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Emmanuel Fernandes, député LFI de Strasbourg, était entouré de Jean-Marie Brom (58e sur la liste) et de Florence Claudepierre (73e) pour lancer la campagne de son parti en vue des élections au Parlement européen du 9 juin prochain. En présentant à la presse les candidats alsaciens sur la liste de Manon Aubry, députée européenne sortante, et co-présidente du groupe de la Gauche Unitaire Européenne (GUE-NGL) au Parlement, La France Insoumise déroule son programme d’action européenne en précisant qu’il s’agit de « prolonger le fil de la NUPES » et nomme sa liste « Union populaire pour les élections européennes 2024 ». Le ton est donné…

LFI veut clairement proposer un programme de rupture avec une politique européenne entièrement tournée vers les marchés. Jean-Marie Brom, le directeur de recherche émérite du CNRS bien connu pour ses travaux dans le domaine de l’énergie et de l’environnement, le dit tout net : « La politique énergétique est un vrai révélateur : voulons-nous une Europe qui gère un « marché » de l’énergie alors qu’il faut partir des besoins des populations (…) La financiarisation de l’énergie répond à une conception d’un « marché » de cette production à laquelle tout le monde doit pouvoir accéder… Nous sommes loin de l’idéal européen de l’origine d’une institution qui devait assurer la paix et la prospérité sur notre continent : Jacques Delors a été un des principaux initiateurs de cette Europe de la Finance qui est à présent en pleine dérive »… Et de rappeler ces dérives erratiques en prenant l’exemple de la politique agricole commune : « A la suite de manifestations des agriculteurs, la Commission a répondu prioritairement par un recul de ses textes sur l’environnement »…

Conseillère municipale à Oberbruck, dans la vallée de Masevaux, Florence Claudepierre se sent totalement engagée en tant que militante associative, sur la liste de l’Union populaire même si elle est à une position a priori non-éligible : « Ma présence est la continuité de mon activité citoyenne, l’avenir des enfants me préoccupe particulièrement. Quel avenir ? il est bien sombre pour l’instant, on leur promet des « guerres », du « réarmement »… « Les coupes budgétaires imposées par l’Europe impactent la vie de tous les jours de nos concitoyens : la régression des budgets pour l’éducation ou pour la santé conduisent à d’importants reculs sociaux… » Florence insiste sur la revendication de LFI d’inscrire le droit à l’IVG (interruption volontaire de la grossesse) dans la Charte Européenne des Droits fondamentaux et conclue par un cri du cœur : « Arrêtons de subir la pression, il faut réagir ! »

CONTESTER LE MATCH RN-MACRONISTE

De toute évidence, la campagne pour les européennes en France démarre dans le droit fil de l’élection présidentielle. Le président Macron veut rejouer le match en requalifiant le RN comme l’adversaire à cibler : les principaux médias relaient ce scénario qui risque pourtant d’être mortifère pour la démocratie.

En pensant qu’il peut gagner des élections en jouant sur l’effet repoussoir du RN, Emmanuel Macron ne joue pas uniquement un jeu dangereux mais une partie perdue d’avance…

La montée de l’extrême-droite dans tous les pays européens, leur accession au pouvoir le plus souvent grâce à des alliances avec les partis de la droite classique, font peser un réel risque de dérive autoritariste et antidémocratique en Europe.

La Commission européenne prend de plus en plus des décisions allant dans le sens des exigences de l’extrême-droite, particulièrement sur la question des migrants ou des droits sociaux. Le récent accord que Mme Van der Leyen a signé avec l’Egypte est révélateur : contre 7 milliards d’Euros, le gouvernement égyptien s’engage à retenir les migrants qui souhaiteraient prendre la mer vers l’Europe…

Tous les partis d’extrême-droite en Europe font de l’immigration leur thème principal véhiculant l’image d’une Europe repliée sur elle-même et refusant l’ouverture vers le monde… sauf pour les traités économiques qui autorisent la libre circulation des marchandises… et des capitaux ! Le capital ne connaît pas de frontières, les êtres humains si…

Emmanuel Fernandes en convient : le RN pense qu’il est « porteur » de mettre l’immigration au centre de sa campagne électorale, une preuve en est la présence de l’ancien directeur de Frontex les gardes-frontières de l’UE, le mulhousien Fabrice Leggeri en place éligible sur sa liste. Pour mémoire le credo de ce haut-fonctionnaire est la lutte contre la « submersion migratoire de l’Europe »… et pour cela il est prêt à faire de la Méditerranée le plus grand cimetière du monde…

Le député LFI ne néglige pas ce sujet de l’immigration : « il faut conjuguer une politique de soutien au pays de départ pour permettre à leur population d’y vivre, et assurer un accueil digne aux migrants qui arrive jusqu’à nos frontières ».

Et de rappeler que cette volonté de faire de l’immigration le thème principal des élections européennes, permet tant à l’extrême-droite, à la droite et au gouvernement, de mettre au second plan des questions pourtant vitales pour les citoyens tels que la santé, les problèmes sociaux, la politique agricole commune, le prix de l’énergie…

Le RN, comme tous les autres partis de droite, ne parlent pas ou si peu, de l’évasion fiscale et de l’existence de paradis fiscaux au sein de l’Europe, lieux où on peut trouver les moyens financiers pour assurer une meilleure redistribution des richesses par une taxe sur les superprofits.

UNE EXPRESSION ORIGINALE AUSSI A GAUCHE

Emmanuel Fernandes et ses deux camarades tiennent clairement des propos qui sont totalement absents du discours du RN, de la droite et de l’extrême-droite.

Douze thématiques font le corps du programme de LFI, reprenant totalement ce que la base de l’accord avec les autres partis de gauche pour réaliser la NUPES : on y retrouve l’idée d’un pôle public de l’énergie, de la transformation du modèle agricole et alimentaire, d’arrêter la concurrence entre les travailleurs européens, le refus de l’austérité et du chantage à la dette publique, le passage à une écologie populaire, le respect des droits souverains des peuples…

Pas sûr que les autres listes de gauche, jouant l’éclatement façon puzzle, partagent ce programme et c’est bien là le problème. Entre ceux qui rêvent de reconquérir des classes populaires bien désarçonnés par le passé et ceux qui pensent qu’il est possible de revenir au pouvoir avec des Valls, Hollande, Cazeneuve and Co, la division est assumée.

Pourtant la gauche unie pourrait damner le pion à la liste d’Emmanuel Macron et talonner le RN : mais pour cela il faudrait qu’elle pense réellement aux intérêts de la population et non pas aux élections présidentielles de 2027. Auxquelles, aux dernières nouvelles, Manon Aubry ne devrait pas être candidate : elle s’engage pour agir au Parlement Européen… De quoi faire entendra les voix des plus démunis…

Dans la continuité de sa campagne, LFI organisera courant avril, deux rassemblements à Strasbourg et à Mulhouse, les dates nous seront communiquées ultérieurement.