C’est parti ! Nous voilà envahi par les péripéties de ces nouveaux gladiateurs que sont les footballeurs, célébrés comme des dieux dans le cadre de la Coupe d’Europe de football.

La rhétorique guerrière a souvent été de mise dans l’histoire du sport qui a été à de maintes reprises utilisées dans le discours politique pour exalter l’appartenance à la « nation », à son pays, sa patrie… Comme si courir pendant 90 minutes après une balle ne pourrait pas être considéré pour ce que cela est en réalité : un jeu, un sport, que nous sommes nombreux à apprécier. On peut voir dans le football, la force physique, l’intelligence tactique, la beauté du geste, l’élégance de la technique, le plaisir de jouer dans le sens littéral du terme.

Mais c’est sans compter avec ce qui ont fait main mise sur le sport : les puissances économiques et politiques qui en ont fait un moyen de pouvoir, d’en utiliser toutes les émotions pour manipuler les opinions. A cet égard, le football est devenu le vrai opium du peuple et le journal L’Equipe son thuriféraire.

L’Allemagne, le déversoir idéal…

Il y a quelques semaines, l’équipe de France de football féminin battait son homologue allemande à Strasbourg par un petit but à 0, et avec beaucoup de réussite. La sélectionneuse de la « Grande Nation » s’est fendu d’une déclaration dont on mesure à la lecture la haute tenue intellectuelle : « Et puis battre l’Allemagne à Strasbourg, je ne suis pas strasbourgeoise, mais malgré tout, je suis très heureuse. »

Cette référence de battre l’Allemagne à Strasbourg devait, dans son esprit, ravir les Alsaciens qui n’attendent qu’une chose : que la France file une pâtée à la Germanie !

Comme le rappelait le Club Perspective Alsaciennes, ces propos sont consternants de bêtise, ce qui est plutôt bien vu. Mais ne peut-on pas y voir également ce besoin d’utiliser le sport pour flatter l’esprit nationaliste qui a été infusé à nos citoyens ?

Comme il s’agit d’un sentiment totalement contre-nature (l’individu est plutôt un être social qui n’a pas d’ « ennemi naturel », sauf celui qu’on veut bien lui imposer), l’Allemagne a souvent joué ce rôle, l’Angleterre également par le passé, tout cela pour asseoir des pouvoirs et avoir l’assurance que le peuple pourra être mobilisable à des fins plutôt belliqueuses… pour des raisons dont il ignore en général les réelles motivations.

Il est toujours salutaire de rappeler la phrase de Paul Valéry « Les guerres, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et qui s’entretuent parce que d’autres gens qui se connaissent très bien ne parviennent pas à se mettre d’accord. »

Et pour maintenir cette flamme du nationalisme, quoi de mieux que le sport et tout particulièrement le football qui est le plus populaire et le plus universel d’entre eux.

L’Equipe remet une couche

Et voilà que la France et l’Allemagne se retrouvent à nouveau confronté lors d’un match de football pendant la coupe d’Europe. Les médias ont déjà bien chauffé les esprits depuis quelques semaines, les colifichets bleu-blanc-rouge trônent en bonne place dans les temples de la consommation, tout est donc prêt à souder les liens au sein de la Nation française : plus de classes sociales, plus de riches ou de pauvres, devant l’adversité footballistique, nous sommes tous unis. Sus aux étrangers !

En général, les vrais supporters de foot ne se laissent pas entraîner par les diffuseurs de propos belliqueux, voire haineux… Mais la géopolitique n’est jamais loin…

Après ce match joué à Munich et que la France remporte laborieusement grâce à un but contre son camp d’un défenseur allemand et alors que l’Allemagne avait une possession de balle de plus de 60% et avait tiré deux fois plus au but que l’équipe de France.

Mais cela n’a pas d’importance, pour l’unique quotidien sportif L’Equipe… C’est ainsi que le journaliste émérite de la rubrique football du journal, Vincent Duluc, fait de cette simple rencontre sportive une analogie à la… guerre de 14-18.

En titrant à la Une du quotidien « Comme en 18 », la fameux Duluc a (heureusement) déclenché une vague de protestation dénonçant l’amalgame évident à la fin de la guerre avec l’Allemagne… Le foot, c’est la guerre ?

Devant le tollé, M. Duluc s’exclame que nous serions des pisse-froids, que nous n’aurions aucun humour… Evidemment, il est difficile de déclencher une franche rigolade en évoquant un conflit qui a conduit à la mort de 18,6 millions de civils et militaires auxquels il faut ajouter près de 22 millions de blessés.

Puis, M. Duluc s’explique : nous n’aurions pas compris que « 18 » était en fait l’évocation de 2018, année où la France devient championne du monde de football en jouant un jeu aussi défensif que celui qu’elle a pratiqué ce 12 juin 2021 à Munich.

Idiots que nous sommes, nous n’avons pas vu cette dimension sportive de l’allusion de la Une de L’Equipe.

Peut-être bien parce que ce journal nous a habitué à ces thèses réactionnaires et franchouillardes sur tous les sujets de société, quotidien qui applaudit la football-business et se fait bien le relais de ceux qui considèrent que oui, le sport est, définitivement, l’opium du peuple.

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