Bénédicte Durand, présidente du CNOUS, annonçait mardi 27 février la fin du gel des loyers CROUS et, en conséquence, une hausse de 3,5% des loyers dans les résidences étudiantes de l’ensemble de la France. Le gel des loyers prendra fin à la rentrée universitaire 2024.

L’annonce a provoqué un tollé auprès de l’ensemble des syndicats étudiants, lesquels y opposent notamment la hausse de la précarité étudiante.

Une augmentation qui se traduit durement sur le loyer des étudiants haut-rhinois, avec en sus un alourdissement prévu des charges afférentes. Lesquelles augmenteront également de 3,5%.

L’augmentation moyenne sera ainsi de 12€ par mois et par étudiant, dans le Haut-Rhin, selon le syndicat étudiant CSTE.

Un tract diffusé par celui-ci informe assez nettement de sa position : « AUGMENTATION SCANDALEUSE DES LOYERS DU CROUS : NOUS NE PAIERONS PAS !« .

Le syndicat majoritaire à Mulhouse dénonce en effet une hausse de loyer « qui fait porter le poids du sous-financement du CROUS par l’état sur les étudiant.es les plus précaires. Cela va à l’encontre du modèle de CROUS et de celui d’un service public émancipateur. D’autant plus que cela s’inscrit dans une dynamique de désengagement envers la jeunesse : 900 millions d’euros supprimés dans le budget de l’enseignement supérieur ainsi que la hausse des charges de 3,5% l’an dernier« .

La défense du CROUS, qui voit dans la hausse des loyers un moyen de réhabiliter les logements insalubres et d’accélérer l’ouverture de nouveaux logements, est réfutée en bloc :

« Nous, étudiant.es, ne paierons pas le sous-financement du CROUS, au nom de la rénovation énergétique. Faire sortir les logements de l’insalubrité et les rénovations énergétique sont une nécessité, mais pas sur le dos des étudiant.es les plus précaires, qui sont de plus en plus nombreux« .

L’Union étudiante (à laquelle est fédérée la CSTE) a par ailleurs réagi depuis Paris le mercredi 28 février : « Cette décision est une honte. Cela ne devrait jamais être aux étudiants, appauvris sans cesse depuis 2017, de mettre la main au portefeuille pour pallier leurs conditions de vie indignes ».

Précarité étudiante

Pour l’organisation étudiante mulhousienne, l’augmentation ne sera pas de 6€ par mois, mais cela pourrait être le double localement « alors même que l’on sait que le logement est déjà le premier poste de dépense des étudiant.es« .

Sur le Haut-Rhin, cela représenterait en moyenne 142€ par an. Pour l’ensemble du CROUS de Strasbourg, cette augmentation du loyer, couplée à une augmentation des charges, entraînera une dépense annuelle supplémentaire de 100 à 250€.

L’alerte sociale est donc de mise pour l’ensemble des organisations étudiantes : « cette élévation de 3.5% est loin d’être anodine et ne doit pas être anecdotique: les étudiant.es qui ne pourront pas louer de logement CROUS risquent la rue ou pourraient sacrifier un autre poste de dépense comme l’alimentation ou les soins« , affirme de son côté la CSTE.

Le logement représente 70% en moyenne du budget d’un étudiant.

La Fage (première organisation étudiante au CNOUS) considère de son côté que cette hausse est « une preuve de déconnexion de la réalité vécue par les étudiants et étudiantes« . « En janvier, la consultation Bouge Ton CROUS de la FAGE mettait en lumière qu’un étudiant sur deux ne mange pas à sa faim« , rappelle le syndicat dans un communiqué.

L’Unef, doyenne des organisations étudiantes, souligne que selon sa dernière enquête, le coût de la vie étudiant a augmenté de 6.47% cette année. « Le gouvernement ne voit les étudiants que comme la variable d’ajustement », selon le syndicat.

Revalorisation des APL et des bourses ?

Le CNOUS annonce enfin revaloriser les APL : « Les APL (aides personnalisées au logement) ont été régulièrement revalorisées et elles le seront encore à la rentrée prochaine. Et une réforme des bourses est à venir« .

Toutefois, une réforme du calcul de cette aide au logement s’était toutefois traduite par une baisse de 10% en moyenne du montant alloué aux personnes habitant en cités universitaires…

Celle-ci, revalorisée de 37 euros depuis la rentrée 2023, devrait s’accompagner d’une réforme des bourses à la rentrée 2025…

Pour la CSTE, il est hors de question de faire payer les étudiants « à la place de l’État« .

Mobilisation à venir…

« Malgré la tentative d’endormissement avec une annonce pendant les vacances, la contestation autour de cette mesure ne cesse de croître, à voir la pétition lancée nationalement par l’Union Étudiante dont les signatures augmentent quotidiennement ».

Quoi qu’il en soit, un vote du conseil d’administration du CROUS aura lieu le 13 mars à Strasbourg, qui sera scruté par l’ensemble des organisations étudiantes alsaciennes.

La CSTE avertit par avance : « Quelle que soit l’issue de ce vote, une mobilisation sera faite contre l’abandon global du gouvernement envers la jeunesse« .

Le syndicat a par ailleurs effectué une grande enquête sur le mal-logement étudiant en 2023 :

2023-11-Dossier-enquete-logement-avec-compression