité à vivre en citoyens doués de raison.  

Un régime qui rend déjà possible, au prétexte du droit à la santé, une techno-science à visée totalitaire, à base de contrôle comportemental par drones (en vigueur dans plusieurs villes métropolitaines), ou demain, un modèle de société fondé sur la notation sociale et le pistage électronique…

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