Ainsi que nous le pensions, la cellule investigation de Radio France a en quelque sorte « rendu public » le rapport d’audit commandité par M2A (Mulhouse Alsace Agglomération) sur la situation financière et budgétaire du club de natation mulhousien, en publiant un dernier article sur le sujet.

Ce rapport a été remis par le cabinet Ernst & Young à l’exécutif de M2A il y a de cela quelques semaines. Un message électronique de Daniel Bux, chargé des sports à M2A, informe les élus de la réception de l’audit le mercredi 19 mai 2021.

Le service communication de M2A savait-il que le rapport circulait, et que sa divulgation n’était qu’une question de jours ? Il y a lieu de penser que non, sauf à nous prendre ouvertement pour des girolles, en nous répondant (le jour même de sa diffusion par Radio France), et alors que nous sollicitions depuis plusieurs jours une copie du document, que :

« Après consultation de notre direction des affaires juridiques, nous ne pouvons à ce stade répondre favorablement à votre demande.

 Le rapport rédigé par le cabinet de consultants constitue en effet un document préparatoire à une décision de l’agglomération sur les modalités de gestion du Centre d’entraînement et de formation à la natation de haut niveau.

Or, en application de l’article L 311-2 du code des relations entre le public et l’administration : « le droit à communication ne concerne pas les documents préparatoires à une décision administrative tant qu’elle est en cours d’élaboration. ».

Les élus n’ayant pas encore statué sur les orientations à prendre quant à ladite gestion du Centre d’entraînement et de formation à la natation de haut niveau, nous ne pouvons transmettre l’audit à ce stade. »

Cela dit, à la lecture de l’audit, on comprend mieux ce que peut-être un « document préparatoire » qu’il vaut mieux ne pas communiquer. D’ailleurs, ce sont les auditeurs du cabinet de conseil britannique qui en parlent le mieux :

S’il ne s’agit pas d’un « audit », au sens des « normes d’exercice professionnel applicables en France » et si les travaux « n’ont pas nécessairement mis en évidence toutes les anomalies éventuelles ayant pu intervenir », c’est donc d’abord parce que les auditeurs n’ont pu avoir accès à l’ensemble des documents demandés « malgré les sollicitations de M2A ».

Ils n’auront pas même disposé d’une comptabilité analytique, ainsi qu’ils le rappellent en plusieurs endroits.

C’est assez dire le sentiment général d’impunité des dirigeants du MON.

En l’occurrence, si les faits sont accablants pour le clan Horter qui dirige le MON, le fait que ses dirigeants ont fait obstacle, même passivement, au travail d’étude des auditeurs du cabinet financier, est un scandale dans le scandale.

Et le constat s’inscrit d’ailleurs dans des termes identiques à ceux déjà posés, il y a quelques mois, par l’audit du cabinet Deloitte, diligenté à la demande de la région Grand Est.

En voici un résumé :

  • Absence de comptabilité détaillée, de sorte que les auditeurs n’ont pu effectuer une investigation en bonne et due forme. A ce sujet, l’agglomération de Mulhouse ne reçoit aucun justificatif précis sur l’utilisation par le club des 480 000 euros de subventions qu’il reçoit en moyenne chaque année ;
  • La société SARL MON Club (partie loisirs) ne publie aucun rapport d’activité connu ;
  • Les conventions passées avec la collectivité publique nécessitent la transmission de justificatifs détaillés, ce dont s’est balancé le MON, « malgré les sollicitations de M2A » ;
  • La situation financière du MON est très dégradée. En 2019 (date des derniers comptes accessibles), « les deux structures (Mon et Mon club) présentent des fonds propres négatifs et des modèles économiques déséquilibrés » ;
  • Les flux d’argent existant entre les deux structures sont régulièrement « inexplicables », et « inexpliqués ». De sorte que l’argent public versé à l’association MON peut bénéficier au MON Club (société privée) sans que l’on en sache le motif ;
  • Les auditeurs relèvent le « manque d’alerte » des commissaires aux comptes qui ont pourtant validé chaque année les comptes des deux structures ;
  • Il apparait que les dirigeants du club se rémunèrent au travers de « contrats d’image ou de conseil », passés avec une société appartenant à Franck Horter, tandis que celui-ci se qualifie de « bénévole » ;
  • Les auditeurs relèvent également le gestion « intéressée » de l’association, donc lucrative, ce qui l’assujetti normalement à l’impôt sur les sociétés, ce qui n’est pas le cas en l’espèce ;
  • Le modèle économique du MON est d’autant plus douteux que la structure ne supporte pas l’intégralité des charges, puisque les « frais de fluide » restent à la charge de M2A. L’agglomération paie donc les conséquents frais d’eau, d’électricité et de chauffage, estimés à 400 000 euros par an.

En matière de préconisations, outre la reprise en régie, ou une nouvelle délégation de service public, les auditeurs précisent que « La réflexion devra intégrer des sujets majeurs identifiés tels que la rémunération des dirigeants des entités et les liens familiaux existants ».

Une manière de soulever la question des fonctions au sein du clan, lequel peut avoir tendance à se payer abusivement sur la bête.

Ainsi, l’enquête de la cellule investigation de Radio France révélait que Marie-Eugénie Horter, la mère de Franck et Lionel, était encore à 75 ans salariée de MON Club, et leur père, Laurent (fondateur du club), accompagnait les stages du club en Thaïlande pendant trois semaines.

Traversant un tumulte judiciaire tout à fait inédit dans son histoire, les méthodes du « clan » Horter, commencent à les desservir.

En témoigne l’actuelle mise en examen du club pour tentative d’escroquerie, alors qu’un juge d’instruction soupçonne ses dirigeants d’avoir tenté d’intimider la famille Bernard à la suite de leurs réclamations pour obtenir le versement d’une somme d’argent due, mais jamais versée, en leur envoyant une « facture » de plus de 5 000 euros pour des prestations liées au passage de leur fille au club…

Cela, alors que le clan Horter aura disposé extensivement de fonds publics pendant de longues années, sans avoir jamais fait face à la moindre réserve de leurs créanciers publics. Pas même une quelconque velléité de contrôle des fonds octroyés, que ce soit aussi bien de la part de M2A, de la région ou du département.

Journalisme aerophagique

Mais si les pratiques du « clan » Horter commencent à émerger et à les desservir, il convient toutefois ne pas le croire poussé définitivement vers les grands fonds. Il possède en effet encore de beaux restes en matière d’influence.

Le MON est notamment le club formateur de Roxana Maracineanu, actuelle ministre des Sports qui y est revenue plusieurs fois, notamment pour soutenir Franck Horter, lorsqu’il figurait en deuxième position de la liste LREM portée par Lara Million, finalement battue, aux municipales à Mulhouse.

En témoigne, surtout, l’article paru le 09 juin 2021 dans le double journal unique alsacien (L’Alsace-DNA), dans lequel le journaliste Alain Cheval ouvre grandement les colonnes du quotidien à Franck Horter, toujours président du club de natation.  

Etrange sensation de déréliction journalistique à cette lecture. Si l’absence de scrupule aussi bien moral qu’éditorial avait un nom, cet article en serait le nouveau maitre-étalon.

Le problème n’est pas tant de lire une autojustification de la part de Franck Horter, d’autant que celui-ci n’est pour le moment entendu que comme « témoin assisté » (ainsi que Laurent, son père) dans une affaire d’escroquerie, auquel le club est notamment exposé, et dont l’investigation est laissée à la charge de la brigade financière de Mulhouse. 

Mais voir une publication qui lui laisse largement la parole sur trois-quarts de page, et où s’affiche sans ambages une forme d’impunité tranquille, voire un cas clinique de mégalomanie, est proprement édifiant.

D’autant que le journaliste se garde bien de faire ce qui devrait naturellement lui échoir professionnellement, c’est-à-dire relayer les éléments de l’audit commandité par M2A, alors qu’ils sont aisément disponibles, afin de confronter Franck Horter !

Ainsi, par un déplacement de sens éhonté, peut-on lire dans cette publication que, pour Franck Horter, les « résultats [sportifs du club] ont été obtenus par une famille qu’on essaie de salir » !

Les générations de nageuses et nageurs passés par Mulhouse apprécieront donc en conséquence le fait que s’ils ont brillé sportivement, c’est non en raison de leur travail acharné, et leur talent propre, que parce qu’ils eurent la chance de côtoyer les génies Horter…

Mieux encore, les citoyens et contribuables de l’agglomération devraient, eux-aussi, rendre grâce à l’auguste famille de sportifs, car « Cet équipement [le centre nautique] a été amené aux Mulhousiens par le MON, il ne faut pas l’oublier ».

Que Franck Horter se rassure, la plupart de ses ex-soutiens s’en sont longtemps souvenus, avant de le lâcher !

Alors que les signaux sont au rouge, dès le dernier trimestre de l’année 2020, Daniel Bux, vice-président de M2A chargé des sports, continue, quant à lui, à soutenir imperturbablement le club et ses dirigeants : « On essaie de le soutenir au maximum parce que, sinon, on risque de se retrouver avec une coquille vide à la place de son centre d’entraînement ».

Touché coulé politique

Vu du dehors, cela apparait comme une logique politique suicidaire. Mais personne ne veut apparaitre pour celui qui coulera le bel écrin sportif mulhousien, quand bien même ses dirigeants paraissent indéfendables.

Et cela ne tient certes pas à la communauté d’agglomération actuelle.

Tous les prédécesseurs de Daniel Bux, à commencer par Rémy Dantzer, (dont le volet économique de la convention d’objectif sportif 2018-2019 -voir ci-dessous en pages 8 et 13- a été signée de son nom, sans date, et pour lequel le montant de la subvention a été laissé vide, comme à l’appréciation des dirigeants du MON !).

Mais également Jean-Marie Bockel, en tant que prédécesseur de Fabian Jordan à M2A, tout comme Jean Rottner, maire de Mulhouse.

Tous savaient ou plutôt souhaitaient ne rien savoir, notamment pour des raisons d’instrumentalisation politique, alors que les rumeurs couraient depuis longtemps sur le train de vie de la famille Horter. 

Le rayonnement escompté pour Mulhouse était en jeu. Et pour ce faire, les succès sportifs du MON constituaient la vitrine dont il fallait réarranger continument la devanture et les rayonnages.

D’où la construction d’un outil sportif dernier cri, réservé à l’élite sportive en devenir, et à la bourgeoisie locale (600 euros de frais d’adhésion par an), dont la jouissance exclusive serait laissée au clan Horter, sans considération aucune des moyens utilisés pour faire scintiller de la médaille, et en espérer des retombées symboliques pour la gloriole mulhousienne.

Evidemment, du côté de l’agglomération mulhousienne, on avertit auprès de qui veut l’entendre que « les critères d’attribution des subventions vont être resserrés et que les contrôles sur leur utilisation vont être renforcés ». Pour sûr.

Les élus se sont d’ailleurs réunis lundi en bureau afin d’acter officiellement la fin des conventions existantes avec l’association et la SARL. La famille Horter, du moins Franck, s’est déjà engagé à liquider la société SARL MON, qui gérait la partie loisirs de l’équipement.

Cependant, les auditeurs du cabinet britannique estiment qu’une baisse importante des subventions est « difficilement envisageable compte tenu de la situation financière dégradée de la structure ».

Dès lors, que va choisir de faire l’agglomération ? Sans doute pas de lâcher définitivement l’association MON, du moins pour le moment, car il n’y a simplement pas d’alternative immédiate.

Le 28 avril dernier, Fabian Jordan, le président de l’agglomération mulhousienne a été reçu officiellement par la ministre pour “échanger sur de nombreux dossiers et projets” mulhousiens, ainsi qu’il l’a publié sur son compte Twitter.

D’après les déclarations faites par les deux parties à Radio France, officiellement la situation de MON ne fut pas au menu des échanges.

Est-on tenu de continuer à prendre les citoyens pour des imbéciles sous-informés au regard de la gravité des enjeux ?

Le rapport d’audit in-extenso publié dans un article de la cellule investigation de Radio France

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