On a failli manquer « le » sondage ! Selon le journal l’Opinion du 29 février 2024, notre surdoué Premier Ministre du bon sens médite férocement sur le dernier baromètre « Être de gauche aujourd’hui » (10ème édition), publié par l’Humanité en septembre 2023, à l’occasion de la fête de l’Huma.

Le sondage IFOP nous apprenait en effet quelques enseignements édifiants, qui nous font relativiser, plus que jamais, notre appartenance à la famille progressiste :

Ainsi, 54% des français de gauche interrogés considèrent que s’ils le voulaient (ou dans son langage vernaculaire, « s’ils se sortaient le doigt du c… »), les chômeurs pourraient évidemment renouer avec la condition salariale.

Comme disait si justement ce bon et vertueux M. Sarkozy : « quand on veut, on peut vouloir ».

C’est certes 20 points de moins que les électeurs de droite, mais c’est une majorité nette, et cela dit déjà beaucoup de la distorsion vers la droite de l’univers mental des personnes qui s’auto-positionnent pourtant à gauche.

Si autant de français de gauche (54%) considèrent pareillement que « l’on ne sent en sécurité nulle part« , être de gauche, c’est en revanche ne pas tracer de signe égal entre immigration et problèmes de délinquance ou de concurrence économique.

Les électeurs de gauche considèrent en effet à 67% que les étrangers résidant en France devraient voter aux élections municipales, et 53% affirment encore que l’immigration rapporte plus à la France qu’elle ne lui coûte.

Dans ce contexte, Gabriel 1er ne pouvait que boire du petit lait en annonçant le matraquage et/ou le contrôle social renforcé des chômeurs et autres abuseurs d’allocations.

Autant de salauds de pauvres qui-utilisent-l’allocation-de-rentrée-scolaire-pour-acheter-des-écrans-plats-et-non-des-fournitures-scolaires-ou-préfèrent-un-abonnement-vod-a-une-alimentation-saine. Pour paraphraser les plus récentes admonestations de notre élite, à l’endroit de la plèbe qu’elle méprise passionnément.

Ainsi, les chômeurs vont faire l’objet d’enquêtes intrusives (une « hausse spectaculaire de contrôles« ) pour justifier de ce pour quoi ils bénéficient d’un droit ouvert aux allocations chômage, pour lequel ils auront cotisé durant leur temps d’activité, suivant un principe assurantiel que connaissant tous ceux qui possèdent une police d’assurance.

Lorsque l’aléa est avéré (c’est à dire quand le dommage ou le risque se réalise), l’assurance prend en charge, conformément aux stipulations contractuelles de départ.

L’électeur de gauche plaidera-t-il le défaut de compréhension global du système pour en arriver à reprocher en substance à un chômeur de bénéficier de ce à quoi il a droit ? Un assureur serait-il fondé à reprocher l’infiltration d’eau au propriétaire d’un pavillon dont le toit est endommagé ?

Non, bien sûr, car ce que reproche l’électeur de gauche au chômeur est de cultiver sciemment son chômage, de s’y repaitre ou s’y complaire. Une théorie bien droitière qu’il reprend donc à son compte, indépendamment de données objectives étayant un fantasme fondé sur le bienfondé du témoignage du cousin de la soeur de la voisine de la belle-mère, a propos du frère de sa collègue de travail.

Avant de devenir irrécupérablement de droite, « la personne de gauche » ferait fort de se documenter sérieusement, et ce faisant, de retenir au moins trois données essentielles :

  • 1° : Au 2ème trimestre 2023, seules 48,5% des personnes inscrites à « France travail » (anciennement Pôle-emploi) étaient indemnisées.

Autrement dit, 51,5%, soit plus de la majorité, ne le sont pas du tout, faute d’avoir cotisé suffisamment. Autant de personnes susceptibles de dresser leur index devant l’ange Gabriel, ou l’un de ses serviteurs stipendiés, lorsqu’il s’agira de venir les contrôler…

Comme on le voit aisément sur le graphique, le total des chômeurs indemnisés est en baisse constante depuis 2010.

  • 2° : La durée d’inscription moyenne est de 6 mois pour 45% des entrants. Ensuite la courbe s’écrase à moins de 80% après 24 mois, laissant sur le carreau les personnes les moins diplômées ou formées.

Il s’agit donc là du coeur du problème structurel pour lequel il s’agirait de trouver un levier opérant : former des chômeurs vers des emplois durables et décents, quand l’appareil économique est incapable d’y répondre.

  • 3° Tout risque de faire fortune en étant chômeur est écarté

L’allocation moyenne perçue pour la minorité de chômeurs indemnisés est de 1265 euros brut, soit 970 euros net.

Pour rappel à nos amis de gauche : en France, le seuil de pauvreté est de 965 euros ou de 1 158 euros par mois, selon qu’il est fixé à 50 % ou à 60 % du niveau de vie médian…

Ce disant, on peut admirer ci-dessous le niveau de loose et de masochisme, auquel se livre la fainéasse de chômeur, perdant 90% de la valeur de son salaire de référence, en mars 2023 :

Cerise sur la frimousse de Gabriel-le-bon-sens, lui qui n’hésite pas à opposer les grévistes (de la SNCF) aux usagers : « Les Français savent que la grève est un droit, mais ils savent aussi que travailler est un devoir », en une inversion complète de sens, puisque les intérêts des uns et des autres sont interdépendants, voit la moraline du travail inconditionnel qu’il ripoline à la truelle lui revenir en pleine tête, à la faveur des chiffres de l’INSEE, repris par l’Observatoire des inégalités :

« Un peu plus d’un million de travailleurs vivent avec moins de 918 euros par mois. Avoir un emploi ne protège pas de la pauvreté, notamment pour ceux qui travaillent à temps partiel ou alternent des périodes de travail précaire et de chômage ».

La « personne de gauche », visée par l’enquête de l’IFOP, en avait-elle conscience ?

Pour Victoire Bech, membre de la direction nationale de la CGT chômeurs et précaires : « Ces annonces vont dans la droite ligne de ce qui se fait depuis plusieurs années, puisque les contrôles ont drastiquement augmenté ces dernières années et les radiations qui allaient avec également. Nous sommes totalement opposés à cette mesure qui consiste, encore une fois, à aller regarder du côté des chômeurs pour justifier du chômage de masse. Alors que le problème principal est que les employeurs refusent d’embaucher ou qu’ils embauchent dans des conditions de précarité, de dégradation des conditions de travail et des salaires qui expliquent, en grande partie, la précarité des travailleurs. Les travailleurs précaires représentent une part importante des allocataires de l’assurance chômage« .

Selon le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, en indemnisant un peu plus longtemps les seniors, on ne les incite pas à reprendre le travail. A cela, Victoire Bech répond : « Je conteste tout à fait ce diagnostic puisque la plupart des seniors sans emploi sont totalement désespérés par la situation. En réalité, c’est bien les employeurs qui ne veulent pas embaucher ou qui veulent embaucher à leurs conditions à eux, c’est-à-dire qui refusent de payer le travail. On plonge une très grande partie de la population dans la pauvreté.

C’est la volonté du patronat et du gouvernement de systématiquement pointer du doigt les chômeurs alors qu’en réalité le patronat crée un chantage extrêmement grand pour que le gouvernement légifère dans le sens d’une baisse drastique des salaires et des conditions de travail, vers plus de précarité, vers des salaires réduits, vers des salaires subventionnés par l’État ou encore par les cotisations sociales. C’est, selon nous, la seule et unique motivation de ces réformes. Il y a un mythe du chômeur qui ne souhaiterait pas travailler alors qu’en réalité, la situation de privation d’emploi en France aujourd’hui génère des troubles psychiques et un isolement social que peu de travailleurs peuvent tenir« .

Quoi qu’il en soit, nous verrons dans la deuxième partie ce qu’il lui faut également savoir à propos de la généralisation du dispositif RSA contre 15 heures d’activité au sein de la Communauté européenne d’Alsace (Bas-Rhin + Haut-Rhin), qui vient d’intégrer les 47 nouveaux départements concernés depuis le 1er mars par le RSA sous conditions…