Image d’illustration en N&B : Nathan Katz Archives Texte, photos et vidéo de Daniel Muringer

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Décidément non. Tant il aura permis à une génération, à l’occasion de la découverte, ou de la ré-découverte de son œuvre, de renouer, dans les années 60 et 70, avec une langue régionale sur le déclin et que Nathan Katz aura magnifiée.

Samedi 13 janvier 2024 : Claude Diringer, poète et secrétaire du Nathan Katz Kreis, accueille une vingtaine de personnes qui se rassemble autour de la tombe de Nathan Katz, au cimetière de Mulhouse.

Claude excuse madame le maire et énumère nombre d’absents qui ont dû déclarer forfait pour raison de santé : l’association remonte en effet à plus de quarante ans, et il faut bien dire que la mémoire du poète sundgauvien n’a pas fait suffisamment son chemin dans les têtes de la jeune génération pour qu’elle prenne la relève. Nathan Katz avait pourtant fait délibérément le choix de la simplicité et du dépouillement pour rester au plus près des gens !

Plusieurs acteurs culturels régionaux sont présents cette après-midi-là pour rendre hommage au poète.

Fabien Dietschy, premier adjoint de Waldighoffen, village natal du chantre du Sundgau où il passa la plus grande partie de sa vie, lit le toujours émouvant poème «’s  Witerlabe noh n em Tod » (voir ci-dessous), particulièrement de circonstance. Huguette Durr avait choisi celui évoquant Annele Balthasar, la figure historique d’une jeune femme accusée de sorcellerie qui inspira encore à Nathan Katz l’une de ses œuvres dramatiques éponyme.

Jean-Louis Spieser, traducteur de cette dernière, nous fait découvrir un des deux cents poèmes et textes inédits du poète qu’il a dénichés à la BNU de Strasbourg : « mi Gràb ! » (« ma tombe ! ») ‘voir ci-dessous).

Le groupe se rend ensuite, comme il est d’usage depuis quelques années, sur la tombe toute proche de Tony Troxler où, après lecture du poème « d’r Wìnd » par sa fille Evelyne, Huguette Durr, ancienne complice de scène du « saltimbanque », entonne, et fait reprendre par  l’assistance « parce qu’il n’y a pas de raison de toujours lire des choses tristes dans un cimetière », l’adaptation de la chanson «Ah ! Le  petit vin blanc » de Jean Dréjac et de Charles Borel-Clerc, rebaptisé « d’r Elsasserwi » par le cabarettiste mulhousien.

Par -10° on ne s’attarde pas ! Nos poètes ne nous en voudront pas trop : au moins ils ne sont pas restés seuls et oubliés ce jour-là.

Annexes :

– Francis Krembel, qui nous a quittés en 2019, avait écrit un poème à l’occasion de l’enterrement de Nathan Katz en 1981.

– « Mi Gràb », poème inédit de Nathan Katz, daté de mai 1913.

– bref entretien avec Claude Diringer : l’association Nathan Katz a été crée l’année suivant la mort du poète, sous l’égide notamment de René Ehni, Louis Schittly, Francis Krembel, Jean-Paul Sorg, Claude Diringer. Les hommages annuels sur la tombe du poète ont eu lieu depuis – presque – sans interruption.

Deux poèmes de et à propos de Nathan Katz (traductions en français ci-dessous) :

Mi Grab !  (Nathan Katz, Mai 1913)

Ich winsch kä Stei üs Granit,

wenn ich im Grab tüe rüehje;

Ich winsch m‘r nur, ass üf’m Grab

a Rosestock tüet bliehje.

Mit Rose dra, wo dufte schwer,

mit firig rote Maie

un ass a Friehjohrsliftle licht

un sacht drdur tüet waihje;

Un ass a weich un saftig Grien

mi Grab tüet iwerdecke,

un drüss a paar Margrittle klei

tien d’Käpfle üsestrecke.

Un Kinderle üfs‘ Grab tien ku

mit frohe, heitre Gsichtle,

un Bliemle lege üf mi Grab

un sage-n-a Gedichtle.

Un lislig mächt a Nachtigall

a lislig Liedle singe,

un lislig mächt net wit d’rvo

a luschtig Bachle rüsche.

Mir isch’s, ich kännt drno im Grab

im Friehjohrswabe lüsche.

Drum winsch kä Stei ich üs Granit,

wenn ich im Grab tüe rüehje;

Ich winsch m‘r nur, ass üf’m Grab

a Rosestock tüet bliehje.

Ma tombe ! (traduction : Daniel Muringer)

Je ne souhaite pas de pierre en granite

Quand je reposerai dans ma tombe ;

Je souhaite uniquement qu’un buisson de roses

Fleurisse sur ma tombe.

Avec des roses au parfum prenant,

Aux fleurs rouges de feu

Et qu’un souffle de printemps

doux et léger le traverse.

Et qu’une verdure tendre et pleine de sève

Recouvre ma tombe,

Et que quelques petites marguerites 

S’en échappent et dressent leurs petites têtes.

Et que des enfants viennent sur la tombe

Avec leurs visages gais et contents,

Et qu’ils mettent des fleurs sur ma tombe

Et récitent un poème.

Et un rossignol pourrait chanter

Une chanson douce à mi-voix,

Et un ruisseau joyeux pourrait bruire

Non loin de là.

Il me semble que je pourrai alors

Écouter le printemps tisser sa toile.

C’est pourquoi je ne souhaite de pierre en granite

Quand je reposerai dans ma tombe ;

Je souhaite uniquement que sur ma tombe

Fleurisse un buisson de roses.

D’Tüwa z’Milhüsa (Francis Krembel)

An eiri Licht sin Lit gse Herr Katz

Sin viel Lit gse

Sa han Reda g’schwunga

Anander g’loost

G’schlakta Werter g’strickt un g’hegelt (soignés)

Viel gaitscht uf eiri Dichtung uf eiri Meinung

dr Maire d’Profasser sin dert gse

Theatermenscha villicht Studanta

sicher viel Biacherwerm

Dichter sin o kumme

üs’me Frankrich vo do üs’m Ditschland

dr Cadou Renes mi sina Vegel

un a paar Schüalkinder

dr Apollinaire mit sim Starn am Kopf

dr Storck dr Lustig

dr Hebel dr Rilke un sunscht noch viel

dr Kirchhof isch still gse

un ‘s isch a Flug grauia Tüwa

in dr Himmel g’floga mit eiri Seela

sin viel Lit kumme Herr Katz

a paar han bata un’s Kritz g’macht

d’andra han g’loost un g’stünt

saller Mittag hat’s g’schneit

‘s schneit immer wenn a Dichter sterbt

s’ schneit immer nur g’sahn ‘s d’Lit nit immer

Les pigeons de Mulhouse (Francis Krembel)

Il y avait du monde à votre enterrement Monsieur Katz

Il y avait beaucoup de monde

Ils ont fait de beaux discours

Se sont écoutés

Des paroles léchées bien ficelées et soignées

Ont beaucoup bavardé à propos de votre poésie et de ce que vous vouliez dire

Le maire les professeurs étaient là

Des gens de théâtre peut-être des étudiants

Sans doute beaucoup de rats de bibliothèque

Des poètes sont aussi venus

De France d’ici d’Allemagne

René Cadou et ses oiseaux

Et quelques écoliers

Apollinaire avec son étoile à la tête

Storck Lustig

Hebel Rilke et encore bien d’autres

Le cimetière était silencieux

Et une nuée de pigeons gris

S’est envolée dans le ciel avec votre âme

Beaucoup de gens sont venus Monsieur Katz

Quelques-uns ont prié et fait le signe de croix

Les autres ont écouté songeurs

Cet après-midi là il a neigé

Il neige toujours quand meurt un poète

Il neige toujours mais les gens ne s’en rendent pas toujours compte