Rançon paradoxale d’une gestion plus soucieuse de la biodiversité dans le cadre urbain, Mulhouse est, comme la quasi totalité des grandes et moyennes villes du pays, victime de la prolifération d’une plante herbacée saisonnière : l’épillet.
Proche visuellement d’une céréale, de type blé barbu, la plante invasive profite de la gestion dite « différenciée » des parcs et jardins municipaux pour proliférer. Les tontes y sont en effet devenues plus rares et discriminantes, de sorte à favoriser une végétalisation vivace et spontanée.
Sur le papier, il n’y aurait, a priori, rien de plus à noter.
A ceci près que les maitres de chiens, et dans une mesure moindre, les propriétaires de chats, se plaignent des conséquences que l’épillet peut avoir sur la santé de leurs animaux.

L’affaire pourrait paraitre anecdotique, voire même prosaïque, mais dans une ville dont les classes populaires sont plus paupérisées qu’ailleurs, et qui se trouvent être propriétaires d’animaux de compagnie, cela peut se traduire par une charge financière supplémentaire, voire engendrer un phénomène d’abandon par nécessité.
En effet, l’épillet s’accroche particulièrement bien aux poils des animaux de compagnie. Jusque-là, rien de particulier par rapport à d’autres plantes.
Mais les épis de cette herbacée s’introduisent jusque dans les muqueuses des animaux, s’ils ne sont pas extraits à temps. Leur avancée peut alors affecter des organes vitaux, provoquer des ulcères, abcès ou perforer le tympan de l’animal, d’autant que les oreilles sont des voies de pénétration aisées.
Contactée à ce sujet, Catherine Rapp, adjointe à l’environnement et à la nature en ville de la ville de Mulhouse, se veut rassurante. « La gestion différenciée [dans la tonte] des parcs et jardins passe par la présence d’herbacés tels que celui-là ».
Nous lui faisons remarquer que la ville a communiqué publiquement en avril dernier sur son classement parmi les « 10 villes où il fait bon vivre avec son chien », ce qui semble détonner, au regard du problème en cause.

Selon l’adjointe, ce n’est pas encore un sujet à Mulhouse. Ajoutant : « nous faisons beaucoup pour les animaux de compagnie ». Mais par ailleurs : « les maitres de chien doivent tenir leur animal en laisse, les brosser pour retirer les épis et le cas échéant les porter chez un vétérinaire ».
Certes, mais nos photos prises dans quelques quartiers de Mulhouse, illustrent combien l’épillet est présent partout, notamment autour des éclairages publics et des arbres, le tout à portée de laisse.




Quoi qu’il en soit, selon Catherine Rapp, « il n’y en a pas tant que ça et tous les épillets ne sont pas dangereux ». Enfin, les services municipaux « n’ont pas encore été saisis par des maitres de chien à ce sujet ».
Car pour l’élue, « la ville ne peut pas éradiquer manuellement l’ensemble des épillets présents sur le ban municipal ».
Hasard ou coïncidence, il semble bien qu’un soin particulier ait été apporté au parc du Belvédère, situé dans le quartier du Rebberg, près du zoo. Quelques épillets disparates s’y trouvent bien à observer dans le détail, mais en nombre très réduit par rapport à d’autres quartiers mulhousiens, et ni autour des arbres, ni le long des éclairages ou des poubelles.




A Lyon, où le problème se pose de manière analogue, des consignes ont d’ailleurs été apposées devant les parcs et jardins publics, pour l’information des propriétaires d’animaux.
Les accidents liés aux épillets s’y succèdent, et les élus ne se pressent pas pour agir, en dépit des appels des maitres de chiens. Des parcs réservés aux animaux existent bien, mais les propriétaires de ceux-ci accusent les services municipaux de passivité. Notamment en rasant effectivement l’herbacée dans ces parcs, tout en le laissant jonché sur le sol, ce qui revient tout simplement à ne rien faire….
De sorte qu’un collectif s’est constitué notamment autour de ce sujet sur Facebook, et une pétition a déjà dépassé les 1000 signataires…














