Crédit photos : Martin Wilhelm
« Bonjour ma colère, salut ma hargne, et mon courroux… coucou ! »*
Il aura fallu faire avaler des régiments de couleuvre au élus de l’intercommunalité mulhousienne (M2A), pour que ceux-ci se mettent soudainement à bomber le torse, et à plonger de fait le club de natation dans une tempête administrative et économique.
C’est le sentiment que laisse la conférence de presse donnée par Franck Horter, vendredi dernier. A 8h45, lorsque nous pénétrons au centre nautique du boulevard Stoessel, Franck Horter est en pleine discussion avec son frère Lionel, au bord de la piscine découverte aux volutes vaporeuse du centre nautique.
Il est 8h50 lorsqu’il rejoint la salle de presse improvisée dans l’ancien café du centre, jadis géré par la SARL Mon club, aujourd’hui liquidée, et qui fut l’objet de versements croisés entre cette structure commerciale créée en 2004 par la famille Horter, et le MON associatif que finance les partenaires publics, créée en 1963 par Laurent Horter (aujourd’hui décédé), et père des gestionnaires actuels.

De toute évidence, Franck Horter est à la fois stressé et remonté comme un starter. A la fois horrifié et fasciné de recevoir autant d’attention de la part des médias, lui qui finira par les accuser ouvertement de constituer l’un des rouages du malheur familial actuel.
Au cours de l’échange avec les journalistes, pour évoquer le besoin de sérénité nécessaire à la poursuite de l’oeuvre familiale (et accessoirement rechercher des mécènes), il lâchera paradoxalement à l’endroit des journalistes : « fichez-nous la paix !« . « Cela fait 4 ans que vous nous shootez en permanence ».
Il est secondé par Pierre Zumbiehl, alias Pierrot, un ancien maitre nageur bien connu des mulhousiens, qui vient compléter ses réponses, voire les devancer.

Le motif de cette conférence tient en un seul fait : les déclarations récentes de Daniel Bux (adjoint communautaire aux sports de M2A).
Une formule qui a dû avoir l’effet d’une soupape de sûreté pour Franck Horter, dans un contexte de pression et de rupture de confiance entre les deux entités qui, jadis, escomptaient l’une sur l’autre pour promouvoir la ville de Mulhouse et les bienfaits de la natation de haut niveau.
Si l’agglomération souhaite en substance continuer à financer l’existence d’un grand club nautique, elle traine en revanche des nageoires pour poursuivre un tel projet avec l’encombrante famille fondatrice, pour laquelle il n’est plus question de signer de chèque en blanc.
Bux a beau évoquer le laxisme supposé de Jean-Marie Bockel (ce que Franck Horter répétera pour condamner la sortie de l’adjoint aux sports), et un travail de mise à plat, co-construit avec le MON afin de nouer une nouvelle convention, le désaccord reste manifeste, selon Franck Horter.
Celui-ci dément en effet toute co-construction avec M2A, et considère même que les pudeurs de gazelle en matière gestionnaire ne réussissent pas à l’adjoint aux sports, lui qui, depuis la première convention de 2011 signée entre M2A et le MON, a toujours validé sans barguigner.
Difficile, donc, de « venir jouer le shériff en demandant une meilleure gestion« , cingle Franck Horter. Un argument à double tranchant, puisque la cour régionale des comptes relevait il y a déjà quelques années que le financeur public ne prenait pas même la peine (jusqu’à très récemment) d’assister aux assemblées générales du MON…
Mais l’on sent que c’est l’oeuvre familiale que Franck Horter (qui se présente comme bénévole au sein du MON) a cherché à défendre mordicus. Lui qui affirme que le club est à l’origine de toutes les infrastructures d’importance : piscine de l’Illberg, piscine des Jonquilles…
« Malheureusement, je me suis engagé en politique »
Sa façon de rendre compte de la probité retrouvée de la gestion associative (et donc la légitimité à signer une convention conforme aux besoins de l’association), consistera à brandir à 3 ou 4 reprises une clé usb censée contenir toutes les réponses aux questions des journalistes.
« Je ne suis pas un homme politique, et je tiens à dire franchement les choses ». « Malheureusement, je me suis engagé en politique »…
« Cela fait deux ans que nous disons à M2A que cela ne peut fonctionner en nous privant de subventions ». « On nous a dit soit vous signez, soit vous ne rentrez plus« . « C’est vrai qu’il manque le rapport du commissaire aux comptes, qui est en train de faire les travaux ». « Dire que nous faisons de la rétention d’information est faux ».
« L’agglomération mulhousienne est probablement la seule agglomération qui voudrait mettre fin à un club comme le MON ».

Mais le noeud de son argumentaire tourne autour de l’idée que l’existant est fonctionnel (onze salariés actuellement, 14 heures d’ouverture par jour « 7 jours sur 7 ») et revient même moins cher que si la structure était reprise en régie : « cela se traduira par une augmentation des coûts très importante : des coûts qui seront financés par l’impôt ! », prévient-il pour le soin de nos fourmis communautaires…
Autant donc ne pas jeter le bébé pansu avec l’eau de la piscine. Même s’il est devenu embarrassant et braillard…
Bravache, Horter accusera M2A de ne pas lui donner les moyens de fonctionner correctement. Et s’il a signé la dernière convention c’était avec un « pistolet sur la tempe« , et en précisant qu’il refusait les conditions économiques imposées par la communauté d’agglomération.
Ce faisant, il réclame 1 800 000 euros de subventions non versées. Et a fait appel à un conseil pour faire valoir ses arguments, se disant prêt à saisir la justice administrative, d’autant que la subvention est passée de 480 000 € (jusque la saison 2019/2020) à 36 000 €.
Le fait que Daniel Bux considère aujourd’hui le MON comme un occupant « sans droits ni titres » (c’est à dire squatteur !), du centre d’entrainement et de formation à la natation sportive de haut niveau, a sans doute achevé de convaincre les Horter, et notamment Franck, de contre-attaquer face à M2A.
Il reste que la confiance étant définitivement rompue entre les deux parties, l’on voit mal comment l’agglomération pourrait sensiblement changer de position à l’endroit du MON tel qu’il est.
Pourtant, c’est manifestement à prendre ou à laisser pour les Horter : « Si l’Agglo veut la fin du Mulhouse olympic natation il faut le dire et l’assumer simplement ».
Mieux, Franck Horter prétend avoir de quoi rebondir : « On repartira de zéro s’il le faut, ailleurs« . Et de citer pour s’en convaincre les premiers vers de « Si« , un poème de Rudyard Kipling : Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie / Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, en omettant toutefois la fin du premier paragraphe : Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties / Sans un geste et sans un soupir…
Une omission qui vient peut-être conjurer les perspectives pénales de l’affaire du MON, devant lesquelles plusieurs membres de la famille (dont Franck Horter) auront à répondre devant le Tribunal judiciaire en avril prochain, notamment pour abus de biens sociaux.
Mais de cela on ne parlera point, Pierre Zumbiehl surréagissant même à la question d’un journaliste : « regardez tous ces gens condamnés au gouvernement ! ». Fort heureusement pour nous, Pierrot n’était pas armé…

Retour sur l’affaire devant la chambre civile du Tribunal de Mulhouse
Lundi 19 février, nous nous rendions au tribunal judiciaire de Mulhouse. Le MON, et en l’occurrence son président Franck Horter, y déférait auprès de la première chambre civile.
L’existence de l’association MON, créée en 1963 (rien avec le MON Club qui était une SARL également gérée par la famille Horter et aujourd’hui liquidée), est menacée de dissolution, devant l’impossibilité de faire face à ses dettes.Cela est donc lié aux subventions non perçues par le MON, selon Franck Horter.
Nous ne pourrons accéder à l’audience : le huis clos a été prononcé, ce que nous savions déjà. Nous espérions toutefois que la presse y serait autorisée en dépit de cette restriction incompréhensible. Car en vertu de quelle disposition une association sportive de ce renom, financée depuis toujours par des deniers publics, serait-elle dispensée d’avoir à rendre compte publiquement ?
La démarche judiciaire engagée par le ministère public de Mulhouse, fait suite à la révélation d’un déficit financier de quelque 80 000 euros, menace de conduire le club sportif à une cessation d’activité totale.
L’audience a vraisemblablement été abrégée à la demande du défendeur, constituant un nouveau report après une première audience en date du 22 janvier.
Des pièces comptables auraient été apportées par Franck Horter, mais ce dernier impute donc ses difficultés aux retards dans le versement de subventions par M2A et la Région, comme on l’a vu plus haut.

Une dette de 72 500 euros resterait donc à régler au bénéfice de M2A, au titre de la location du centre d’entraînement nautique de haut niveau, laquelle a quasiment doublé, passant de 60 000 euros à 115 000 euros.
Et pour presser son débiteur incapable de faire face à ses loyers en retard, M2A décide de suspendre tout ou partie des subventions pour les 2022/2023 ainsi que la toute dernière.
C’est qu’entre 2015 et 2019, comme cela a été documenté précédemment, ce fut plus de 480 000 euros qui abondaient allègrement les caisses du MON, et par un jeu de rétrocession difficilement traçable, celles de la SARL MON Club, que la communauté d’agglomération finançait sans même le savoir…
Le directeur des sports de M2A, ayant aujourd’hui quitté la ville, sonne l’alarme en 2019 sur l’état des finances et les anomalies comptables qu’il constate. L’exécutif communautaire mettra un temps considérable à prendre la mesure du problème, et à réagir aux libéralités financières et au funambulisme comptable auxquels semblent s’être accoutumés les Horter.
Ce camouflet aura même été prolongé par le Président de M2A, Fabian Jordan, arguant que M2A n’avait pas besoin de se porter partie civile, car il n’était pas question de détournement de fonds. Il n’aura que très récemment rétropédalé.
Daniel Bux, adjoint aux sports de M2A, plaidera « une bienveillance, sûrement, coupable », pour sa défense, dans les colonnes de L’Alsace. Une étonnante euphémisation, au regard de son niveau de responsabilité… et d’inertie.
L’infrastructure sportive est aujourd’hui reprise en régie par la communauté d’agglomération, avec le MON pour animateur sportif.
Un membre du MON évoquera même un « hold-up politique » des petites communes sur Mulhouse au sein de M2A, la ville centre n’ayant quasiment plus voix au chapitre pour faire valoir ses positions. Manière de signifier que les liens furent étroits entre la ville et le club. Mais ça c’était avant… l’avènement de intercommunalité !
Licence to bill
La chambre civile a fixé au 25 mars une nouvelle date d’audience pour traiter de la survie ou de la liquidation de l’association. La structure compte officiellement 1 450 licenciés, alors qu’il était question de 1250 licenciés jusque récemment. La direction invoque une hausse de 10 % des inscriptions depuis le début de la saison, pour appuyer sa légitimité ainsi que sa performance.
En effet, selon des informations officielles arrêtées au 25 février, en provenance du site de la fédération française de natation (FFN), Mulhouse ne figure qu’en 5° position par le nombre de licences, dans le Haut-Rhin, avec seulement 181 licences enregistrées, talonnée par le modeste club de natation de Sausheim, avec 152 licences enregistrées ! Loin derrière « les dauphins de Saint Louis », et leur 1073 licences…

La question est posée à Franck Horter, qui invoque le chiffre de 1080 membres enregistrés actuels, et des retards, en voie de résolution…
Pourtant, là encore, la désinvolture de Franck Horter traduit une méconnaissance du règlement interne de la FFN, lequel prévoit 10 000 euros de pénalité pour toute licence non réglée par un club de 1000 adhérents et plus :

Enfin, soulignons la présence de nombreux membres du comité de soutien du MON, lequel se veut indépendant du club, mais manifestement pas de M. Horter ! Évoquant la situation du club et les conséquences que celle-ci a sur ses enfants, l’une d’elle n’hésitera pas à retourner des questions contre les journalistes présents.
Comme si les médias avaient des comptes à rendre aux citoyens ! Là, c’est certain, tout va à vau-l’eau dans la société…

















*Pierre Desproges « Tribunal des flagrants délires »














Grenouillages dans un panier de crabes.
Plus bas, plus près, plus faisandé!