Crédit photo : Martin Wilhelm

Rendu ce 3 juin, le verdict du procès de la famille Horter, pour abus de biens sociaux, abus de confiance, présentation de bilans inexacts et recels de ces mêmes délits aura été pour le moins clément.

Franck Horter, président en exercice du club, écope de huit mois d’emprisonnement avec sursis simple, ainsi qu’à une peine d’inéligibilité d’un an, toujours avec sursis, pour abus de confiance.

Lionel Horter, entraîneur du club, écope d’un an de prison et un an inéligibilité avec sursis, ainsi qu’une interdiction de gérer une société pendant deux ans. Il a été relaxé pour toute la partie de l’affaire liée aux frais kilométriques et téléphoniques.

Marjorie Hauswirth (épouse de Lionel) et gérante de la SARL « MON Club », est condamnée à 10 mois de prison avec sursis et interdiction de gérer une société pendant deux ans, le tout pour chef d’escroquerie, présentation de comptes inexacts et abus de confiance.

Marie Octavie Horter (mère de Franck et Lionel), ancienne vice-présidente de la Fédération française de natation (enter autres responsabilités), a été relaxée de toutes les charges.

Rappelons que la procureure Edwige Roux-Morizot avait requis un an avec sursis à l’encontre de Franck, Lionel et Marjorie, et six mois avec sursis à l’encontre de Marie Octavie.

A cela, s’ajoutaient des peines d’amende, pour Franck d’un montant de 40 000 euros assortie d’une interdiction de gérer une société durant 10 ans ; 30 000 euros pour Marjorie avec la même interdiction ; 40 000 euros à l’encontre de Lionel Horter et une même interdiction de gérer. 

Enfin, pour Franck, Lionel et Marjorie Horter, une peine d’inéligibilité de 5 ans…

En tant que présidente du tribunal, Tiffany Gamain a été précise, voire cruelle, lors des audiences, à force de dissection méthodique du système Horter.

Pour autant, le verdict de son tribunal est en demi-teinte.

Sans doute aurai-t-il fallu davantage de faits documentés pour justifier pleinement du préjudice subi par la collectivité, d’autant que la famille Horter est considérée comme primo-délinquante.

Ce dont le tout-venant justiciable ne bénéficierait pas, surtout s’il était jeune et/ou racisé, sans réseau ou appui politique, et placé en situation de comparution immédiate…

En revanche, l’agglomération de Mulhouse (M2A), reconnue partie civile en tant que principal créancier du club, a été déboutée de ses demandes. Et elle l’a été à très juste titre.

Le tribunal correctionnel estimant en effet que l’agglomération de Mulhouse « ne pouvait ignorer la toxicité pour la SARL MON Club et les risques de dévoiements dans la redistribution de la subvention, ne justifie pas d’avoir souffert personnellement du dommage causé par les infractions in fine reprochées à monsieur Franck Horter et madame Marjorie Hauswirth, et plus généralement l’ensemble des prévenus. »

Euphémisation, ou litote judiciaire, prononcée à l’endroit d’une collectivité foncièrement irresponsable et passive. Le tout au nom de la nécessité de ne pas passer pour « être les fossoyeurs du MON » ; « surtout vis-à-vis des gamins, qui vont s’entraîner tôt le matin, tard le soir », déclarations effectuées lors du procès par Eric Braun, avocat de l’agglomération.

De fait, les peines sont bien en-deçà des réquisitions, puisque les amendes et années d’interdiction de gestion ont disparu, à l’exception des deux années d’interdiction à l’endroit de Marjorie Hauswirth.

Franck Horter peut donc se livrer à un stupéfiant exercice d’inversion du réel, dont on trouverait avantage à se dispenser, dès lors que l’on a été reconnu coupable d’abus de confiance, et que ses proches sont condamnés pour chef d’escroquerie, et présentation inexacte de comptes.

Voici comment cela peut se traduire chez nos confrères de L’équipe : « Ce que je retiens, c’est qu’il y a une relaxe pour la totalité des infractions financières. Ce qui est très important à titre personnel car je l’avais vécu comme une grande injustice. Le tribunal retient que les conventions sont matériellement incorrectes, tout en déboutant m2A. On est proches de la vérité. Je n’ai pas commis d’infraction et j’ai appliqué les conventions que je n’aurais peut-être pas dû appliquer, mais dont je n’avais pas conscience. Et on voit bien aujourd’hui ce qu’il se passe quand on refuse d’appliquer les conventions… »

Franck Horter peut même enfoncer son avantage, et se draper de la figure de l’homme de bonne volonté, soucieux de surmonter inimitiés et blocages politiques, alors que l’on n’a plus de quoi défendre le bilan de sa famille :

« Ce dont a besoin le club, c’est qu’on se concentre sur le sport, qu’on finisse de remettre les choses en ordre, qu’on soit plus sérieux et diligents, énumère-t-il. On s’est déjà mobilisés, on a mis de l’argent de notre poche, des membres ont fait une cagnotte. Il y a un taux de réinscription de 300 %. C’est phénoménal. L’adhésion et l’envie que le MON se remette de cet épisode sont très fortes. Le club et son passé méritent cent fois ça. Il faut que tout le monde se calme, retrouve la raison et se rappelle pourquoi le MON est là. Je ne crois pas que Mulhouse se porte mieux sans le MON qu’avec. Faisons en sorte que tout le monde sorte par le haut de cette histoire. »

L’exercice de brasse coulée risque toutefois de s’achever par une ingestion malvenue d’eau chlorée dans les branchies de l’assemblée communautaire mulhousienne, où l’alternative sera donc à soutenir, malgré tout, le clan Horter, comme la corde son pendu, ou alors de confier cette belle infrastructure sportive à une nouvelle équipe, qui saura ne pas confondre son intérêt personnel avec les exigences du service public, comme outil d’excellence et d’accès populaire.

D’autant que la demande des habitants de l’agglomération (notamment à Mulhouse) reste cruellement insatisfaisante en la matière.

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