Pro­mo­teur du débat contra­dic­toire depuis son ori­gine, L’Alterpresse68, se veut clai­re­ment un média « non-ali­gné », ou hété­ro­doxe, comme on a pu le consta­ter ces der­niers mois à pro­pos du trai­te­ment média­tique sur le covid. Notam­ment parce que nous n’adhé­rons pas à la nar­ra­tion inepte de pseu­do-oppo­si­tions entre gen­tils et méchants. 

En revanche, nous sous­cri­vons bien davan­tage à l’i­dée que les per­sonnes ou enti­tés, ont nombre d’in­té­rêts contra­dic­toires à oppo­ser, et qu’il convient de bien les connaitre avant de se déter­mi­ner ou prendre parti. 

La pro­pa­gande a rem­pla­cé l’information. Et chaque camp a ses bons apôtres. Una­nimes. La presse en Rus­sie pré­sente sa ver­sion, uni­forme et estam­pillé « véri­té ». Les médias occi­den­taux ont com­pris qui était le diable et dans quel camp se situe la ver­tu. Una­nimes. Plus de presse d’opposition.

Si vous essayez de com­prendre, vous êtes de toute évi­dence à la solde des Russes et de sa dés­in­for­ma­tion. Ou bien vous n’êtes qu’un pauvre cré­tin naïf ! Il en va ain­si pour tous les sujets : plus aucun débat n’est pos­sible car tout argu­men­ta­tion qui ne va pas dans le sens de la véri­té éta­blie par les pou­voirs est inau­dible, et ne doit donc pas être dif­fu­sée ! Toute inter­ro­ga­tion sur le bien fon­dé de tel ou tel argu­men­taire est une for­fai­ture. Et aux traîtres on pro­met le bûcher !

Com­bien d’intellectuels, de cher­cheurs, de jour­na­listes, de citoyens, sont bla­ck­lis­tés pour avoir oser défier la véri­té décré­tée par les pouvoirs…

Des Jadot et Hidal­go se sont trans­for­més en quelques heures en grands géo­po­li­ti­ciens… domaine dans lequel ils-elles n’ont pas fait preuve d’une grande acui­té dans toute leur car­rière politique.

Nous ne les sui­vrons pas dans l’im­passe qui s’an­nonce. Nous ras­sem­blons ici des infor­ma­tions et ana­lyses, toutes sour­cées, pour qu’aucune ne puisse être ran­gée dans la caté­go­rie « fausse nou­velle », si com­mode aujourd’hui pour dis­cré­di­ter celles et ceux qui osent émettre des avis dif­fé­rents, des­ti­nés à éclai­rer un tant soit peu sur ce conflit et ses ori­gines, ses causes loin­taines et ses rai­sons immédiates.

Nous rela­tons quelques faits pour que vous puis­siez vous faire votre propre ana­lyse. Sachant que nous ne nous sen­tons proche ni de Vla­di­mir Pou­tine, ni du camp occi­den­tal. Tous ont des inté­rêts diver­gents der­rière une union de façade. Rap­pe­lez-vous que le télé­phone de la chan­ce­lière Mer­kel était écou­té en per­ma­nence par la NSA, l’agence amé­ri­caine char­gée de cap­ter les signaux élec­tro­ma­gné­tiques d’un gou­ver­ne­ment allié, lequel accueille d’ailleurs des ins­tal­la­tions sur son propre sol !

Après la lec­ture de ces docu­ments, peut-être vous ferez-vous une idée plus vaste des enjeux en ques­tion. Et repen­se­rez à ce petit dic­ton que Paul Valé­ry nous a légué : 

« La guerre c’est le mas­sacre des gens qui ne se connaissent pas au pro­fit des gens qui se connaissent mais ne se mas­sacrent pas ! »

L’im­por­tant, pour ce qui nous concerne, est d’a­bord de sor­tir la tête de l’es­so­reuse média­tique et du tro­pisme binaire et/ou mani­chéen dans lequel elle nous pré­ci­pite, pour renouer avec une capa­ci­té de juge­ment éclai­ré et plus autonome.

Les textes seront sui­vis de deux excel­lentes entre­vues vidéo réa­li­sées par notre confrère « Le média », qui per­met­tront de mieux sai­sir les tenants et abou­tis­sants de ce conflit armé, en com­pa­gnie de Jean-Joseph Boillot, éco­no­miste, spé­cia­li­sé en éco­no­mie inter­na­tio­nale des pays émer­gents, et Ber­trand Badie, spé­cia­liste des rela­tions inter­na­tio­nales, et pro­fes­seur émé­rite à Sciences Po Paris.

Enfin, nous dif­fu­sons deux vidéos publiées sur You­Tube (avant et après l’in­va­sion russe) par un jour­nal asso­cia­tif bre­ton, « Le canard réfrac­taire », qui valent le coup d’être par­ta­gées pour prendre conscience de l’ensemble des res­sorts et enjeux géo­po­li­tiques cou­verts par le conflit russo-ukrainien. 

Ce qu’il se passe actuel­le­ment en Ukraine est gra­vis­sime, tant pour ce pays que pour notre conti­nent. L’Eu­rope est à nou­veau sous le feu de la guerre, et nous ne pou­vons qu’ap­por­ter notre soli­da­ri­té au peuple ukrai­nien, bom­bar­dé par les forces russes dans l’entièreté du pays, jouet et vic­time d’in­té­rêts géos­tra­té­giques, poli­tiques et éco­no­miques sur les­quels ils n’ont pas de prise. 

Michel MULLER et Mario DI STEFANO 

1 – INDÉPENDANCE DE L’UKRAINE

Celle-ci fut pro­cla­mée le 24 août 1991 et confir­mée par le réfé­ren­dum orga­ni­sé le 1er décembre 1991 : 90,5 % d’électeurs votèrent pour l’indépendance. La semaine sui­vante, l’URSS ces­sa d’exister à la suite de la dis­so­lu­tion déci­dée lors de la réunion à Minsk des diri­geants russe, ukrai­nien et biélorusse.

Le 12 décembreLeo­nid Kravt­chouk (ancien membre du PC d’Urss)  est élu pré­sident de la Répu­blique. Des conflits d’intérêt opposent alors l’Ukraine à la Rus­sie notam­ment sur le sta­tut de la Cri­mée et sur le contrôle de la flotte de la mer Noire. En 1994Leo­nid Koutch­ma (lui aus­si membre du Par­ti com­mu­niste de l’Union sovié­tique de 1960 à 1991) ancien Pre­mier ministre, est élu à la pré­si­dence de la Répu­blique et sera réélu en 1999. À par­tir de ce deuxième man­dat, Koutch­ma sera de plus en plus contes­té pour des affaires de cor­rup­tion, d’enlèvements de jour­na­listes et autres pres­sions élec­to­rales et envers la presse.

Révo­lu­tion orange

Le second tour des élec­tions pré­si­den­tielles de 2004 oppose Vik­tor Ianou­ko­vytch, fidèle à Koutch­ma, et Vik­tor Ioucht­chen­ko. C’est la vic­toire du pre­mier qui est annon­cé, mais le second dénonce des fraudes, don­nant lieu à un mou­ve­ment popu­laire, la Révo­lu­tion orange. Après de nou­velles élec­tions, le 23 jan­vier 2005Vik­tor Ioucht­chen­ko devient le troi­sième pré­sident de l’Ukraine post-soviétique.

Le 6 sep­tembre 2004 Vik­tor Ioucht­chen­ko tombe malade, après un dîner avec Gori Taro­chen­ky­lo, chef des ser­vices secrets ukrai­niens. Il se plaint alors d’a­voir été empoi­son­né par des agents du gouvernement

Après de longs mois de trac­ta­tions et de négo­cia­tions pour for­mer une majo­ri­té au par­le­ment et un gou­ver­ne­ment, Vik­tor Ioucht­chen­ko décide de nom­mer Vik­tor Ianou­ko­vytch Pre­mier ministre le 3 août 2006 (plu­sieurs heures après la date limite consti­tu­tion­nelle pour en dési­gner un), vali­dé par le Par­le­ment le 4.

En 2010, Ianou­ko­vytch, chef de l’op­po­si­tion, rem­porte l’élec­tion pré­si­den­tielle. Il prend ses fonc­tions de pré­sident de la Répu­blique d’U­kraine le 25 février 2010. L’emprisonnement et les condi­tions de l’emprisonnement de son oppo­sante Iou­lia Tymo­chen­ko sus­citent de vives cri­tiques en Europe occidentale.

Ingé­rences russes et états-uniennes

En novembre 2013, l’U­kraine décide fina­le­ment, en rai­son de pres­sions russes, de refu­ser l’ac­cord avec l’U­nion euro­péenne et de « relan­cer un dia­logue actif avec Mos­cou ». Ce revi­re­ment entraîne d’impor­tantes mani­fes­ta­tions pro-euro­péennes à Kiev ras­sem­blant au moins 100 000 per­sonnes, l’oc­cu­pa­tion de la place Maï­dan et de la mai­rie, avec comme mot d’ordre la démis­sion du pré­sident Vik­tor Ianou­ko­vytch.

Dans la semaine du 17 février 2014, les mani­fes­ta­tions sont dure­ment répri­mées cau­sant la mort d’en­vi­ron 80 per­sonnes. Le 22 février, le Par­le­ment vote la des­ti­tu­tion du pré­sident Ianou­ko­vitch, appa­rem­ment en fuite à l’est du pays. L’op­po­sante Iou­lia Timo­chen­ko est libé­rée et fait sa pre­mière appa­ri­tion publique le soir sur la place de l’in­dé­pen­dance, en fau­teuil rou­lant, après deux années de détention.

Le 18 mars 2014, à la suite d’un réfé­ren­dum tenu le 16 mars, le gou­ver­ne­ment russe annonce que la Répu­blique de Cri­mée (cor­res­pon­dant à l’ancienne Répu­blique auto­nome de Cri­mée) et la ville de Sébas­to­pol, ancien­ne­ment ukrai­niennes, deviennent deux nou­veaux sujets fédé­raux de la Fédé­ra­tion de Rus­sie.

Des mani­fes­ta­tions dites pro-russe ses déroulent dans le sud du pays, for­te­ment répri­mées par la police ukrai­nienne, entraî­nant la mort de 32 mani­fes­tants, brû­lés vifs dans la Mai­son des syn­di­cats d’Odessa où ils avaient trou­vé refuge. La tota­li­té des vic­times décé­dées seraient de 43, 174 ont été blessé.

Dans un rap­port publié en 2019, la Mis­sion de sur­veillance des droits de l’homme de l’ONU reproche aux auto­ri­tés ukrai­niennes de ne pas avoir fait le néces­saire pour mener une enquête impar­tiale et iden­ti­fier les res­pon­sables de l’in­cen­die. Par ailleurs, la mis­sion regrette que cer­tains sus­pects, par­mi les­quels des res­pon­sables char­gés du main­tien de l’ordre, aient pu fuir en Rus­sie et avoir ensuite reçu la natio­na­li­té russe

L’hebdomadaire alle­mand Bild, affirme que des dizaines de spé­cia­listes du ren­sei­gne­ment amé­ri­cain conseille­raient en sous-main le nou­vel exé­cu­tif ukrai­nien, né de la chute de l’ex-pré­sident ukrai­nien et pro-russe Vik­tor Ianou­ko­vitch, en février dernier.

À en croire l’é­di­tion domi­ni­cale du quo­ti­dien Bild, qui cite des sources du ren­sei­gne­ment alle­mand, ces agents de la CIA et du FBI, qui ne seraient tou­te­fois pas pré­sents sur le ter­rain, aide­raient Kiev à venir à bout de l’in­sur­rec­tion pro-russe ain­si qu’à mettre en place un dis­po­si­tif de sécu­ri­té efficace. 

Le bataillon Azov

Ce bataillon, char­gé de lut­ter contre l’in­sur­rec­tion armée pro-russe à l’Est, a été for­mé le 5 mai 2014, d’a­bord à Mariou­pol pour gar­der les bâti­ments admi­nis­tra­tifs. Il était com­po­sé d’en­vi­ron 800 volon­taires fin 2014, mais vit ses effec­tifs arri­ver à plus de 4 000 à la fin de 2016.

Le bataillon est accu­sé de nom­breuses vio­la­tions des droits humains. Il recourt en outre à des sym­boles d’ins­pi­ra­tion nazie et est accu­sé de sym­pa­thies néo­na­zies

Le ministre de l’In­té­rieur de l’U­kraine,  Arsen Ava­kov déclare dans un post Face­book que les États-Unis vont envoyer à par­tir du 20 avril 2015, 290 para­chu­tistes en Ukraine entraî­ner des uni­tés comme le bataillon Azov. Par contre, le gou­ver­ne­ment cana­dien qui enver­ra des troupes pour entraî­ner l’ar­mée ukrai­nienne, refuse de for­mer le régi­ment Azov pour ses sym­pa­thies au néonazisme.

Les ins­pi­ra­tions idéo­lo­giques d’Azov sont issue du mou­ve­ment des Patriotes d’U­kraine, un grou­pus­cule extré­miste qui appelle à une croi­sade chré­tienne contre les juifs et les autres mino­ri­tés qu’ils consi­dèrent comme des « sous-hommes » Et des com­bat­tants venus de l’Assem­blée sociale-natio­nale dont Oleh Odno­roz­hen­ko, son chef idéo­lo­gique. Un com­bat­tant du bataillon Azov déclare même que « Pou­tine n’est même pas un Russe. Pou­tine est un Juif. »

La ques­tion linguistique

L’Ukraine est un pays mul­tieth­nique. Un rap­port du Haut com­mis­sa­riat de l’ONU pour les droits de l’Homme a appe­lé, le 15 avril 2014, les auto­ri­tés de Kiev à res­pec­ter les droits des mino­ri­tés. Même si les Ukrai­niens consti­tuent 78 % de la popu­la­tion et les Russes envi­ron 17 %, le pays est éga­le­ment consti­tué d’une mosaïque de mino­ri­tés : Bié­lo­russes, Mol­daves, Bul­gares, Hon­grois, Roms, Polo­nais, Armé­niens, Grecs, Allemands…

«La rup­ture des équi­libres internes de cette nation fra­gile» s’est opé­rée le 23 février 2014 «avec la déci­sion absurde (…) d’abolir le sta­tut du russe comme seconde langue offi­cielle dans les régions de l’Est –», observe Le Monde Diplomatique

La pré­sence des États-Unis

Dès 2014, la pré­sence effec­tive de conseillers des États-Unis est offi­ciel­le­ment admise. Ain­si, cette année, rap­porte l’hebdomadaire L’Express, «  L’U­kraine s’est dotée (…) d’un nou­veau gou­ver­ne­ment pro-occi­den­tal incluant une Amé­ri­caine, un Géor­gien et un Litua­nien à des postes clés, cen­sés aider le pays à sor­tir d’une grave crise éco­no­mique et à faire face au san­glant conflit armé dans l’Est. »

L’AFP, quant à elle, fait état dans une de ses dépêches, « qu’une Amé­ri­caine, ancienne col­la­bo­ra­trice du dépar­te­ment d’État amé­ri­cain, et un Litua­nien, diri­geant d’un fonds d’in­ves­tis­se­ment sué­dois, se sont vus confier les por­te­feuilles stra­té­giques des Finances et de l’Économie dans le nou­veau gou­ver­ne­ment ukrai­nien, avec la lourde tâche de sor­tir l’é­co­no­mie du pays de l’impasse.

Natu­ra­li­sés ukrai­niens par décret spé­cial du pré­sident ukrai­nien Petro Poro­chen­ko quelques heures à peine avant leur nomi­na­tion, l’A­mé­ri­caine Nata­lie Jares­ko et le Litua­nien Aiva­ras Abro­ma­vi­cius ont vu leur can­di­da­ture enté­ri­née par une large majo­ri­té du Par­le­ment ukrai­nien, sous les applau­dis­se­ments des députés. »

En mai 2014, le jour­nal alle­mand Bild, fait état de « dizaines de spé­cia­listes des ser­vices de ren­sei­gne­ment et de la police fédé­rale des États-Unis conseillent le gou­ver­ne­ment ukrai­nien pour lut­ter contre les troubles à l’Est. »

En 2018, un conseiller stra­té­gique amé­ri­cain, Keith Day­ton, est entré en fonc­tion au minis­tère ukrai­nien de la Défense et à l’état-major des Forces armées ukrai­niennes, selon le ser­vice de presse du minis­tère. Donald Trump l’a dési­gné Ambas­sa­deur des États-Unis en Ukraine à par­tir de 2020.

En 2019, Bill Tay­lor, qui a témoi­gné mar­di 22 octobre devant la Com­mis­sion de la Chambre des repré­sen­tants char­gée de l’enquête en vue de la des­ti­tu­tion de Donald Trump. a fait part de sa que Donald Trump avait bel et bien fait pres­sion sur l’Ukraine pour l’inciter à ouvrir une enquête sur le fils de Joe Biden. Ce der­nier a été un temps soup­çon­né de cor­rup­tion alors qu’il sié­geait au comi­té de sur­veillance du groupe gazier ukrai­nien Buris­ma. (cité dans la presse occidentale)

Le 20 novembre 2020, l’Express affi­chait une conclu­sion : « Pauvres Ukrai­niens, qui, en ces temps si trou­blés, auraient aimé avoir une autre rela­tion avec Washing­ton… « Nous avons besoin de l’ex­per­tise occi­den­tale pour ins­tau­rer un véri­table Etat de droit dans notre pays, com­mente Ivan Iako­vi­na, expert en rela­tions inter­na­tio­nales, à Kiev. Fina­le­ment, la cor­rup­tion est venue du pays sur lequel nous comp­tions le plus : les États-Unis. » 

Les pro­jets états-uniens sont peut-être d’une autre fina­li­té que ce que pen­sait Ivan Iakovina…

La situa­tion économique

Conjonc­ture vue par le Moni­teur du Com­merce Inter­na­tio­nal (MOCI) :

L’Ukraine a été sévè­re­ment tou­chée par la crise de la Covid, aux plans sani­taire et éco­no­mique. A la fin de décembre 2020, près d’un mil­lion de cas de Covid-19 ont été détec­tés et près de 13 000 décès étaient liés à la pan­dé­mie en Ukraine (décompte pro­ba­ble­ment incom­plet). Dans le cadre de la lutte contre la dif­fu­sion du virus, les auto­ri­tés ont mis en œuvre dif­fé­rentes mesures de dis­tan­cia­tion sociale. Consé­quence des mesures et de la dégra­da­tion des pers­pec­tives éco­no­miques, l’investissement, point faible de l’économie ukrai­nienne, a recu­lé de 35,4% en jan­vier-sep­tembre 2020 en g.a. Dans ce contexte, la pro­duc­tion indus­trielle, qui était déjà en ter­ri­toire néga­tif avant le début de la crise, s’est contrac­tée de 6,8% en jan­vier-octobre 2020 en g.a. (glis­se­ment annuel) ndlr

Avec un recul de 7,2% pré­vu par le FMI ou de 6% selon la Banque cen­trale en 2020, le PIB ukrai­nien pour­rait connaitre sa plus forte baisse depuis 2015 (année où l’activité avait recu­lé de 9,8%). Le PIB ukrai­nien a ain­si recu­lé de 1,3% au 1er tri­mestre, de 11,4% au 2ème tri­mestre et de 3,5% au 3ème tri­mestre en g.a. Selon le FMI, la reprise en 2021 serait de 3%.

La consom­ma­tion, qui reste solide, per­met tou­te­fois de limi­ter les effets de la crise avec des ventes de détail en hausse de 7,6% sur jan­vier-octobre 2020 en g.a., sur fond de hausse des salaires réels de 10,6% en sep­tembre en g.a., alors que la pro­gres­sion du taux de chô­mage res­tait limi­tée à 9,9% au 2ème tri­mestre (contre 7,8% un an plus tôt). Autre fac­teur de rési­lience, l’importance du sec­teur agri­cole (9% du PIB en 2019) per­met de limi­ter le recul du PIB ukrai­nien grâce notam­ment aux cours céréa­liers orien­tés à la hausse.

Des mesures de sou­tien à l’économie ont été mises en place à par­tir de mars 2020 avec notam­ment : des exemp­tions d’impôts tem­po­raires pour les entre­prises, des sus­pen­sions de péna­li­tés liées au non-paie­ment d’impôts, un pro­gramme de cré­dits à taux avan­ta­geux pour les entre­prises, une sus­pen­sion de loyer totale ou par­tielle pour les loca­taires de pro­prié­té d’Etat. Un plan de relance com­por­tant 230 mesures dont l’application devrait s’étaler de 2020 à 2022 a été annon­cé fin mai 2020 mais, faute de visi­bi­li­té sur son appli­ca­tion concrète, ses effets sont pour le moment dif­fi­ciles à évaluer.

L’aide occi­den­tale est mas­sive pour sou­te­nir l’économie ukrai­nienne: rien qu’en janvier2022, l’Union euro­péenne ont pro­mis un plan d’aide d’1,2 mil­liards de dol­lars, M. Macron a enga­gé la même somme au nom de la France, les USA pro­mettent 200 mil­lions, l’Allemagne a assu­ré aider finan­ciè­re­ment mais n’a pas révé­lé la somme.

Déjà en 2014, la chef de la diplo­ma­tie euro­péenne Cathe­rine Ash­ton annon­çais « l’UE et les Etats-Unis « déve­loppent un plan – un Plan Ukrai­nien, comme j’ai sug­gé­ré qu’ils l’ap­pellent – qui exa­mine ce que nous devons faire dès main­te­nant dans dif­fé­rents sec­teurs de l’é­co­no­mie pour amé­lio­rer les choses ». Elle n’a pas pré­ci­sé le mon­tant de l’aide envi­sa­gée mais a indi­qué que « les chiffres ne seront pas modestes » et cité, par­mi les pistes envi­sa­gées, la pos­si­bi­li­té d’of­frir des « garan­ties » finan­cières, des aides à l’in­ves­tis­se­ment ou encore le sou­tien à la mon­naie ukrai­nienne pour assu­rer sa stabilité.

2 – OTAN ET PACTE DE VARSOVIE

A l’issue de la seconde guerre mon­diale et en appli­ca­tion des accords de Yal­ta (4 au 11 février 1945) et de Pots­dam (du 17 juillet 1945 au 2 août 1945), les Alliés (sauf la France) ayant vain­cus l’Allemagne nazie redes­sinent les fron­tières euro­péennes avec deux zones essen­tielles : l’une sous l’influence états-uniennes avec une éco­no­mie capi­ta­liste des­ti­née à être gou­ver­née par le dol­lar, l’autre sous influence sovié­tique avec une éco­no­mie de type socialiste.

Ce « par­tage » por­tait en lui les nou­velles ten­sions qui allaient appa­raître avec la guerre de Corée (25 juin 1950 – 27 juil. 1953), le com­pro­mis appa­rais­sait bancal.

Créa­tion de l’OTAN

Devant la crainte d’une exten­sion du champ socia­liste, la par­tie occi­den­tale sous influence états-uniennes, signe un trai­té, le 4 avril 1949, éta­blis­sant le Conseil de l’At­lan­tique nord (CAN), et lui donne mis­sion de mettre en place une orga­ni­sa­tion mili­taire inté­grée per­ma­nente, ayant des capa­ci­tés mili­taires qu’au­cune autre alliance de défense ne pos­sède. Son but est, entre autres de se pré­mu­nir contre toute ten­ta­tive expan­sion­niste de l’Union sovié­tique. Selon le mot de son pre­mier secré­taire géné­ralLord Ismay, le rôle de l’O­TAN consiste à « gar­der les Russes à l’ex­té­rieur, les Amé­ri­cains à l’in­té­rieur et les Alle­mands sous tutelle »

Créa­tion du Pacte de Varsovie

Pour contre­ba­lan­cer cette puis­sance à leurs portes, l’URSS et ses alliés créent Le Pacte de Var­so­vie en tant qu’ alliance mili­taire grou­pant les pays d’Europe de l’Est  dans un vaste ensemble éco­no­mique, poli­tique et mili­taire. Il est conclu le 14 mai 1955 entre la plu­part des pays com­mu­nistes du bloc sovié­tique par un trai­té d’amitié, de coopé­ra­tion et d’assistance mutuelle. Niki­ta Khroucht­chev, qui en fut l’ar­ti­san, l’a­vait conçu dans le cadre de la guerre froide comme un contre­poids à l’Orga­ni­sa­tion du trai­té de l’At­lan­tique nord (OTAN) qui avait vu le jour en avril 1949.

La prin­ci­pale rai­son ayant moti­vé la for­ma­tion du pacte de Var­so­vie, selon l’ex­po­sé des motifs, fut l’adhé­sion de la Répu­blique fédé­rale d’Al­le­magne « en voie de remi­li­ta­ri­sa­tion » au trai­té de l’At­lan­tique nord au moment de la rati­fi­ca­tion des accords de Paris le 9 mai 1955.

L’al­liance issue du pacte de Var­so­vie est dis­soute en juillet 1991 après l’effondrement des pays dits communistes.

En toute logique, le com­mu­nisme n’étant plus une menace pour l’Ouest, le pacte de Var­so­vie ayant dis­pa­ru, l’OTAN en tant que ves­tiges de la guerre froide aurait dû dis­pa­raître. Au grand dam de la nou­velle Russie…

Comme sou­vent dans ces cas, la diplo­ma­tie est entrée en jeu et le nou­veau pré­sident russe Gor­bat­chev et le Secré­taire d’Etat US Baker ont trou­vé un accord.

Accord de limi­ta­tion de l’extension de l’OTAN

Les plus bel­li­queux des occi­den­taux récusent cette réa­li­té pour­tant incon­tes­table et véri­fiable. Un docu­ment appar­te­nant aux Archives natio­nales bri­tan­niques fait la preuve de l’existence d’un enga­ge­ment écrit pas­sé entre les grandes puis­sances occi­den­tales et la Rus­sie à ne pas élar­gir l’Otan vers l’Est. C’est le maga­zine alle­mand Der Spie­gel qui révèle son exis­tence. Ce texte a été adop­té en 1991, à la fin de l’ère sovié­tique entre Mos­cou, Washing­ton, Londres, Paris et Bonn. Il engage l’Alliance atlan­tique « à ne pas dépas­ser l’Elbe » selon Jür­gen Chro­bog, alors direc­teur poli­tique du minis­tère ouest-alle­mand des Affaires étran­gères cité par le jour­nal Der Spiegel.

Comme tout accord, celui-ci ne tient que par le rap­port de force entre les signa­taires. L’OTAN consi­dé­rant que la Rus­sie n’avait pas les moyens de l’URSS pour faire res­pec­ter le texte, n’hésita pas à renier l’accord en s’implantant au fur et à mesure dans plu­sieurs pays (dont les pays baltes) pour arri­ver jusqu’aux portes de la Rus­sie. On peut consi­dé­rer qu’une cer­taine naï­ve­té a conduit la Rus­sie à croire à un res­pect scru­pu­leux de ce texte et elle peut à juste titre se consi­dé­rer comme trom­pée par l’évolution de la poli­tique de l’OTAN.

Il faut rap­pe­ler ici l’événement qui aurait pu ter­mi­ner en tra­gé­die quand l’URSS a vou­lu implan­ter des mis­siles sur l’île de Cuba dont le régime était allié à l’URSS. Les USA sous la hou­lette de Ken­ne­dy ont dénon­cé cette ins­tal­la­tion à leur proxi­mi­té et le renon­ce­ment du pré­sident Krout­chev a mis fin aux menaces de guerre nucléaire de la part des USA. On peut par­ta­ger la crainte de voir des mis­siles poin­tés à quelques enca­blures de son ter­ri­toire… mais dès lors cela doit être admis pour tous les pays qui se trou­ve­raient dans ce cas.

Un nou­vel ordre mon­dial ? Négo­cié ou avec une guerre ?

La coexis­tence entre l’OTAN et le Pacte de Var­so­vie était le reflet d’un nou­vel ordre mon­dial issue des deux guerres mon­diales du 20e siècle. Dont l’apparence visible était la cou­pure du monde en deux enti­tés, capi­ta­liste et socia­liste, se par­ta­geant les pou­voirs et s’affrontant dans des conflits locaux mais meurtriers.

L’effondrement de tout le bloc socia­liste, le pas­sage à l’économie capi­ta­liste de tous les pays au monde, rabat les cartes et de nou­veaux rap­ports de force se mettent en place. Beau­coup d’observateurs consi­dèrent qu’un nou­vel ordre mon­dial se met en place, mais les lea­der­ships ne sont pas encore défi­nis. Nous sommes dans une période où les rap­ports de forces veulent s’imposer. Les USA se sont affai­blis à tout point de vue, elle conti­nue de vou­loir vas­sa­li­ser tout ce qu’elle peut et c’est l’Europe qui doit se sou­mettre, comme le Japon en Asie. La Rus­sie, humi­liée par un affai­blis­se­ment colos­sal de ses moyens mais éga­le­ment de sa zone d’influence, tente de récu­pé­rer une par­tie de ses pertes, Vla­di­mir Pou­tine consi­dère que ce n’est que par la force et l’intimidation que cela peut se faire. La Chine attend de conso­li­der une place de pre­mière puis­sance éco­no­mique mon­diale et tisse ses liens patiem­ment. L’Inde, autre puis­sance mon­diale émer­gente, est pour l’heure en construc­tion mais vou­dra éga­le­ment jouer un rôle dans la redis­tri­bu­tion des pou­voirs. Et l’empire otto­man reste une obses­sion pour Erdo­gan et entre­prend une recons­truc­tion en tenant avec une main de fer la situa­tion chao­tique au Moyen-Orient et en Asie Mineure, empié­tant sur les ter­ri­toires des Perses que l’Iran aime­rait bien reconstituer.

La mon­dia­li­sa­tion éco­no­mique sous la domi­na­tion exclu­sive du modèle libé­rale (même le PC chi­nois n’a plus rien à voir avec une éco­no­mie socia­liste) rap­pelle la situa­tion mon­diale d’avant 1914.

L’impression qui se dégage c’est que nous entrons dans une période d’alliances-affrontements à géo­mé­trie variable comme cela se fai­sait début du 20e siècle où des grandes puis­sances contrô­laient leurs ter­ri­toires en vas­sa­li­sant tout ce qu’il pou­vait autour d’eux pour accroitre leur pou­voir. La Rus­sie tsa­riste puis sovié­tique, les Otto­mans et leur arrière-cour allant jusqu’aux confins de l’empire russe, les Mon­goles asser­vis­sant les peuples limi­trophes, les pays euro­péens avec leurs zones d’influence réci­proques qu’ils ont dû ras­sem­bler après 1918 pour se mettre sous la coupe des USA.

Ces lignes, très résu­mées de la situa­tion début du 20e siècle, ont le mérite de tra­cer les enjeux et la dan­ge­ro­si­té du monde actuel. La pro­chaine crise finan­cière (qui est en ges­ta­tion et qui peut écla­ter très pro­chai­ne­ment) sera un accé­lé­ra­teur de cette guerre non encore déclarée.

La méthode Pou­tine pour redes­si­ner les zones d’influence ont quelque chose de dan­ge­reux parce qu’elle ten­drait à prou­ver que ce nou­vel ordre mon­dial ne pour­rait se faire d’une manière négo­ciée mais se ferait par les affron­te­ments. Mili­taires ? per­sonne ne peut l’exclure. Uti­li­sa­tion des armes tech­no­lo­giques désta­bi­li­sant l’ordre chez un ou des can­di­dats à la tête de ce nou­vel ordre ?

Dans tous les cas, il fau­dra se méfier des fau­cons qui poussent aux affron­te­ments : et ceux-là, chaque camp, en a une quan­ti­té consi­dé­rable dans sa volière…

Les forces de l’OTAN

L’OTAN compte actuel­le­ment 30 pays membres. À sa créa­tion en 1949, l’Alliance comp­tait douze membres fon­da­teurs : Bel­gique, Cana­da, Dane­mark, États-Unis, France, Islande, Ita­lie, Luxem­bourg, Nor­vège, Pays-Bas, Por­tu­gal et Royaume-Uni. Les autres pays membres sont : Grèce et Tur­quie (1952), Alle­magne (1955), Espagne (1982), Répu­blique tchèque, Hon­grie et Pologne (1999), Bul­ga­rie, Esto­nie, Let­to­nie, Litua­nie, Rou­ma­nie, Slo­va­quie, Slo­vé­nie (2004), Alba­nie, Croa­tie (2009), Mon­té­né­gro (2017) et Macé­doine du nord (2020).

L’OTAN coopère indi­vi­duel­le­ment avec cha­cun de ses neuf « par­te­naires dans le monde » ou « par­te­naires mon­diaux ». Ces pays sont l’Afghanistan, l’Australie, la Colom­bie, l’Iraq, le Japon, la Répu­blique de Corée, la Mon­go­lie, la Nou­velle-Zélande et le Pakistan. 

COMPARATIF DES FORCES ARMEES EN 2016

Source : Info­gra­phie Le Monde

Per­son­nels en ser­vices actifs :

  • OTAN               3.200.000
  • Rus­sie                  831.000

Têtes nucléaires :

  • OTAN               7.065
  • Rus­sie              6.850

Sous-marins nucléaires lan­ceurs d’engins

  • OTAN               22
  • Rus­sie 13

Avions bom­bar­diers à long rayons d’action

  • OTAN               157
  • Rus­sie 139

Chars d’assaut

  • OTAN               9.857
  • Rus­sie              2.950

Blin­dés

  • OTAN               29.275
  • Rus­sie                5.900

Avions de combat

  • OTAN               5.277
  • Rus­sie              1.065

Porte-avions

  • OTAN               13
  • Rus­sie 1

Fré­gates – Destroyers

  • OTAN               252
  • Rus­sie 32

Bud­gets en 2017

  • OTAN               954 mil­liards de dol­lars soit 2,43 % du PIB
  • Rus­sie              66,3 mil­liards de dol­lars soit 4,3 % du PIB

3 – 2014–2015 : ACCORDS DE MINSK

Une guerre s’est décla­rée en 2014 entre les pro­vinces rus­so­phones et l’armée ukrai­nienne appuyée par des milices pri­vées. On estime à 14.000 le nombre de morts de part et d’autre. Un pre­mier accord de ces­sez-le-feu fut conclu à Minsk en 2014 mais il ne mit pas fin à la guerre.

La volon­té des auto­ri­tés ukrai­niennes de ban­nir la langue russe dans tout le pays mit le feu aux poudres puisque dans les pro­vinces du Don­bass et de Lou­gansk, la popu­la­tion est rus­so­phone à 80% et ne par­lait pas l’ukrainien. Du jour au len­de­main, le russe fut inter­dit dans les ser­vices publics, les jour­naux, la culture selon les infor­ma­tions venant du Don­bass. Un nou­vel accord de Minks fut conclut le 11 février 2015 appe­lé Minsk 2.

Les diri­geants de l’Ukraine, de la Rus­sie, de la France et de l’Alle­magne se sont mis d’ac­cord sur des mesures concer­nant la guerre du Don­bass. Les pour­par­lers ont été orga­ni­sés par l’Orga­ni­sa­tion pour la sécu­ri­té et la coopé­ra­tion en Europe, à la suite de l’é­chec du pro­to­cole de Minsk. Ce trai­té devrait faire res­pec­ter le ces­sez-le-feu du 5 sep­tembre 2014.

Déci­sions à mettre en œuvre par les auto­ri­tés ukrai­niennes et du Don­bass. La Rus­sie, l’Allemagne et la France sont les garants de son application.

Or, depuis 2015, aucune de ces mesures n’a trou­vé son appli­ca­tion. Le pro­blème prin­ci­pal étant l’absence d’avancées sur la décen­tra­li­sa­tion des pou­voirs et sur le sta­tut par­ti­cu­lier d’autonomie local des pro­vinces de Donetsk et de Lou­gansk que le gou­ver­ne­ment ukrai­nien devait mettre en place.

La décla­ra­tion de la créa­tion de Répu­blique popu­laire du Don­bass et de Lou­gansk en avril 2014 a mis sur le devant de la scène le désir d’autonomie de ces pro­vinces rus­so­phones et cela a  été une des ques­tions clés d’ accord  de Minsk 1 et Minsk 2.

L’autonomie est un concept de gou­ver­nance lar­ge­ment appli­qué en Espagne ou en Italie.

Devant le refus du gou­ver­ne­ment de Kiev de prendre en compte l’autonomie les habi­tants de ces pro­vinces ukrai­niennes soup­çonnent les auto­ri­tés ukrai­niennes de vou­loir reprendre le pou­voir par la force et d’expulser les popu­la­tions rus­so­phones vers la Rus­sie. Ce que cer­tains milieux natio­na­listes ukrai­niens ont exi­gé par de vio­lentes dia­tribes à fortes conno­ta­tions racistes et xéno­phobes, voir anti­sé­mites rap­pe­lant les pro­pos nazis qui consi­dé­raient les Slaves (et par­ti­cu­liè­re­ment les Russes) comme des « Unter­men­schen », des sous-hommes.

Texte des accords de Minsk 2

  1. Assu­rer un ces­sez-le-feu bila­té­ral immédiatement.
  2. Assu­rer la sur­veillance et la véri­fi­ca­tion du ces­sez-le-feu par l’OSCE.
  3. Orga­ni­ser une décen­tra­li­sa­tion des pou­voirs, par la mise en appli­ca­tion d’une loi ukrai­nienne (loi sur le sta­tut par­ti­cu­lier), accor­dant de manière tem­po­raire l’au­to­no­mie locale dans les oblasts de Donetsk et de Lou­gansk.
  4. Assu­rer une sur­veillance per­ma­nente de la fron­tière rus­so-ukrai­nienne par l’OSCE et ins­tau­rer une zone de sécu­ri­té à cette même frontière.
  5. Libé­rer immé­dia­te­ment tous les otages et les per­sonnes rete­nus illégalement.
  6. Adop­ter une loi ukrai­nienne visant à inter­dire les pour­suites et les sanc­tions contre toutes les per­sonnes impli­quées dans la guerre du Donbass.
  7. Pour­suivre un dia­logue natio­nal entre les parties.
  8. Mettre en œuvre des mesures afin d’a­mé­lio­rer la situa­tion huma­ni­taire dans le Donbass.
  9. Pro­cé­der à des élec­tions anti­ci­pées dans les oblasts de Donetsk et de Lougansk.
  10. Démi­li­ta­ri­ser la zone de conflit, en reti­rant du ter­ri­toire ukrai­nien le maté­riel mili­taire, les forces armées et les com­bat­tants étran­gers.
  11. Mettre en place un pro­gramme éco­no­mique pour favo­ri­ser la reprise des acti­vi­tés et de l’é­co­no­mie locale dans le Donbass.
  12. Assu­rer la pro­tec­tion per­son­nelle des par­ti­ci­pants aux consultations

4 – LE PROBLEME NORD STREAM 2

Peut-être sommes-nous là devant la vraie rai­son de ces ten­sions qui n’impliquent pas que la Rus­sie mais aus­si un des « alliés » des USA, l’Allemagne.

En 2020, le maga­zine « Le Monde de l’énergie » rap­pe­lait que « le besoin crois­sant en gaz de l’Union euro­péenne (UE), emme­née par l’Alle­magne et son fumeux « tour­nant éner­gé­tique », aiguise les appé­tits de la Rus­sie et des Etats-Unis pour deve­nir ses prin­ci­paux fournisseurs. »

Et de pour­suivre : « Ce gaz sera néces­saire en Europe pour sa pro­duc­tion d’électricité suite aux fer­me­tures (en cours et pré­vus) des cen­trales à char­bon et nucléaires, et aus­si pour son chauf­fage qui bas­cu­le­ra encore plus vers le gaz si l’électricité devient trop chère, comme en Allemagne. »

Pour l’instant, la Rus­sie est le pre­mier four­nis­seur euro­péen de gaz natu­rel (40%), la Nor­vège est confron­tée à l’épuisement de ses gise­ments. Il faut donc d’urgence trou­ver du gaz à pro­fu­sion et pas cher.

Selon les sta­tis­tiques du cabi­net IHS Mar­kit, le gaz russe repré­sente 55% des impor­ta­tions alle­mandes, devant les livrai­sons de la Nor­vège (30,6%) et des Pays-Bas (12,7%).

En 2019, Gaz­prom, la socié­té de pro­duc­tion russe, a four­ni à l’Europe 200,8 mil­liards de mètres cubes de gaz natu­rel, dont 40 % envi­ron ont tran­si­té par l’Ukraine. Kiev a ain­si empo­ché quelque 3 mil­liards de dol­lars de frais de tran­sit. L’accord venait à échéance fin 2019, un accord entre Mos­cou et Kiev l’a pro­lon­gé de cinq ans. Mais l’accord pas­sé entre l’Allemagne et la Rus­sie pour la construc­tion des gazo­ducs Nord­stream est consi­dé­ré comme une menace par l’Ukraine mais éga­le­ment par les USA qui veulent four­guer leur gaz de schiste et d’autres pays euro­péens, dont la France. Pourquoi ?

Car ces gazo­ducs posés au fonds de la mer Bal­tique relient direc­te­ment la Rus­sie et l’Allemagne qui devient dès lors le dis­tri­bu­teur du gaz russe en Europe.

Accord stra­té­gique pour l’Allemagne

Les États-Unis s’opposent depuis long­temps à ce pro­jet de 9,5 mil­liards d’euros et le Sénat amé­ri­cain a voté en décembre der­nier la mise en place de sanc­tions à l’encontre des entre­prises qui tra­vaillent à son élaboration.

Mais pour l’Allemagne ces menaces ne comp­taient pas. Le SPD au pou­voir favo­ri­sait un appro­vi­sion­ne­ment « de gaz de bonne qua­li­té et à bons prix ». Si on peut évi­ter le tran­sit par l’Ukraine et son coût fara­mi­neux, tant mieux, les affaires sont les affaires ! D’autant plus que l’Ukraine était (et est tou­jours) soup­çon­née de siphon­ner du gaz qui passe sur son ter­ri­toire sans payer un fifrelin.

En 2014, le ministre de l’Energie Sieg­mar Gabriel affir­mait haut et fort qu’il n’y avait pas d’alternative cré­dible au gaz russe pour l’Allemagne ! Il défen­dait en cela le gou­ver­ne­ment de Gerhard Schrö­der qui en en 2007 déjà, s’était por­té garant d’un cré­dit d’un mil­liard d’eu­ros pro­po­sé par les banques Deutsche Bank et KfW à Gaz­prom pour la construc­tion de ce gazo­duc ger­ma­no-russe en mer Baltique.

Peu après avoir cédé le pou­voir à Ange­la Mer­kel, l’an­cien chan­ce­lier Gerhard Schrö­der est enga­gé par Gaz­prom pour pré­si­der le Conseil de sur­veillance du consor­tium ger­ma­no-russe char­gé de construire ce gazo­duc, dont Gaz­prom détient 51 %. Fin 2009, les auto­ri­tés alle­mandes com­pé­tentes ont approu­vé la construc­tion du gazoduc.

Des inté­rêts bien com­pris… et une guerre entre alliés

Le capi­tal du consor­tium Nord­stream 2 est certes déte­nu à 51% par Gaz­prom mais d’autres par­te­naires sont inté­res­sés devant l’aubaine qui s’annonçait : le pro­duc­teur de gaz alle­mand Win­ter­shall  15,5 % ; un autre pro­duc­teur alle­mand, PEG Infras­truk­tur AG, filiale d’ E.ON Betei­li­gun­gen  15,5 % ; un trans­por­teur de gaz néer­lan­dais NV Neder­landse Gasu­nie  9 % ; et notre bon fran­çais bien connu Engie 9%.

On peut aisé­ment com­prendre ces entre­prises qui défendent leurs inté­rêts et veulent accé­der à un mar­ché consi­dé­rable pour les dizaines d’années à venir.

Dans un cadre géo­po­li­tique tota­le­ment cham­bou­lé, cet accord entre l’Allemagne et la Rus­sie déclenche, dès les années 2017–18 une levée de bou­cliers et des affron­te­ments dis­crets mais intenses. C’est la Pologne qui dégaine la pre­mière, puis les Etats-Unis, prin­ci­pal acteur et ini­tia­teur de cette offen­sive. Plus les tra­vaux avancent et plus les pres­sions sur l’Allemagne se font fortes.

Le Sénat amé­ri­cain a adop­té le 15 juin 2017 un pro­jet de loi mena­çant d’a­mendes, de res­tric­tions ban­caires et d’ex­clu­sion aux appels d’offres amé­ri­cains, toutes les socié­tés euro­péennes qui par­ti­ci­pe­raient à la construc­tion de gazo­ducs russes. Les cinq groupes gaziers euro­péens enga­gés dans le pro­jet Nord Stream 2, auquel ils doivent appor­ter cha­cun 10 % du finan­ce­ment, sont direc­te­ment mena­cés par ce pro­jet de loi.

Au som­met de l’OTAN du 11 juillet 2018, Donald Trump met en cause l’Al­le­magne « pri­son­nière » de la Rus­sie à cause du pro­jet de gazo­duc Nord Stream 2 et exige son abandon.

Il serait fas­ti­dieux d’énumérer quatre à cinq années de manœuvres, de menaces, d’affrontements pour faire échouer cette réa­li­sa­tion. Mais l’Allemagne ne cède tou­jours pas.

Les lob­bies états-uniens font alors inter­ve­nir les ins­ti­tu­tions euro­péennes qui trouvent des argu­ties juri­diques pour retar­der les tra­vaux. Les asso­cia­tions de défense de l’environnement sont aus­si mises à contri­bu­tion. Les argu­ments les plus cocasses viennent de « Les Amis de la Terre », orga­ni­sa­tion créée avec le sou­tien finan­cier de la com­pa­gnie pétro­lière amé­ri­caine ARCO : « l’Eu­rope n’a pas besoin de nou­velles sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, car la consom­ma­tion de gaz est ame­née à décli­ner rapi­de­ment dans quelques années. En France par exemple, le gou­ver­ne­ment pré­voit une chute de plus de 20 % d’i­ci à 2028. » !!!

Une autre cocas­se­rie du même aca­bit vient du Minis­tère de l’Energie états-uniens qui sans rire bap­tise son gaz de schiste « gaz de la liber­té ». “Aug­men­ter nos capa­ci­tés d’exportation est pri­mor­dial pour répandre notre “gaz de la liber­té” à tra­vers le monde, en don­nant à nos alliés une source diver­si­fiée et abor­dable d’énergie propre”, a affir­mé très sérieu­se­ment Mark Menezes, le sous-secré­taire amé­ri­cain à l’Énergie, cité dans un com­mu­ni­qué du minis­tère de mai 2019 selon le Huf­fing­ton Post.

La pres­sion monte jusque dans les rangs des par­tis poli­tiques alle­mands : les Verts et le FDP épousent les thèses US et exigent l’arrêt de Nord­stream… alors qu’il n’y a plus que quelques kilo­mètres de tuyaux à poser.

L’Ukraine vient à point nommer

Fin 2021, mal­gré tout, Nord­stream est prêt à entrer en fonc­tion et livrer 55 mil­liards de m3 de gaz à l’Allemagne.

A Ber­lin, une nou­velle coa­li­tion est en place : le SPD (pro Nord­stream) gou­verne en com­pa­gnie de deux par­tis, les Verts et le FDP, favo­rable à l’abandon du projet.

Le déclen­che­ment des hos­ti­li­tés en Ukraine va per­mettre de relan­cer l’arrêt de Nord­stream et relan­cer l’approvisionnement par du gaz de schiste US pour­tant plus cher et dont l’extraction relève du déni envi­ron­ne­men­tal. Pas de quoi inter­ro­ger les Verts alle­mands dont les sou­cis pour la pla­nète se dis­solvent dans l’exercice du pou­voir réel !

Toutes ces pres­sions ne per­mettent pas à l’actuel chan­ce­lier Olaf Scholz de résis­ter plus long­temps et devant la recon­nais­sance des Répu­bliques sépa­ra­tistes ukrai­niennes capi­tulent en décré­tant la sus­pen­sion de l’exploitation du gazoduc…

Est-ce la fin de l’histoire ? On peut pen­ser que non.

Dans l’état actuel des choses, les consé­quences pour l’approvisionnement de l’énergie res­tent posées. La grande indus­trie alle­mande a un besoin impé­rieux d’énergie en ce moment de relance éco­no­mique. En Alle­magne, la crois­sance est ali­men­tée par l’industrie et non par la consom­ma­tion comme la France. Le ren­ché­ris­se­ment du coût de l’énergie qui va sans conteste inter­ve­nir très rapi­de­ment va conduire à des pro­blèmes éco­no­miques et sociaux.

Les Etats-Unis pro­mettent (évi­dem­ment !) de venir en « aide » pour com­pen­ser le ralen­tis­se­ment des appro­vi­sion­ne­ments… Cer­tains spé­cia­listes estiment que le prix du gaz va tri­pler vue les coûts d’extraction du gaz de schiste… et les norias de navires néces­saires vont accé­lé­rer la pro­duc­tion de gaz à effets de serre.

Le sou­tien aux USA de la part des Verts alle­mands, rejoi­gnant les libé­raux du FDP semblent démon­trer que l’écologie poli­tique n’existe pas. Ni ici, ni ailleurs. Car com­ment com­prendre que l’acceptation d’importer du gaz liqué­fié des Etats-Unis, issu majo­ri­tai­re­ment du gaz de schiste qui est en train de rava­ger des contrées entières aux USA, ne soit qu’une for­ma­li­té. Et que paral­lè­le­ment, ils condamnent l’utilisation de l’énergie nucléaire qui, si elle a des défauts consi­dé­rables, est décar­bo­née ? Cela pose une grave ques­tion : est-ce que l’écologie poli­tique, quand elle arrive au pou­voir, devient « réalo » jusqu’au point de renier les enga­ge­ments qui leur ont per­mis d’entrer dans un gouvernement ?

Encore une ques­tion pour les Verts alle­mands (et quelques autres) : selon le maga­zine Repor­terre l’exploitation du gaz de schiste aux USA est une catas­trophe éga­le­ment pour la consom­ma­tion d’eau :

« Autre coût envi­ron­ne­men­tal : la pol­lu­tion des eaux, engen­drée par la tech­nique uti­li­sée depuis la fin des années 1990 pour extraire le pétrole et le gaz de schiste, appe­lée frac­tu­ra­tion hydrau­lique (ou fra­cking). Pour bri­ser la roche enfouie sous terre, il faut une quan­ti­té phé­no­mé­nale d’eau et de pro­duits chi­miques injec­tés à forte pres­sion. Le pom­page sur place de cette res­source ou son impor­ta­tion depuis des lacs ou des rivières d’autres États menace les réserves d’eau potable. Des fuites risquent de pol­luer les nappes phréa­tiques, et le sto­ckage des eaux usées ain­si que leur trans­port sont eux aus­si des sources de pol­lu­tion poten­tielle. Le pro­blème n’a fait qu’évoluer avec le temps. Une étude publiée dans Sciences Advances a conclu que les entre­prises de forage ont uti­li­sé 770 % d’eau sup­plé­men­taire par puits entre 2011 et 2016. Consé­quence : une aug­men­ta­tion de 1 440 % d’eaux usées toxiques relâ­chées. »

Le contrôle de l’énergie dans ce monde glo­ba­li­sé vaut-il une guerre comme Paris valait bien une messe ? Il faut se rap­pe­ler l’avertissement que Jean Jau­rès nous trans­met­tait à la veille du déclen­che­ment de la 1ère guerre mondiale :

« Le capi­ta­lisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » disait-il dans un dis­cours le 25 juillet 1914… avant d’être assas­si­né quelques jours après, le 31 juillet par un exal­té chauf­fé à blanc par les dis­cours de l’ensemble des par­tis et syn­di­cats (l’Union sacrée) et la presse à leur botte. Cela devait durer quelques jours selon la pro­pa­gande offi­cielle et omni­pré­sente et sans trop de casse. Elle dura quatre ans et fut la plus meur­trière des guerres.

Dans le contexte actuel, il faut oser res­ter lucide et ten­ter de com­prendre les enjeux dans les­quels on veut nous enrôler.

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